Le FLN et la mafia italienne : quelle histoire ! (II)

Tayeb Boulahrouf dixit "Pablo" et Jean-Paul Sartre.
Tayeb Boulahrouf dixit "Pablo" et Jean-Paul Sartre.

Nous ne pouvons aborder la relation algéro-italienne dans un contexte révolutionnaire, sans une réflexion sur la conception que se faisait la direction collégiale de la lutte armée nationale (LAN), du monde de la diplomatie.

III. L’architecte du soutien international

À entendre dire que par la conception d’une direction collégiale, une certaine démocratie pouvait régner lors des prises de décision, ce n’est qu’un leurre dans le contexte de combat révolutionnaire.

Après plus de 60 ans du début de cette expérience de LAN, il est temps d’approcher la question d’un point de vue idéologique et saisir toute l’importance de l’émergence des individualités militantes au sein de cette expérience qui reste de nature révolutionnaire. Penser un directoire révolutionnaire collégial (DRC) était peut-être valable à l’instant où il fallait répondre à une crise organique et politique qu’avait connue un parti politique, structuré et organisé comme le PPA. Mais, au moment d’un saut qualitatif telle que l’abondant des luttes politiques et l’exigence d’une lutte armée, une tâche révolutionnaire et une responsabilité historique imposaient une réflexion approfondie d’ordre politique et organique, menée avec des outils d’analyses à la hauteur de la tâche même. La LAN payera de lourds tributs en vies humaines dans l’attente des cadres-militants de qualité, des erreurs d’appréciation et d’ordres organiques vont suivre. Il se trouve que cette opinion a été mainte fois soulevée par des militants révolutionnaires arabes et étrangers, amis de la LAN algérienne.

Tayeb Boulahrouf (T.B.), sera responsable politique à un moment où la lutte armée passe, disons-le, sur le sol étranger, donc à un niveau international et la tâche est bien lourde en termes de conséquences. La direction collégiale de la LAN, n’a jamais faite un quelconque bilan critique où autocratique à l’évolution des événements qui la concernée. Elle était réellement incapable de réaliser quelconque réflexion théorique sur ce plan, aux vues des limites politico-idéologiques qu’elle trainait de son passé nationaliste.

Pour Frantz Fanon, il faut déconstruire la colonisation dans les esprits. Il finit par rejoindre les rangs du Front de Libération Nationale en Algérie, soutenant ouvertement sa ligne subjectiviste et sa violence aveugle contre tous les colons de manière indiscriminée.

Frantz Fanon justifie sa position par la mise en valeur de l'individu, et non de la classe : l'individu a souffert mentalement et il ne peut se libérer qu'en renversant individuellement sa situation, sans considération de l'ensemble. Cette vision totalement subjectiviste de l'individu aura bien entendu un grand succès dans la gauche antimatérialiste dialectique. Voici un exemple de la conception ultra-individualiste de Frantz Fanon :

"La première chose que l’indigène apprend, c’est à rester à sa place, à ne pas dépasser les limites ; c’est pourquoi les rêves de l’indigène sont des rêves musculaires, des rêves d’action, des rêves agressifs. Je rêve que je saute, que je nage, que je cours, que je grimpe. Je rêve que j’éclate de rire, que je franchis le fleuve d’une enjambée, que je suis poursuivi par une meute de voitures qui ne me rattrapent jamais. Pendant la colonisation, le colonisé n’arrête pas de se libérer entre neuf heures du soir et six heures du matin. Cette agressivité sédimentée dans ses muscles, le colonisé va d’abord la manifester contre les siens. C’est la période où les nègres se bouffent entre eux et où les policiers, les juges d’instruction ne savent plus où donner de la tête devant l’étonnante criminalité nord-africaine."

Frantz Fanon est ici le théoricien de "l'homme nouveau", le même concept utilisé dans les pays du tiers-monde par les "mouvements de libération" en fait liés au social-impérialisme soviétique, le même concept utilisé par Ernesto Che Guevara, qui selon Jean-Paul Sartre était "l'homme le plus complet de sa génération". On est ici dans la mythologie révolutionnaire rupturiste, sur un mode vitaliste.

