Le problème de l'idéologie en Kabylie entre 1926 et 1962 (I)

Imache Amar.
Imache Amar.

"L'idéologie qui désignait d'abord une science naturelle de l'acquisition par l'homme d'idées calquées sur le réel lui-même, désigne désormais tout un système d'idées produit comme effet d'une situation initialement condamnée à méconnaître son rapport réel au réel". G. Canguilhem

Introduction

Nous allons aborder la crise dite berbériste non pas comme il se fait à l'accoutumée mais en mettant au centre du débat, le problème idéologique qui traverse de part en part le mouvement national algérien. Pour limiter le cadre des hostilités, nous nous contentons de la sphère kabyle pour exposer la position idéologique des personnalités marquantes issues de cette région d'Algérie. A tout point de vue, les "stratégies politiques" ne peuvent à elles seules, déterminer le positionnement idéologique des principaux protagonistes. Ainsi, nous divisons les différents courants kabyles en cinq catégories d'une inégale importance eu égard au rôle joué par les acteurs.

Premièrement: les Berbéristes matérialistes, Imache, Ait Hamouda, Ait Menguellet et Bennaï Ouali et Oulamara, L'Algérie algérienne.

Deuxièmement: les nationalistes kabyles sans aversion idéologique, Krim, Abane, L'Algérie rebelle.

Troisièmement, le patriotisme révolutionnaire de H. Ait Ahmed.

Quatrièmement, les adeptes de l'arabo-islamisme en Kabylie.

Cinquièmement: Les protoberbéristes: S. Boulifa et H. Lahmek.

Les différents courants idéologiques en Kabylie

Toutefois, il convient d'inscrire la composition de groupes dans la même logique que celle qui a été instruite par Omar Carlier (1). En effet, le recours à une représentation géographique de la formation triangulaire de l'idéologie par ce dernier nous met dans une position plus confortable pour sortir de l'unanimisme kabyle. En effet, O. Carlier dégage trois cercles idéologiques dominants. Toujours d'après O. Carlier, la formation triangulaire comprend le Djurdjura, la Soummam et le Guergour. De plus, ce triangle ne recoupe pas uniquement l'aire des parlers kabyles et combine des sous-ensembles linguistiques aussi bien monolingues (Djurdjura) que bilingues (Guergour). Nonobstant, l'influence indéniable de la langue dans la formation des groupes idéologiques constitutifs des déterminants géographiques (2) Omar Carlier dégage une vue d'ensemble où chaque partie du triangle obéit à une combinaison propre. Il constate par ailleurs que chaque partie du triangle est "plus homogène à Michelet où elle est positive, et à Draa el Mizan où elle est "négative". Plus contrasté à niveau faible à Guenzet, à niveau fort à Fort National".(3) Dans l'ordre des choses, il convient de verser le dossier de l'appartenance des personnalités citées ci-dessus. Il nous revient de placer l'idéologie au centre de la discussion pour déterminer la valeur politique du parcours de chacun des noms kabyles.

En premier lieu, nous allons tester la conformité idéologique des groupes d'appartenance des individus. Bien que le personnalisme ne soit pas une bonne manière d'interroger les faits historiques, nous concédons que la figuration des noms permet de donner une certaine idée des adhésions idéologiques. Afin de parvenir à faire la part des choses, il convient de situer le berbérisme comme idéologie par rapport à la concurrence de l'islahisme, l'autre idéologie dominante de l'islam algérien. Donc, la compétition des hommes s'inscrit dans une lutte idéologique. Il revient d'admettre la carte de la pénétration du mouvement réformiste musulman en Kabylie pour pouvoir déterminer les zones du berbérisme. (4) Eu égard à la répartition de O. Carlier et en conformité avec l'ordre des appartenances, nous allons confronter l'adhésion idéologique des militants nationaliste kabyles avec leur zone d'influence.

