Quel lien entre le scandale Tahkout et l’interdiction d’importer des véhicules en Algérie?

Quel lien entre le scandale Tahkout et l’interdiction d’importer des véhicules en Algérie?

L’étau semble se resserrer sur Mehiedine Tahkout, rattrapé par un énorme scandale de "montage" de véhicules Hyundai qui se profile à l’horizon. Mis dans l’embarras par une fuite de photos sur les réseaux sociaux, qui prouve que son usine n’est autre qu’un "grand hangar de vulgarisateur" dont le rôle est de boulonner des roues sur des véhicules importés clés en main !

Sans démentir, le groupe Tahkout a réagi, jeudi, à travers un communiqué qui, au lieu de le dédouaner, l’enfonce encore un peu plus ! Il évoque un principe d’assemblage qu’utilise son "usine" qui porte le nom de SKD, qui serait "plus adapté" à l’Algérie ! Comme si l’Algérie était un pays habité par des incapables. "TMC a commencé par l’assemblage des véhicules (…) en appliquant le principe du SKD qui demeure le plus simple et le plus adapté à notre pays, dans le sens où il applique une formule d’assemblage de kits assez simple".

Qu’est-ce que le principe de montage SKD!

SKD est l'acronyme de l'expression anglaise : Semi knocked down. "C'est une technique qui consiste pour une entreprise à exporter des produits assemblés partiellement soit à ses licenciés-partenaires, soit à ses filiales industrielles". On pratique alors sur l’automobile, un niveau de décomposition faible. Concrètement, on livrera des voitures en 100 pièces détachées, au lieu de le faire en 1000. Ce qui aide, en théorie, des sous-traitants, comme l’Algérie, à créer de l’emploi et de bénéficier d’un prix concurrentiel sur son territoire. Mais ce principe est également fructueux pour les entreprises mères, qui vont éviter des droits de douane élevés et conserver la valeur ajoutée technologique chez l'exportateur.

Il n’a jamais été question de fixer seulement des roues : la vidéo qui contredit Tahkout !

Une vidéo datant du 29 octobre 2016, couvrant la sortie du premier véhicule des hangars de TMC Tiaret nous renseigne sur la supercherie qui se préparait à l’époque. Rien que cette vidéo aurait dû faire tiquer autorités et médias ! Jugez-en par vous-même : lors de son intervention, le jour de la sortie du premier véhicule de l’"usine" de Tiaret, Mahieddine Tahkout disait que le nombre d’employés était de seulement 60, entre ingénieurs et techniciens pour la production de 60 000 véhicules ! "On va commencer à produire 60 000 véhicules (…) nous avons une main d’œuvre qualifiée à 100 %, entre ingénieurs et techniciens" avant d’ajouter, le regard fuyant, devant l’étonnement du journaliste :

"Sans compter d’autres employés dont j’ignore le nombre"! Une déclaration sidérante pour un gestionnaire à la tête d’une usine, qui a coûté 250 millions de dollars au contribuable algérien.

Mieux encore. Cette vidéo mettait en scène des jeunes apprentis faisant le montage des moteurs, des pots d’échappement, des amortisseurs et de bien d’autres pièces devant l’œil attentif de celui qui était présenté, comme un instructeur coréen !

Que sont devenus ces jeunes travailleurs ? Ces instructeurs coréens ? Personnes ne sait. Ce que l’on sait par contre, c’est ce qu'on a vu. Et ce n’était pas beau : des images qui ont fuité, ce sont des hangars complétement vides, avec une poignée de jeunes qui fixent des roues sur deux automobiles qui a provoqué l’étonnement. Où sont passés les portiques, la main d’œuvre qualifiée, la chaîne de montage qu’on avait vue sur la vidéo du 29 octobre 2016 : c’est le grand mystère. Que va faire la justice ?

Ce qu’on a vu également, ce sont des véhicules plastifiés clés en main (voir en bas de l'article), dans des containers, auxquels ne manquaient que les roues ! Des véhicules entiers importés, qui ont passé les douanes portuaires, par on ne sait quel saint esprit !

24 hectares, 250 millions de dollars et 4 000 employés fantômes pour boulonner des roues !

Richissime homme d'affaires, M. Tahkout est connu pour être un très proche du ministre de l'Industrie, Bouchouareb. M. Tahkout et les membres du gouvernement qui lui ont attribué une assiette de 24 hectares pour construire son usine, n’avaient jamais dit que tout ce terrain-là, sera dédié uniquement au "boulonnage" des roues sur des véhicules importés.

Il était question en début 2016, que l’usine emploie 4.000 travailleurs, et commence à monter 60 000 véhicules pour atteindre les 100.000 à l’horizon 2020. Un record que les connaisseurs ont du mal à croire. Et dire que cette usine de montage de roues a coûté au contribuable la bagatelle somme 250 millions de dollars US. Son «usine-Hangar» était devenue fonctionnelle, 9 mois seulement après le lancement du projet. Le miracle coréen n’a qu’à aller se rhabiller ! Chez nous, lorsqu’il s'agit d'un pion du pouvoir, La construction d'une usine, le transfert de technologie, la formation de la main d’œuvre, le transfert et l’achat des équipements de montages, l’étude du marché, la coordination avec la maison mère, l'attribution des financements bancaires se fait en un temps record !

Un lien entre l’interdiction d’importer les véhicules en Algérie et le scandale Tahkout?

Ce qui est sûr, c'est que ce proche de Bouchouareb et Ahmed Ouyahia, génereux donnateur pour les associations de soutien au président Bouteflika, a bénéficié si ce n’est d’une complicité totale, du moins, d’un laisser-faire inexplicable. Après avoir bénéficié des largesses de l’Etat, des assiettes pharaoniques, des financements bancaires, des exonérations fiscales, des droits à l’export et de bien d’autres avantages, M.Tahkout, et ses parrains, auront poussé la logique de l’arnaque jusqu’à l’indécence !

Au vu des éléments révélés, on est face à une importation à grande échelle de véhcules au profit de Tahkout. Avec ce scandale, qui ne se pose pas la question de savoir s’il n’y avait aucun lien entre l’interdiction d’importer des véhicules neufs et l’autorisation exclusive donnée à Tahkout de faire venir (pour commencer) 60 000 véhicules Hyundai par année. On se permet même, désormais, de chercher un lien douteux, entre la pénurie des voitures neuves, l’envol de leurs prix, les persécutions à l'encontre d'Issad Rebrab partenaire historique de Hyundai et les bénéfices, que pourraient en tirer, certaines personnes de cette situation inédite.

La galaxie Tahkout est connue. Le même cercle. On sait ici et ailleurs qu'est devenu l'argent du pétrole, les milliards engrangés et partis dans les comptes et des projets fumeux d'amis et de coquins.

Que va faire le ministère de l'Industrie ? L'Etat ? La justice ? Restent-ils encore des institutions capables d'enquêter et lever le voile sur cette grosse supercherie ou le gouvernement va encore faire semblant comme si de rien n'était ?

Hebib Khalil

Images qui ont fuité de l'usine de Tiaret montrant des véhicules auxquels ne manque que les roues!

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Commentaires (11) | Réagir ?

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moh arwal

Notre Algérie est devenue un pays de truands

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allilou aghroum

Je suis certain que dans chaque willaya il y a au moins quatre ou cinq tahkout.

Je me souviens du discours du président Chadli qui a dit " c'est riche du pays qui vont protégés l'Algérie "alors il faut les crées. Voilà la boucle est bouclée

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