On retrouve ici l'ombre d'Ali Chari’ati (1933-1977), son équivalent iranien. Voici ce que Frantz Fanon lui écrit :

"Même si je ne partage pas les mêmes sentiments que toi vis-à-vis de l’Islam, j’accepterai ton propos en disant que dans le Tiers Monde (et, si tu le permets, je préfère dire dans le Proche et Moyen-Orient), l’Islam a, plus que toutes les autres puissances sociales et idéologiques, une capacité anticolonialiste et une nature antioccidentale."

Ce principe de colonialisme à déconstruire sera généralisé dans le prolongement de la "French theory", et va donner naissance au "queer" et à la théorie du "genre".

T.B semble très avancé sur les plans de la formation politique et organique par rapport aux nombreux autres militants et cadres de LAN, et avoir sous coupe un Kaddour Ladlani, c’est bien se mettre au devant de la scène politique internationale afin d’annoncer que la Révolution algérienne passe à un niveau supérieur, celui de la guérilla internationale. La Métropole française n’est plus un pays colonisateur, il est lui-même un champ de bataille. Les coups durs qu’avaient reçus les organisations de FLN en France, de la part des services de sécurité français d’une part, de l’autre le MNA messaliste devaient donner à réfléchir sur les tâches à poursuivre pour la lutte libératrice.

Les services spéciaux de la lutte armée nationale devraient intervenir fortement de part leurs structures. TB en fera partie pour le compte de la Direction de la Documentation et du Renseignement (DDR), dont le patron était Tahar Khelladi. Le service en question était sous l’égide suprême de Krim Belkacem, ministre de l’Armement et des liaisons générales.

Après avoir accompli ses missions d’organisations et de directions du FLN en France, Tayeb Boulahrouf est désigné par le directoire révolutionnaire installé à Tunis, comme responsable du bureau de liaison du FLN à Rome, avec la Suisse comme lieu de résidence, plus exactement à Lausanne sous le pseudonyme de "Pablo". Ce dernier ne ménagera aucun effort et même plus, pour tisser des liens des plus sûrs pour le soutien de la cause nationale et dans divers milieux sociopolitiques en Suisse tout comme en Italie.

Sur la contribution suisse au combat algérienne, il y a lieu certainement à inscrire une honorable page d’histoire dans le chapitre relationnel entre les deux pays et les deux peuples, tout comme nous insisterons sur le rôle de TB qui n’a nullement "chômé" au sein de la Confédération helvétique. C’est à Yverdon, à la frontière franco-suisse, que s’établit une zone de passage clandestine et c’est le militant anarcho-syndicaliste, André Boesiger qui s’occupait du transfert des Algériens recherchés en France vers le territoire suisse. Le point de rassemblement et de rencontre était la ville de Macon, plus précisément à Pontdin, un ancien camp de concentration nazi. Quelque 800 militants algériens ont été transférés de 1956 à 1962, témoigne-t-il.

La contribution des militants et militantes suisses au combat algérien s’inscrivait dans une conviction militante bien particulière au sein d’une société marquée par l’indifférence ou le soutien au soutien à la vision française sous couvert de pacifisme ou de neutralité. Mais des partis politiques, tel le Parti Ouvrier Populaire (communiste), s’est nettement démarqué de son "frère français" en apportant sa part, non négligeable, d’aide et de soutien aux militants nationalistes algériens.

C’est le cas de Louis Ohrant, un soldat français déserteur et de conviction communiste, ayant fuit l’armée après une permission qui s’installa en Suisse en contribuant dans les réseaux Jeanson et Curiel. De même pour le pasteur Rouget, un infirmier-parachutiste au départ, qui sera un agent de liaison entre les militants algériens et l’éditeur Niels Andersson. Serge Frochot, un imprimeur spécialisé dans la réalisation des faux-papiers pour le réseau Jeanson, avait recruté à lui seul, 50 membres pour le soutien du combat algérien. Christian Mottier, un cinéaste appartenant au réseau Curiel, après l’arrestation de Francis Jeanson, s’occupait du transfert d’argent des contributions militantes du FLN, de la Suisse vers la Tunisie. Il sera arrêté et condamné à un an de prison à Fresnes, tout en gardant dans ses pensées cette phrase du militant internationaliste, Henri Curiel : "Messieurs, maintenant l’indépendance de l’Algérie est acquise pensant à la révolution".