1- Le premier cercle: Les "berbéro-matérialistes"

Amar Imache: l'initiateur de la cause berbère

Amar Imache est né dans la commune d’Ath Douala, wilaya de Tizi Ouzou en 1895 et il est décédé en 1960. Il a été l'un des principaux animateurs du courant berbériste au sein du MNA. Dès 1936, dans l'émigration au sein de l'étoile nord-africaine, il s'oppose à Messali Hadj sur les orientations idéologiques du nationalisme algérien. Dans son condensé historique de la crise berbériste, Mohammed Harbi ne consacre que deux occurrences à Amar Imache.(5) Toujours est-il que ce dernier s'en tient au programme traditionnel de l'ENA, c'est à dire l'indépendance de l'Algérie. Une fois posé le problème des personnes, il reste que l'idéologisation des options nationalistes parcourt de fond en comble le MNA. S'il s'avère exact que Messali Hadj est un défenseur de l'arabo-islamisme, il ressort que la qualification de matérialistes des Berbéristes contient une dissonance de la formulation idéologique qui les caractérise. Par bien des aspects, la guerre idéologique entre les deux courants du MNA, s'explique par la symétrie des oppositions doctrinales des grands courants de pensée en vogue à l'époque. Certes, il est difficile de schématiser les relations entre un courant de pensée qui s'inspire du mouvement de la Nahda "renaissance" et celui qui empiriquement allie la condition sociale d'inspiration socialo-communiste au statut de l'indigène. L'expérience prolétarienne des immigrés algériens a été déterminante dans le choix idéologique des militants kabyles. De la sorte, leur dénomination de berbéristes matérialistes pose un vrai problème du sens à donner au qualificatif de surcroît équivoque. Il ressort que la qualité matérialiste va servir d'argument redoutable au service de l'idéologie des tenants de l'arabo-islamisme.

Après tout, le poids idéologique du matérialisme (Ilhad) est d'autant lourd à subir par les militants kabyles dans une société intégralement imprégnée par la religion. Ainsi, l'écart du langage dans le combat idéologique des deux courants, profitera sans commune mesure au panarabisme. La confusion terminologique du concept "matérialisme" insidieusement introduite par les militants arabo-musulmans, fera le reste de la propagande dans la société algérienne et consacrera l'excommunication des militants de la cause berbère au profit d'un prosélytisme islamique rampant. Il y a lieu de feuilleter les documents des partis nationalistes algériens pour suivre les différentes étapes qui ont jalonné la lutte implacable entre les deux courants dans l'enjeu idéologique est de taille. La première étape du MNA servira de tremplin à l'association des Oulémas qui va au fil du temps, faute d'une participation précoce à la lutte d'indépendance, définira les orientations de la doctrine officielle du projet national. Sous la plume de Bachir Al-Ibrahimi on lit ce qui suit : "La langue arabe est la langue officielle de l'islam et elle a de ce point de vue deux droits indiscutables sur la nation algérienne (...). Un droit du fait que l'arabe est la langue de la religion d'une la nation et que la nation est musulmane; et un droit qui résulte du fait que l'arabe est la langue d'une nation est que cette nation est de race arabe.

La sauvegarde de la langue est donc une question de conservation de la race et de la religion en même temps."(6) La traduction que fait M. Tilmatine va nous permettre d'analyser quelques concepts modernes des sciences sociales et du langage politique. De ce fait, le premier mot consacré est celui de la nation algérienne. D'ores et déjà, il faut rappeler la malheureusement la phrase de Ferhat Abbas pour mieux comprendre le dilemme des intellectuels algériens dont Mustafa Lacheraf en fait l'écho.(7) Tout autant, on assiste tout au long des XIXe et XXe sièles à un télescopage des logiques discursives arabo-musulmane et occidentale (française) dans la définition de l'Etat-Nation. Il va s'en dire que le mouvement nationaliste arabe d'inspiration "nahdiste", va emprunter à la modernité européenne, un certain nombre d'outils politiques pour se forger un cadre institutionnel d'un Etat en formation. Bref, il serait long d'évoquer toutes les étapes marquantes de la formation de l'Etat national à caractère autoritaire. En second, la race est un mot équivoque en sciences humaines et même s'il est encore utilisé par quelques cercles intellectuels. Par son histoire, il est uniquement usité par les naturalistes pour les besoins de la taxinomie et il est rejeté par les anthropologues. Dans le passage de Bachir Al-Ibrahimi, il est difficile de saisir le glissement sémantique du concept de la race. Il faut rappeler que le terme a servi à l'anthropologie naissante du XIXe siècle à classer les différentes populations humaines.(8)

