Fusillade du centre islamique de Québec : le hold-up funéraire et l’exclusion du kabyle

Les funérailles d'Abdelkrim Hassane, Khaled Belkacemi et Aboubaker Thabti récupérées par les islamistes
Les funérailles d'Abdelkrim Hassane, Khaled Belkacemi et Aboubaker Thabti récupérées par les islamistes

Après que les feux de la rampe ont été éteints et que le rideau a été baissé sur la fusillade de la mosquée de Québec, il m'apparaît, en tant que membre de la famille directement concerné par cette tragédie, de venir par cet écrit témoigner du déroulement des funérailles de feu Abdelkrim Hassane.

Ce témoignage, qui est aussi une remise à l’heure des pendules, s’avère nécessaire afin d’assainir un tant soit peu ce "marécage internet truffé de fausses informations et de contre-vérités" causant des torts injustement aux uns et aux autres. Mon but est de restituer, avec autant de fidélité que possible, les séquences de ce film horrible qu’a été la fusillade de la mosquée de Québec et du rôle que chacun a joué dans l’organisation des funérailles de notre très cher Abdelkrim Hassan.

D’emblée j’affirme que, nous, sa famille et proches avons été exclus de tous les préparatifs de la cérémonie officielle des funérailles et j’affirme que la seule et unique décision que nous avons prise fut celle de son enterrement en Algérie.

Dès le lendemain du décès, j’ai moi-même contacté le salon funéraire Magnus Poirier pour prendre en charge, conformément à la législation en vigueur, les obsèques de feu Hassane Abdelkrim. J’ai téléphoné une seconde fois à cet organisme pour leur dire que la dépouille du défunt, après l’autopsie pratiquée à Montréal, restera dans cette ville et qu’il était inutile de ramener le corps à Québec, afin de faciliter son rapatriement en Algérie. C’était le dernier contact avec le salon Magnus Poirier et je ne suis intervenu dans aucune autre étape relative aux préparatifs et à l’organisation de la cérémonie officielle.

J’ai donc suivi de loin toutes les activités entourant cet événement et, à aucun moment, je ne fus sollicité ou associé aux décisions qui n’ont été prises, en lieu et place des familles Hassane et Mohamed Said, que par le salon Magnus Poirier et son département rite musulman.

Notre surprise a été grande de découvrir que la cérémonie officielle a été prise en charge par les organismes liés à la mosquée El Badr de Montréal qui ont occupé le devant de la scène et ont fait preuve d’une omniprésence qui a frisé un "exhibitionnisme" outrageux et, ni moi ni le frère du défunt n’avions eu le droit de décider ou de prendre la moindre initiative sous prétexte que le timing ne permettait pas de changer le programme.

En effet, ces services religieux ont opéré un véritable "hold-up funèbre" au nez et à la barbe de la famille et des autorités civiles. La frénésie qui s’est emparée de ces animateurs religieux a été choquante pour nous, et l’activisme débordant, dont ils ont fait preuve, contrastait de manière très nette avec l’attitude calme et digne des représentants des différents gouvernements et des services diplomatiques. Cette attitude de respect de notre douleur affichée par ces hommes politiques les honore et je saisis l’occasion de ce témoignage pour leur adresser mes sincères remerciements et leur exprimer aussi, mes sentiments de gratitude pour tout le soutien qu’ils nous ont apporté et la disponibilité qu’ils nous ont manifestée.

À aucun moment, les services religieux du salon Magnus Poirier, ne nous ont demandé si la famille du défunt préférait des obsèques officielles, puisque il s’agit d’un cas de terrorisme, ou si au contraire elle privilégiait une cérémonie dans l’intimité familiale.

Dans ma volonté de témoigner, de nombreuses questions me turlupinent l’esprit et je les pose sans ordre de priorité : Qui a pris la décision de recouvrir le cercueil d’Abdelkrim du drapeau algérien ?

Nous ne sommes absolument pas contre, mais vu que Karim était à la fois Québécois, Canadien, Algérien et Kabyle, il ne fallait exclure aucun de ces quatre emblèmes. Cependant, compte tenu de la difficulté technique, on avait décidé qu’il n’y est aucun drapeau pour observer une neutralité symbolique. Le bons sens aurait été de couvrir le cercueil de Karim du drapeau québécois et canadien tant et aussi longtemps que sa dépouille n’avait pas quitté le sol canadien, et du drapeau algérien et amazigh dès son arrivée en Algérie.

Je ne peux ni affirmer ni infirmer si les services consulaires algériens ont manœuvré dans les coulisses pour ne disposer sur le cercueil que le drapeau algérien, car je n’ai aucun élément permettant de crédibiliser l’une ou l’autre option.

Mon avis sur cette question est que la couleur verte et le croissant ont été les éléments déterminants pour ceux qui ont décidé du choix effectué.