Nous citerons encore la contribution des journalistes helvétiques dans la mise à nu de la répression colonial et par le seul respect de leur métier d’hommes de presse. Claude Richoz, qui fut le seul journaliste étranger à s’introduire dans La Casbah, décrivant la vérité des faits, des pressions et des souffrances que subissait la population. Benjamin Romieux, le journaliste de la Radio Suisse Romande, ou encore Jean-Pierre Goretta qui assistait en direct, à une attaque d’une ferme de colons, sans oublier le correspond de La Tribune de Lausanne, Jean-Pierre Moulin qui sera un des rares journalistes à contrecarrer la propagande des médias français avec une dignité du style de presse tout à faire particulier et marquant. De même, pour Charles-Henri Favrod, de La Gazette de Lausanne, qui donne une interview à Ferhat Abbas, l’année de son ralliement au FLN en 1957. Favrod qui a été à l’origine de la première rencontre entre le haut fonctionnaire des Affaires étrangères français, Claude Chayet et Saâd Dahlab, qui avait une maladie pulmonaire suite aux séquelles de la Seconde guerre mondiale et qui sera le futur ministre des AE du GPRA. La rencontre aura lieu à l’Hôtel d’Angleterre à Genève, le 2/02/1961.

Si Ferhat Abbas se déplaçait fréquemment en Suisse, c’est pour s’héberger chez sa belle-famille qui habitait à Montreux, alors que Ahmed Francis et Saâd Dahlab descendaient à Genève, chez Raymond Nicolet, l’avocat genevois dont le père, à son tour, accueillait Lénine au début du XXe siècle après 1905.

Pour le cas de Tayeb Boulahrouf, alias "Pablo", la ville de Lausanne fut son lieu de résidence helvétique lorsqu’il n’était pas à Rome. Nous noterons par-là que la délégation algérienne négociatrice des Accords d’Evian habitaient, officiellement à Yverdon, sous la protection du membre du Conseil communal et militant du P.O.P., Jean Mayerat, l’homme qui transportait une centaine d’exemplaires d’El-Moudjahid, dont une version est imprimée en Suisse et destinée pour la Tunisie. Jean Mayerat sera arrêté avec sa femme à Besançon (France) et c’est en prison qu’il fera connaissance d’Algériens, dont il dira sur leurs conditions qu’"ils étaient 90 dont 80 ne savaient ni lire, ni écrire, c’est étonnant après 130 de présence française".

Afin de les soutenir, il leur faisait de la dictée et c’est le poème Un enfant ira à l’école, de Charles Péguy qui fut le support. De même, que nous signalerons tous ceux et celles qui ont apporté leur petite pierre à l’édifice de la solidarité algéro-helvétique. A commencer par les sœurs Grether (Marcelle et Fanny) qui ont hébergées 60 à 70 militants entre 3 à 4 jours, à Isabelle et Marie-Madeleine Brumgnac, qui ont fait de même. Au docteur Jean-Pierre Girard, qui n’appartenait à aucun réseau de soutien, mais par humanisme héberger des militants algériens, à l’imprimeur genevois de Résistance, plus tard El-Moudjahid, M. Jacques Lehman et qui tirait entre 5000 et 6000 exemplaires avant de transférer à Tunis le siège du bulletin.

Nous relevons à partir de ce bref exposé que la Suisse n’a jamais été le pays de la dernière heure, mais bel et bien la nation qui savait offrir son aide à un moment des plus cruciaux.

L’homme de l’ombre des Accords d’Evian

A travers l’historiographie algérienne, imprégné par les traditions Udmiste (UDMA, Mahfoud Kaddache) ou trotskyste (Harbi), nous lisons que c’est sous la pression économique et financière que la Ive République entame des négociations secrètes avec le FLN. En effet, il y a eu cinq rencontres avec des émissaires du gouvernement Guy Mollet au Caire (une rencontre), à Belgrade (deux) et à Rome (deux autres). La dernière des rencontres occupa une période du seul mois de septembre 1956.

