Les walis de la Kabylie décident : les festivités du 20 avril seront limitées aux conférences !

Après avoir longtemps réprimé la célébration du 20 Avril, le pouvoir change de méthode. Plus pernicieuse celle-là.
Après avoir longtemps réprimé la célébration du 20 Avril, le pouvoir change de méthode. Plus pernicieuse celle-là.

La Kabylie, le bastion de la démocratie, de la diversité et de la tolérance. Certains vont jusqu'à qualifier ses deux agglomérations : Bgayet et Tizi Ouzou de capitales politiques de l'Algérie, ce sont presque les seuls lieux où les citoyens sortent encore dans la rue pour défier le pouvoir en place, revendiquer leurs droits et protester contre les dépassements et les abus de pouvoir, et cela sans incident et sans violence.

Cette maturité politique n'est pas tombée du ciel sur les habitants de cette région, mais c'est bien le fruit des luttes de longue haleine et de sacrifices. Même que le combat pour la liberté était toujours et à travers les siècles la devise de ces braves Montagnards contre tous les oppresseurs. Après la guerre de libération qui a anéanti ses foyers, qui a sacrifié ses héros et qui a gommé son élite, comme un phénix, la Kabylie a ressuscité de ses cendres pour faire face en septembre 1963, à ceux qui ont voulu dérober au peuple son indépendance. Ces gens qui durant les années de braise savouraient la Mouloukhia au Caire et le tajine à Oujda ont osé diriger leurs fusils vers les libérateurs du pays.

Le deuxième sursaut était le 20 avril 1980, le printemps berbère avant que les "Arabes" ne connaissent le sens du soulèvement. En cette date, la Kabylie s'est soulevée comme un seul homme pour dire Halte ! à l'usurpation de l'identité millénaire et à la marginalisation de la langue et de la culture de nos mères. En dépit de la répression aveugle contre l'élite, les étudiants, les enfants de chahids et tous ceux qui ont refusé la soumission et le joug, la revendication est restée pacifique.

Depuis, le 20 avril est devenu le symbole de la lutte par la paix pour la paix, la justice et les droits. La population a proclamé cette date historique jour férié dans toute la Kabylie. Chaque année, il est fêté dans le calme, la sérénité et la sécurité. Et le peuple gardien et garant de la mémoire collective faisait tout pour ne pas connaître le printemps noir, mais les résidents des manoirs ont décidé de le contraindre à le voir et le marquer par un saignoir afin que ses hoirs le trouvent dans l'histoire.

En dépit du sang et des larmes coulés, en dépit de la douleur et de la révolte ressenties, la sagesse et la maturité ont pris le dessus et tous les 20 avril qui ont suivi ont été fêtés dans sérénité et le pouvoir ne se mêlait jamais.

Apparemment, cette année, le cas sera différent. À en croire le quotidien arabophone Al-Fadjr, le 13 de ce mois, les walis de Tizi Ouzou et de Bgayet ont donné des instructions aux chefs de daïra de réduire au minimum les festivités de cet anniversaire et de les limiter aux conférences culturelles et historiques par l'argument de faire barrage au MAK et de préserver le calme dans la région surtout que la campagne électorale pour les législatives débutera bientôt (le 4 mai).

La question évidente qui saute à l'esprit est la suivante : Est-ce que les deux partis politiques largement représentés en Kabylie le RCD et le FFS participeront-ils à ces festivités ou bien les instructions des deux walis leur conviennent, surtout qu'ils participent tous les deux aux élections prochaines et qu'ils sont tous les deux hostiles au MAK ? L'avenir nous le dira sûrement.

Rachid Mouaci

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Commentaires (2) | Réagir ?

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haroun hamel

Dixit " Est-ce que les deux partis politiques LARGEMENT représentés en Kabylie le RCD et le FFS " Toute la question est dans le sens qu'on donne à l'adverbe "LARGEMENT ". L'année dernière le pouvoir a fait confiance a ces deux partis pour contrer le MAK, et ils ont fait un pschitt. Le FFS n'a même pas osé appelé à manifester et le RCD a fait un carré de quelques dizaines de personnes. Le MAK a fait marcher des dizaines de milliers de Kabyles si bien que le pouvoir a fait appelle à ses hélicoptères pour couvrir l'événement tellement la marée humaine était grandiose. Cette marche a déstabilisé le pouvoir criminel qui s'est rendu compte que les deux partis traditionnels ne sont plus que des coquilles vides en Kabylie et ailleurs. Des kbobzistes qui ne représentent plus que leurs intérêts personnels. Il a décidé, pour cette année, de donner naissance à un nouveau parti "éprouvette", ayant pignon sur rue et relayé par tous les journaux inféodés pour lui donner une audience. c'est de bonne guerre, mais aujourd'hui, il est plus difficile de tromper les gens et on verra sur le terrain quel est son vrai poids, même avec toutes les facilités qu'on lui accorde.

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zwen

Merci Rachid

Maintenant nous allons encore nous battre, avec les walis et les chefs de daïra, qui ne sont jamais élus et n’ont aucun lien avec la région. C’est valable pour toute l’Algérie. Un Wali c’est un intrus qui n’est pas chez lui en premier lieu, un colonisateur qui n’a aucune volonté de bien faire ou de développement local. Ça n’existe pas de bon wali, il n’a aucun compte à rendre localement, il n’exécute que les ordres qui viennent d’Alger. Et les ordres ne sont pas en faveurs ou à l’avantage des citoyens. En tout cas, les citoyens font leurs propres lois surtout en Kabylie, les gens s’organisent par eux-mêmes ils n’ont pas besoin d’un législateur d’Alger. Si ils veulent manifester leur insatisfaction, ou ils veulent fêtes un évènement quelconque, pourquoi les réprimer si on parle de démocratie. Le Danger qui gravite autour de l’Algérie, ne viendra pas de la Kabylie, c’est sûr est certain. Le problème se trouve à Alger, c’est le gouvernement lui-même le danger qui menace l’Algérie entière.

Mais il leurs faut un bouc-émissaire, et ça! Facile, les Kabyles sont les bons candidats. J’étais vraiment frappé par la réaction de la population à Alger suite à la chasse de Karim Akouche.

Ils disent de Karim, c’est un Djahel Kafer Bi-Allah, c’est normal de le chasser il n’a pas à faire en terre d’islam. Voilà le monde à l’envers.

Un Poète, un écrivain, un créateur artistique, un homme de culture, un homme libre amoureux de son peuple et de sa Kabylie et fière de ce qu’il est vraiment. Un homme comme ça on l’appelle ignorant!

Et les autres qui n’ont même eu la 6ieme primaire parce qu’il faut le dire, comme dernier recours ils s’en vont suivre les études à la madrasa Coranique au final on les appelle Foqahas, Oulamas. (Des savants).

En conclusion, la dictature Algérienne va mettre la faute et leurs échecs sur le dos des Kabyles. Mais est-ce que ça va remplir les estomacs vides de leurs citoyens?