Qui a mis au point le programme des déclarations et a choisi les intervenants religieux?

Nous avons été fort surpris par le nombre d’intervenants qui se sont succédé au micro dans les trois langues : Arabe, Français et Anglais. Il y a là, indiscutablement, un calcul odieux pour faire passer un message aux autorités et engranger des gains pour la cause que ces animateurs défendent et ce, au détriment du message rassembleur, mobilisateur entre toutes les communautés. Il aurait été souhaitable de donner la parole aux représentants des autres confessions présentes, pourtant à la cérémonie, afin de faire ensemble œuvre pédagogique utile. Cette occasion aurait pu être mise à profit par tous pour dénoncer et condamner avec la plus grande vigueur tous les radicalismes qui attentent à la paix et qui menacent la sécurité de tous les citoyens dans le monde. Cela aurait pu être une excellente opportunité pour amorcer et cultiver un discours rassembleur et optimiste entre individus issus des différentes communautés religieuses. Hélas, les animateurs de cette cérémonie ont carrément exclu tous les autres qui ne sont de leur bord et ont voulu faire de cette tragédie une aubaine inespérée pour la visibilité exclusive de leur cause.

C’est à ce moment de ce "film d'horreur" que j’ai senti et vu se concrétiser devant moi l’acte de la "marchandisation" de la mort, et une opération honteuse de la "commercialisation" de la douleur par des opportunistes attirés par une visibilité exceptionnelle dont il fallait tirer le maximum de dividendes.

Exclusion de la langue kabyle

C’est une affirmation incontestable et non une question, car je sais qui a refusé qu’une oraison funèbre en langue kabyle soit prononcée par le frère du défunt.

Je pointe du doigt tous les animateurs qui travaillent pour la mosquée El BADR. Je suis personnellement intervenu auprès de ces animateurs auxquels j’ai expliqué qu’il est inacceptable de faire des déclarations en Arabe en Anglais et en Français, alors que la première langue parlée par Karim est le Kabyle. Sur ce point précis, je remercie infiniment les maires Denis Coderre et Régis Labeaume qui avaient trouvé illogique de ne pas dire un mot d’adieu au défunt dans sa langue maternelle. M. Coderre était intervenu, personnellement, auprès d’un animateur de la mosquée qui avait refusé l’oraison funèbre en Kabyle pour cause de «timing». M. Coderre était revenu me dire sa déception.

L’autre raison invoquée par cet animateur est que l’autre famille ne voulait pas d’intervention en langue Kabyle. Je ne sais si c’est vrai ou pas, mais ma femme lui avait demandé pourquoi les représentants de la religion musulmane avaient accepté les doléances de l’autre famille et avaient refusé les nôtres.

J’avais insisté auprès d’un responsable de la mosquée El BADR pour dire la dernière parole à Karim en Kabyle, mais en vain et je lui avais indiqué qu’il venait de commettre un acte d’exclusion grave et que ce n’était pas la meilleure manière de rendre service à `notre religion. J’avais beau lui expliquer que nous avons des us et coutumes en Kabylie pour nous adresser à nos morts, rien n’y fit. M. Rachid Beguenane, de son côté, était intervenu pour préparer cette oraison et a dû, la mort dans l’âme, quitter la scène de la cérémonie en raison d’un extrémiste sorti de je ne sais où?

Ma fille, nos amis et ceux du défunt n’ont pas eu l’occasion de se recueillir sur la dépouille et poser un regard d’adieu sur Karim.

En tout et pour tout, l’exposition du corps a duré au maximum 15 minutes avant le départ vers l’aréna Maurice Richard. J’ai, personnellement, cru comprendre que l’exposition du corps allait avoir lieu après la cérémonie officielle. À mon grand regret, j’ai appris de la bouche du chauffeur de la limousine que la dépouille allait être transférée directement à Laval pour que le cercueil soit scellé. Aucun ami ou proche n’a eu la possibilité de dire adieu à Karim, car il y a eu purement et simplement une confiscation éhontée de la dépouille de Karim, ce qui a servi certains intérêts sur le dos de la douleur de notre famille.

À cette étape de l’événement, l’attrait médiatique et idéologique n’était plus de mise et il fallait en finir au plus vite.

Leçons à tirer

L’amour que porte Karim à la Kabylie et à la langue Kabyle est incommensurable et indéniable. Souvent il fredonnait les chansons de Matoub Lounes ou de Lounis Ait Menguellet. Lors de nos discussions, il ne ratait aucune occasion pour «habiller» ses commentaires par des expressions de nos deux poètes telle celle d’Ait Menguellet qu’il me répétait sans se lasser «serreh iwemen ad lhoun» (laisse la source couler).

