A Tigzirt, le salafisme remplace la culture

Tigzirt.
Tigzirt.

Inaugurée en grandes pompes par le wali de Tizi Ouzou lors de sa visite d’inspection dans la région de Tigzirt à la fin du mois de février écoulé, la bibliothèque communale a vu ses portes refermés sitôt le commis de l’Etat est parti.

A Tigzirt, les autorités organisent le désert culturel. Les responsables au niveau local, en mal de projet concrets à proposer au peuple, s’offrent le luxe de la duperie pour amuser la galerie. En plus du nouveau siège de la mairie ouvert à la hâte alors qu’il est toujours en chantier, élections à venir oblige, les opérations anachroniques de ce genre héritées de la gestion populiste du parti unique ont toujours la peau dure à Tigzirt. Décidément oui ! Sinon comment ameuter la foule à coup de bendir et de caméra pour une opération de ce genre ? La commune de Tigzirt qui compte deux collèges d’enseignement, deux lycées et une dizaine d’écoles primaires, en plus d’un centre de formation, ne dispose d’aucune structure culturelle digne de ce nom. La maison de jeunes est devenue un centre d’hébergement pour vacanciers, le camp de jeunes situé sur les hauteurs de la ville devient une caserne pour le groupement de la BMPJ, la salle de cinéma au centre ville est devenue un édifice lugubre accueillant de temps à autres des festivités folkloriques de basse culture. La salle est fermée quasiment à longueur d’année alors que les jeunes baignent dans une oisiveté endémique.

A Tigzirt, il n’y a que la mosquée qui fonctionne à plein régime. Alors que la ville était immunisée contre le projet islamiste durant la décennie noire des années 1990, les barbus et les femmes voilées pullulent les rues de cette cité balnéaire très prisée jadis par les touristes des quatre coins du monde. Aujourd’hui le salafisme très actif étend ses tentacules petit-à-petit en grignotant chaque jour un peu plus sur les espaces publics. La nature ayant naturellement horreur du vide, ce courant élargit sa base en recrutant dans la frange juvénile.

De jeunes libertaires et résolument engagés contre le terrorisme et l’intégrisme islamiste ont du jour au lendemain troqué la gandoura et la longue barbe. Le RCD qui avait tissé une véritable toile d’araignée de militants dans la région perd du terrain à cause des errements et du désengagement de son élite locale. A part la fièvre des joutes électorales, rien n’est fait ni en amont ni en aval pour encadrer une jeunesse devenue par la force des choses atone et aphone. Les fléaux sociaux étrangers à la région il y a peu, s’installent dans les cités populaires de la ville qui s’agrandit chaque jour un peu plus. La drogue, la prostitution, les vols deviennent un dilemme et pour les services de sécurité, et pour les habitants de ce havre de paix.

Tigzirt s’appelait bien il n y a pas longtemps "la Suisse kabyle". Non loin de là, dans la commune limitrophe des Iflissen, une autre bibliothèque équipée et flambant neuf, réceptionnée il y a de cela quelques années moisit jour après jour sans que cela n’offusque personne. Le mobilier acheté à coup de monnaie trébuchante se dégrade à l’intérieur de l’édifice désert. Là aussi, la maison de jeunes est devenue une salle de sport fantomatique livrée aux quatre vents.

La Kabylie maritime plonge dans les abysses ténébreux faute d’un plan Marshal pour la tirer vers le développement durable. A part l’usine de fabrication de produit laitiers "TifraLait" appartenant à un privé qui emploie des centaines de salariés, aucun autre poumon économiques ne bat dans cette région oubliée. Le retard accusé dans son développement est difficilement rattrapable sauf si une synergie réelle dans toutes les volontés n’est entreprise sans tarder.

De Tigzirt, B.A.B

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