Le mot race se décline en plusieurs appellations arabes. Nous avons recensé dans le dictionnaire les mots suivants: Jins, Salala, Açl, Irgui qui traduisent aussi bien la race, l'ethnie, la racine l'espèce, la descendance, la souche, etc. Du fait de l'impossibilité d'accès au texte arabe de Oussedik Fawzi ben El-Hachemi (Mahattat firih al-haraka al-islamiya bi Gaza'r, Dar al-intifada li-n-nasr wa--t-wizi', Alger, 1992), il est pas commode de saisir le mot qui a été traduit de l'arabe par M. Tilmatine. Mais , il semble que la logique discursive arabo-musulmane établit une correspondance bio-historique à partir du terme Açl pour fonder toute une mythologie de l'origine arabe des Berbères. Une contrepartie en linguistique berbère s'impose pour hisser le niveau d'abstraction des locuteurs berbères dans le domaine de la concurrence des langues. Par ailleurs, l'étude d'Ismail yakit n'approfondit pas la question de la race mais ce dernier se contente de discuter la théorie de l'évolution en faisant défiler les noms des savants musulmans qui ont été concernés par les idées évolutionnistes.(9) Toujours est-il que M. Tilmatine désigne clairement les principaux objectifs des Oulémas algériens à savoir: la défense de la langue arabe par le biais de l'esprit de l'arabité qu'il faut insuffler aux Algériens, tout autant que leur "origine arabe".(10) Nous ne pouvons dans le cadre de ce texte, nous étendre plus sur la question de l'origine qui elle-même nécessite une étude particulière. Il est que plus fortement recommandé d'insister sur la participation intellectuelle des lettrés kabyles dans la formulation doctrinaire de l'Etat et de la nation algérienne. Pour se conformer à cette exigence, il faut revenir aux premiers documents du mouvement nationaliste algérien.

Si l'on s'en tient à l'idée promue par Amar Imache d'une indépendance algérienne, il faut ausculter en détails tous les documents pour laisser apparaître des divergences doctrinaires au sein du mouvement national algérien. Toutefois, il convient de prendre pour exemple, les statuts de l'ENA adoptés par l'assemblée générale du dimanche 20 juin 1926 pour quantifier la part de la religion musulmane dans les revendications du mouvement nationaliste algérien. L'article 3 stipule que: "L'Association se propose pour but la défense des intérêts matériels, moraux et sociaux des musulmans de l'Afrique du Nord ainsi que l'éducation sociale et politique de tous ses membres".(11) En nous limitant à l'article 3 des statuts de l'ENA, l'attribut "musulman" ne comporte aucune connotation idéologique mais il sert d'après ses rédacteurs à définir par le biais de la religion une communauté dominée par le colonialisme et spoliée dans ses droits fondamentaux. De cette première constatation qui concerne directement A. Imache, il ressort qu'à ce stade, rien n'est pourtant dicté par des impératifs idéologiques. En suivant en cela Amar Ouerdane, son explication ne permet pas d'élucider avec exactitude la part de la religion au début du mouvement national national.(12) Afin d'expliciter nos propos, nous reprenons ce qu'il dit du rapport des Berbères avec la religion. Au détriment d'une observation générale, il est improbable que l'islam ne soit pas un élément moteur dans la résistance des colonisés. A titre d'exemple, la rahmaniya confrérie musulmane bien implantée en Kabylie, a été la fer de lance des insurrections kabyles du XIXe siècle.(13) En soi, cela contredit l'affirmation suivante de A. Ouerdane: "La religion n'a jamais revêtu de caractère fondamental dans la lutte anti-impérialiste des Berbères. (14) La notice biographique consacrée à Amar Imache précise le nom de la commune de naissance de ce dernier. Il s'agit du douar beni Aissa, commune mixte de Fort national. (15) L'auteur de la notice, nous apprend aussi que A. Imache met en avant les archs (Terres appartenant à la collectivité tribale) et la djemaâ (Conseil des notables élus), traduction hasardeuse des institutions traditionnelles de la Kabylie afin de donner à l'Algérie indépendante un caractère social et démocratique. Il va s'en dire que dans cette lutte contre la zaâma de Messali Hadj et que indépendamment de son influence sur l'orientation politique de la nouvelle génération qui allait fonder le MTLD, il semble que c'est dans le cadre du nouveau Parti de l'Unité Algérienne qu'il se propose "de clarifier la religion musulmane et de combattre le fanatisme".(16) A ce stade de notre investigation, nous n'avons pas encore mis la main sur les documents du Parti unitaire algérien pour mettre en exergue l'orientation idéologique de ce parti pour les confronter avec la ligne officielle suivie successivement par l'ENA et le PPA-MTLD.