Karim était né Kabyle, avait vécu Kabyle, Algérien, Canadien et Québécois, mais à sa mort, sans donc pouvoir réagir, il avait été dépouillé de son authenticité identitaire par des personnes obsédées que par l’intérêt de leur cause.

Refuser à sa famille de lui rendre un dernier hommage dans sa langue maternelle a constitué un outrage à sa mémoire et ces acteurs religieux qui avaient organisé ces funérailles se sont rendu auteurs de son second assassinat sur le plan identitaire.

À l’inverse des organisations musulmanes qui ont exploité et récupéré cet événement tragique, les associations Kabyles activant à Montréal ont brillé par leur absence, mais elles ne peuvent être blâmées en raison, d’une part du manque d’expérience, et du comportement de pudeur qui les caractérisent lors des circonstances douloureuses d’autre part.

À l’exception du représentant du mouvement indépendantiste Kabyle en Amérique du nord qui m’a offert son aide pleine et entière et du représentant de la fondation Tiregwa, aucune association Kabyle ne s’est manifestée; et la fusillade de la mosquée de Québec doit désormais les interpeller afin d’ôter cet écran qui les relègue à un sous-groupe insignifiant rattaché à la communauté arabo musulmane.

Compte tenu du nombre important de Kabyles vivant au Québec, il est donc urgent que les représentants de cette communauté, au demeurant bien intégrée à la société, se manifestent et ne laissent plus les autres agir ou parler en leur nom.

Pour commencer, une visite aux autorités municipales doit d’ores et déjà être formulée pour dissiper ce brouillard confusionnel qui enveloppe les groupes ethniques Arabe et Berbère.

L’Etat canadien et le gouvernement du Québec ont la responsabilité de protéger les citoyens et ils ont le devoir d’identifier et de combattre tout acte d’intolérance anodin qu’il est et d’où qu’il vienne. Ce drame national qui a emporté six victimes innocentes a fait l’objet d’une exploitation honteuse par des acteurs religieux pour servir leur cause politico-idéologique.

En organisant ce «show» cérémonial et en orchestrant de manière efficace cette «partition» intelligemment concoctée, ces acteurs religieux avaient, à mon humble avis, un objectif politique certain qui est celui de faire admettre, dans l’imaginaire collectif des canadiens et Québécois, que leur communauté est soumise à un harcèlement qui la rend vulnérable.

Cette stratégie qui consiste à présenter ce groupe comme une victime expiatoire et une cible sans défense est très porteuse en termes d’acquis socio-politiques. Cette manœuvre extrêmement vicieuse doit être dénoncée et les pouvoirs publics doivent ¸être très vigilants pour déjouer cette forme de conspiration nationale dangereuse.

Conclusion

Ce témoignage a été rédigé pour les besoins de l’histoire de l’événement et n’a aucune intention de régler des comptes avec quiconque, car nous ne pouvons agir sur le passé.

Il aura, peut-être, le mérite de secouer un tant soit peu l’ordre établi et de faire prendre conscience aux autorités que des dispositions légales ne sont jamais superflues pour combattre les exclusions pernicieuses comme celle que nous avons subie lors de cette tragédie.

Nous vivons au Canada où chacun profite d’un espace de liberté et de respect des autres et il serait indigne pour ce pays de tolérer ce genre d’exclusion faite par une communauté à une autre.

De Montréal, Mohamed Said Abdalla

Plus d'articles de : Opinion

Commentaires (25) | Réagir ?

avatar
moh arwal

le pouvoir exececutif na pas le droit de depasser largent de l'etat comme cela sa covient a sa survivance et perenité ce n'est pas son argent cets l'argent du peuple il doit l'utiliser confermement a des lois votées par le peuple etexecuter la volonté populaire en respectant la dinignité des citoyens et surtout la mémoire des victimes et la souffrance de leurs parenets et amis. Mai avec un sellal un ouyahia et un Lamamra vendus au pouvooir on a compris les kabyles pour eux c est un fonds de commerce, un passedroit t pour obtenir des postes dans le clan moyennat trahison.

avatar
Sam me

C l'Algérie qui payé le rapatriement et l'enterrement de ces pauvres victimes, ce n'est ni le Canada, ni le Québec, ni la Kabylie... alors le drapeau algérien s'impose

avatar
moh arwal

L'Algérie c'est la kabylie et l'argent de l'algérie c'est l'argent de la kabylie aussi, ce pouvour voleur utilise l 'argent du peule pour l'insulter. Il n'a aucun droit d intervenir avec la force ou avec le pouvoir de l 'argent qu il vole au peuple piur confisquer le droit des parents amis et conmpratriotes kabyles des victimes de

l 'attentat.

Mais helas fi blad micky, comme il est dit dans a fable de Lafontaine le loup et l' agneau

:"la raison du plus fort est toujours la meilleure"

visualisation: 2 / 14