Pourquoi 1956 ? Est-ce réellement le gouvernement "socialiste" de guerre, qui souhaitait en finir avec la rébellion algérienne ou est-ce une des tendances de la LAN qui cherchait une issue politique, afin d’asseoir son hégémonisme ?

Nous pensons qu’il devient nécessaire de ce poser de telles questions, afin d’approfondir notre réflexion sur la LAN et d’éviter une personnalisation de la lutte armée et une schématisation d’ordre généraliste, qui occulte une réelle lutte de classes au sein même du mouvement national.

En 1956, la LNA entre dans une phase de guerre totale que l’armée française, forte par l’Alliance atlantiste, impose au peuple des paysans. La France officielle n’était pas prête à la politique du bâton et de la carotte. Au bout d’une année, la tendance réformiste de la LNA semble épuisait et l’année 1957 fut celle de la «décapitation» de nombreux cadres révolutionnaires de valeur. Réformisme oblige, la voie est ouverte à la négociation et la tête pensante de ce courant est certainement Ferhat Abbas, un homme qui s’est distingué par ses manifestes transmis à l’adresse des forces de l’Axe tout comme celles des Alliés, pendant la Seconde guerre capitaliste mondiale.

Ferhat Abbas étant marié à une Franco-Suisse, devait fréquemment séjourné à Montreux où habitait sa belle-famille. En septembre 1958, le GPRA est proclamé au Caire et dès le mois de novembre, il entre en contact avec M. René Humbert, inspecteur du Service de police du Ministère Publique Fédéral Suisse (l’Intérieur) en lui exposant sa "conviction que les négociations avec le gouvernement français sont nécessaires et que le général De Gaulle devait les accepter avant d’être débordé par les extrémistes de droite ou confronté à une rébellion algérienne soutenue par les Etats communistes." (3).

A la connaissance du rapport de l’inspecteur de police en question, chargé de la surveillance de Ferhat Abbas en Suisse, le président du GPRA, lui aurait clairement signifié, que le GPRA "renoncerait aux bons offices de la Tunisie et du Maroc et préférerait que les négociations se fassent dans un pays neutre, en Suisse si possible, et ceci sans avoir recours à l’intervention des Nations unies." (4)

Si Ferhat Abbas, demeure une des figures de proue du mouvement national anticolonial, il n’empêche que son militantisme et sa formation politique sont éloignés de la composante majoritaire de la LNA, qui reste teintée et fidèle au nationalisme révolutionnaire, et ceux qui se battent à l’intérieur du pays déterminent la politique que doivent mener ceux de la représentation politique à l’extérieur. TB avait saisi la nature du conflit de classes qui se préparait à l’horizon pour le devenir de la lutte armée.

Le natif de Oued-Zenati, était en Suisse après avoir fuit la France. Il sera, à son tour, surveillé par le Service de police helvétique, de décembre 1957 à juin 1958. De là, il regagnera Rome puisque son nom figure sur une liste de militants algériens interdits d’entrée en Suisse et dès le 17 mai 1960. TB demandera un sauf-conduit afin de rencontrer son avocat à Genève, il lui sera accordé par de Département Fédéral de Justice et Police, pour une durée d’un mois. TB rencontrera Me Raymond Nicolet qui lui demandera d’intervenir auprès des autorités de la Guinée Conakry, afin de libérer un citoyen suisse détenu dans ce pays. Au-delà du geste humanitaire, Boulahrouf fructifia le geste en terme politique en informant le chargé des Affaires politiques au Ministère de l’information du GPRA, Me Ahmed Boumendjel, sur la relation étroite que l’avocat genevois avait auprès de M. Olivier Long, chef de la délégation suisse au sein de l’Association Européenne de Libre-Echange et qui entretenait des relations personnelles avec les ministres français Louis Joxe et Michel Debré. C’est à ce niveau que les prémisses d’un contact avec le FLN et Paris allaient voir le jour pour aboutir aux rencontres d’Evian.

