Entretien avec Hafid Derradji (II) : "J’ai indirectement reçu des menaces"

Hafid Derradji.
Hafid Derradji.

Dans la seconde partie de l’entrevue, le commentateur sportif Hafid Derradji, nous révèle qu’il a arrêté d’écrire dans la presse algérienne, afin d’épargner sa famille. Il aurait ainsi reçu indirectement des menaces. Il revient aussi sur son expérience avec Tsa et explique qu’étant arabophone, il se faisait aider par un journaliste d’El Watan pour publier ses papiers en langue française.

Il analyse également la situation politique du pays et s’attaque au clan présidentiel, qui selon lui, est responsable du marasme dans lequel se trouve le pays.

Le Matin d’Algérie : Vous êtes aussi virulent sur Facebook avec le pouvoir que lorsque vous écriviez dans la presse : d’ailleurs pourquoi avoir arrêté d’écrire, auriez-vous reçu des menaces ?

Hafid Derradji : J’ai arrêté d’écrire, car oui, j’ai reçu indirectement des menaces. J’ai préféré arrêter pour ne pas nuire à ma famille. Mais j’écris de temps en temps sur Facebook. Je dis ce que je pense, car ils n’arrêtent pas de nous provoquer collectivement, de provoquer le peuple. Je ne peux pas me taire devant l’énormité de leurs bêtises. De leur incompétence, gestion et échecs.

Vos papiers publiés en français avaient beaucoup de succès également. Vous les écriviez en français ?

Je me faisais aider par un journaliste d’El Watan. Je lui envoyais mes papiers en arabes qu’il traduisait. C’était pour moi une expérience nouvelle et ça me permettait de toucher plus de monde.

Vous dénonciez dernièrement sur votre page Facebook, les propos d’un prédicateur émirati venu visiter l’Algérie, dans lesquels il préconisait la construction de plus de mosquées à la place d’hôpitaux !

Oui, mais là encore, ce n’est pas la personne elle-même que je dénonce, mais les gens qui lui ont dit ce genre de bêtises. C’est certain qu’on a besoin de mosquées pour le côté spirituel, mais aussi d’hôpitaux, d’écoles, d’universités, de salles de cinéma, de théâtres, des airs de loisirs, de salles de sport… etc.

Le Monsieur originaire de Jordanie a aussi déclaré que l’Algérie était un beau pays, mais est-ce nouveau ? Par contre en disant ça, il cautionne toute la laideur et l’échec du pouvoir à faire de l’Algérie un vrai beau pays, pour nous Algériens et pour les touristes qui nous visiteraient. La "bande au pouvoir" a, au contraire, encouragé la médiocrité dans tous les domaines.

Pensez-vous que vos messages d’indignation atteignent les masses, lorsque ces dernières ont été condamnées à l’abrutissement par une école en échec, qui a formé au mieux, des incultes qui savent écrire ?

Oui, je le crois. Les gens ne sont pas dupes, ils savent qu’ils sont manipulés, ils sont conscients de cela. Ils savent que cette bande au pouvoir a un plan. C’est vrai qu’ils ont réussi à acheter tout le monde et beaucoup de gens ne veulent pas que ça change parce qu’ils y trouvent leur compte. Dans un tel système anarchique, les sans scrupules trouvent facilement leur compte. Même un gardien de parking pour autos aimerait que les choses restent telles quelles, car il gagne facilement 15 millions de centimes par mois. Pourquoi dans ce cas voudrait-il que ça change ?

Cette bande mafieuse veut concrétiser son plan de succession en faveur d’un des membres de la famille du président en achetant le peuple et en l’endormant, mais je suis sûr que le peuple algérien ne l’acceptera jamais.

La génération de Bouteflika a fait sa "révolution" contre le colonialisme, mais votre génération a fui ses responsabilités et le pays, laissant le champ libre à toutes les dérives. Votre génération n’est-elle pas aussi responsable de l’état actuel des choses ?

La résponsabilité est collective, c’est vrai. Nous sommes tous responsables de la situation actuelle. Vous dites qu’ils ont fait la "révolution" contre le colonialisme, mais je crois surtout qu’ils l’ont faite contre leur propre peuple dans le but de se maintenir au pouvoir et s’enrichir. La révolution, ils l’ont faite pour faire fuir le peuple, le chasser, le soumettre. Vous savez, nous sommes peut-être responsables de leur laisser les coudées franches, mais la majorité de ceux qui ont quitté le pays n’avaient pas d’autres choix. Ils nous ont poussé à partir, mais ils doivent savoir qu’ils n’auront pas le pays, ils ne nous mettront pas K.-O.. Le changement se fera, c’est une question de temps. J’espère juste qu’il ne se fera pas dans la violence.

Vous parlez de changement, qui doit donner l’impulsion selon vous ? Les intellectuels, la masse populaire, les expatriés, les locaux, les hommes politiques ? Il y a une sorte d’attentisme de part et d’autre et finalement personne ne bouge.

Ce que vous dites est vrai. Laissez-moi vous révéler que même des gens actuellement au pouvoir, des ministres ou des ambassadeurs m’ont déjà appelé pour dire que l’on doit agir pour faire bouger les choses ! Les attentes sont grandes même lorsqu’on se trouve, comme moi, à 6 000 km d’Alger. Mais on ne se rend pas forcément compte de cela. C’est vrai tout le monde attend que l’autre bouge et au final, on ne fait rien.

Le président Bouteflika est malade et n’apparaît que très rarement. Quel est selon vous, le scénario concocté par le pouvoir, en cas de décès du président ?

Vous connaissez l’adage algérien, selon lequel le pouvoir rend aveugle ? Contrairement à d’autres, je ne crois pas que la bande a prévu plusieurs scénarios, ils n’envisagent tout simplement pas le décès d'Abdelaziz Bouteflika. Ils sont occupés à se remplir les poches. Je crois même qu’ils seront pris au dépourvu le jour où ça arrivera. Le seul scénario qu’ils ont en tête est la passation du pouvoir à un membre de la famille présidentielle. Tout est fait pour cela. La mise à l’écart du Premier ministre, de l’armée et d’autres institutions telles que le parlement sont autant de signes qui ne trompent pas. Tout est bâti autour de ce plan de la succession familiale.

Une dernière chose peut-être ?

Oui, j’aimerais dire que le départ de Raouraoua est une perte pour le football algérien. Par contre, je suis content pour lui, il ira se reposer car il a souffert. C’est un homme que tout le monde regrettera.

Entretien réalisé par Hebib Khalil

Lire la première partie : Entretien avec Hafid Derradji (I) : "Le pouvoir a sacrifié Raouraoua"

Plus d'articles de : Débats

Commentaires (1) | Réagir ?

avatar
oziris dzeus

c'est une blague, n'est ce pas

ce type se voit ministre, premier ministre ou carrément futur bouteflika,

il est là où il faut, il est au golfe d'où viennent les futurs responsables des pays comme la libye, la tunisie, etc.....

pour réaliser cette interview il fallait se faire aider par un journaliste arabophone ou alors ça s'est fait en derja et puis..............

faites quelque de sérieux, svp quand vous voulez parler sport y a benyoucef ouadia celui qui à été débarqué pour faire place à qui tout le monde sait

et puis au moins benyoucef n'a pas besoin de se faire aider ni en arabe ni en français,

comment un type du système, fait par le système, et qui profite du système peut il mordre la main qui le nourrit