Mais il est connu que TB opérait depuis Rome après son séjour à Lausanne. Un chapitre italien de la résistance algérienne, certainement à écrire. Il résidera à la rue de Savio, dans le quartier de Montesacro, non loin des ambassades d’Egypte et de Libye, où il échappera le 5 juillet 1959 à un attentat commandité par l’organisation fasciste La Main Rouge (affilée au 2e Bureau du SDECE) et tuant et blessant deux enfants italiens : Rolando Rovai (mort) et Paolo Paladino (blessé). Habib Bourguiba, qui était à Rome à l’époque des faits et pour des soins médicaux à Salsomaggiore, dénonça clairement l’attentat en indexant l’organisation fasciste qui avait, auparavant assassiné le leader syndicaliste Ferhat Hachad. De son côté, la réaction allemande ne s’est faite pas attendre, avec la désignation par le Ministre Public allemand Heinz Wolf, de la responsabilité de l’organisation fasciste du crime qui a eu lieu à Paris, au mois de mai 1959, contre l’avocat algérien Ould Aoudia, en annonçant l’arrestation des agents tueurs, Jean Vlary, Christian Durieux et Jean Baptiste Van Cottem. Le même TB et sous l’identité de citoyen et journaliste tunisien, poursuivra son activité politique et militante jusqu’aux accords d’Evian. Mais après cet attentat manqué, TB devait s’installer au sein de l’ambassade tunisienne qui lui offrit protection et devenant par là un pays que ciblerait la France coloniale.

Redha Malek, qui fut à l’époque directeur d’El-Moudjahid à Tunis, raconte que TB connaissait personnellement le Président de la République italienne G. Gronchi, et qu’il lui avait évoqué la possibilité de le rencontrer grâce à l’entremise du PDG de la société ENI, Enrico Mattei et cela à quelques jours avant la visite commémorative que compte faire De Gaulle à la péninsule italienne. Mais le territoire italien n’était pas totalement acquit à la cause algérienne, les services secrets français étaient fortement mobilisés dans la contre-offensive, et de tout azimut, à l’encontre des militants et ceux des Italiens, qui les soutenaient.

TB, en agissant avec le concours de Mattei, savait que ce personnage clé du pouvoir italien représentait le courant politique dominant dans le décisionnel romain avec son socialisme humaniste au sein de la Démocratie chrétienne (première force politique de l’après-Seconde Guerre mondiale). Un courant programmatique social et politique qui menait le "Grand boum" de la reconstruction de l’Italie de l’après-fascisme et dont les communistes joueront un rôle primordial dans ce renouveau socio-économique.

Il est vrai que pour E. Mattei, le patron de l’ENI, la politique énergétique est une priorité pour la reconstruction nationale italienne, mais la stratégie de l’ENI devait se distinguer en dehors des trusts pétroliers anglo-saxons, en recherchant de nouveaux territoires d’exploitations. Eviter les griffes et les greffes des pétroliers des années 1950 et 1960, c’est ce classer aux yeux du regard étatsunien, dans le bloc soviétique, d’où l’intérêt pour Mattei d’avoir la "carte" algérienne qui est devenue un maillon faible de la politique Atlantiste. C’est dans cet ordre des choses, que l’Etat-ENI ouvre une représentation spéciale à Tunis et au Maroc afin d’assister techniquement les deux pays, nouvellement indépendant et se substituer aux entreprises françaises qui ont désertées les domaines miniers et énergétiques à l’indépendance politique des deux pays. Au bureau de Tunis, Mattei place son dynamique Directeur de l’office de presse pour l’Afrique du Nord, Mario Pirani, avec les prérogatives d’être représentant de l’ENI auprès du GPRA. Le bureau des services secrets britanniques à Paris, avait même fait une note confidentielle en ce sens, afin d’alerter la British Petrolium des avancées sur terrain de la concurrence italienne.

Du côté algérien, TB fut chargé par le MALG de "suivre de près les agissements de l’Ambassade de France en Italie, de ses réseaux formels et informels et de diversifier ses actions en direction de la société civile italienne, afin d’élargir le front de soutien à la cause nationale. Il n’était pas seul à faire tout ça. Mais, il a élargie le cercle des amis, des sympathisants et de ceux qui ont aidés sans jamais être cité. C’est un rôle monumental qu’il ne faut jamais oublier" (5).

En effet, l’action de TB était sur plus d’un front entre "l’action de l’ombre" et celle du travail de masse, de l’apparent et du mobilisateur. C’est ainsi que des écrivains, cinéastes, peintres et poètes, tous italiens et de renommée mondiale, s’est retrouvés aux côtés de la lutte algérienne, grâce à la force de conviction, la maîtrise de l’expression et de la culture personnelle de Boulahrouf. Autour de lui, des noms comme Renato Guttoso, Alberto Moravia, Elio Vittorini, Pier Paolo Pasolini et bien d’autres encore, se sont associés aux membres et aux organisateurs du Comité Italien pour la Paix en Algérie pour soutenir la lutte du peuple algérien et celle du Monde arabe. (A suivre)

Dr. Mohamed-Karim Assouane,

Maitre de conférences. Université d’Alger-2.

La première partie : Le FLN et la mafia italienne : quelle histoire ! (I)

Notes

3 - Les propos ont étés recueillis auprès d’un Ancien officier du Service des Transmissions du MALG. Ancien des Transmissions des AE sous le ministre Bouteflika et qui finit par être le responsable des Trans de l’Ambassade d’Algérie à Dacca (Bengladesh) durant les années 1980.

4 - Le rapport de l'inspecteur du MPF René Humbert, 15.8.1959, AF E 2001 (E) 1976/17, vol. 49. Les séjours de F. Abbas en Suisse provoquent de nombreuses interventions des diplomates français.

5 - Idem.

Plus d'articles de : Opinion

Commentaires (1) | Réagir ?

avatar
Hend Uqaci Ivarwaqène

Ayavava ! Zighmani ils étaient obligés de se coltiner en plus la mafia, nos héros !

Ya3ni, ontar-nous, ce sujet attrape l’histoire par son bout le plus sensible. Les accointances terribles entre les mouvements historiques radicaux et les organisations criminelles. Quand il s’agit de liquidations d’éliminations des éléments les plus récalcitrants, de chantage ou de tout ce qui est inassumable, le recours à la sous-traitance des sales besognes est une pratique courante. D’ailleurs les révolutions ont été une aubaine pour les brigands de tous poils qui s’achetaient ainsi une conduite honorable en rendant service aux révolutionnaires en exécutant pour le compte de la révolution les taches moins gloriolantes. Je pourrais a-bander, hachakoum, dans la même veine, sur ce sujet si mon âge et ma pudeur ne me l’avaient interdit.

Restons donc dans la rubrique littérature sobre.

Cet article me rappelle deux livres : « les mains sales » de Sartre (qui évoque la liquidation d’un camarade révolutionnaire par les siens) et « le village de l’Allemand », de Sansal, qui, lui, fait allusion aux liens entre le national-socialisme cher aux nazis et notre nationalisme à nous autres, b3id char a3lina : tout ça courageusement camouflé dans un psychodrame œdipo-culpabilisant. Comme si Melouza c’était Guernica matchi d. Les Baléares, ya latif !

Ya3ni il ya kamim un chouia de perniciosité dans ce sujet. Sipa qu’on a pas le droit de dire la viriti, nagh mahsev l’iconoclastie c’est thoura ringard. Khati, je trouve juste qu’on n’a pas le droit, sous prétexte de me débarrasser de mes lubies nagh de me déniaiser, amounage, de m’enlever toute raison d’être enragé contre le FLN d’après. On est en train de nous dire que si nos pontes sont portés sur la corruption, le vol, et la rapine, ce n’est pas congénital, du moins à l’origine, ils ont choppé ça dans des conditions difficiles.

Ih, qu’est-ce qu’on va pas chercher comme excuses thoura, ya din qessam !