Amar Ould Hamouda: la focalisation de la question berbère

Nous nous contentons de suivre pour le moment la logique descriptive de A. Ali Yahia pour établir ue filiation idéologique des adeptes du premier cercle berbériste.(17) A. Ould Hamouda est né le 30 mars 1923 au village Tassaft Ouguenoun situé entre la tribu des Ait Yenni et celle des Ouacifs et mort assassiné en 1956. En suivant en cela les arguments avancés par A. Ali yahia, nous allons interroger à travers son parcours de militant son talent pour avoir compris que la culture berbère est au coeur du problème est l'identité. Il va de soi que ce problème est récurrent à la production identitaire en Afrique du Nord. L'esquisse d'une problématique proprement berbère chez A. Ould Hamouda s'appuie par l'évocation de l'histoire antique de l'Algérie et l'éloquence poétique incarnée en dernière instance par le chant patriotique de M. Ait Amrane (Ekker amis Oumazighs). De ce fait, nous ne minimisons aucunement le rôle de la poésie kabyle dans la résistance au colonialisme ou à la défense de la culture berbère mais toujours est-il que nous tenons à compacter les instants politiques dans le déroulement de l'histoire. Ainsi, il se dégage un cadre d'expression où l'antagonisme des valeurs prend une dimension nouvelle par rapport à A. Imache. Toutefois, les idées reçues de l'histoire antique recèlent quelques insuffisances dans l'interprétation des faits historiques. Comparativement à la lutte d'influence entre Messali Hadj et A Imache, la condamnation d’Amar Ould Hamouda et de Embarek Ait Menguellet par un tribunal composé de Krim Belgacem, Ouamrane Amar, Mohammedi Said et Cheikh Amar, instaure un climat de défiance en Kabylie. Cette condamnation se répercute ipso facto sur l'orientation idéologique des principaux leaders kabyles (H. Ait Ahmed, A. Ramdane, Krim Belkacem, etc.) dont nous aurons à parler dans les pages qui suivent.

Afin de reprendre le fil des événements historiques, revenons au mémorandum du bureau politique.(18) D'après les différents commentateurs, il a été l'élément déclencheur de la "crise berbériste de 1949". Il va de soi que cet événement à résonnance internationale, dédoublera les tensions idéologiques au sein du MNA en général et plus particulièrement en Kabylie. Indépendamment des rivalités de personnes et de l'état de guerre, il est naturel de sonder l'impact de l'idéologie sur les groupes d'influence. Il se produit une asymétrie idéologique des groupes où en lieu et place de la ligne tracée par Amar Imache qui revendique une Algérie indépendante ressourcée au tréfonds de ses agrégats sociaux et de ses archétypes politiques, A. Ould Hamouda demande expressément une reconnaissance de l'identité étroitement liée à la mémoire de l'histoire et non pas à la langue comme le remarque avec justesse A. Ali Yahia.(19) Il se dégage un temps de l'histoire où s'inscrivent aussi les berbérophones que les arabophones. Ainsi et à cette époque, le moment de la langue est indifférencié par rapport aux revendications culturelles postérieures. Sauf erreur, la prégnance idéologique est plus manifeste que la problématique de la langue. Il se peut qu'à cette époque, la pression sur la langue berbère était moins forte qu'au lendemain de l'indépendance avec la mainmise linguistique de l'arabo-islamisme. En de telles circonstances, le combat de certains nationalistes berbéristes durant la période coloniale, était beaucoup porté plus sur la définition de l'identité algérienne que celui des berbéristes postindépendance qui mettent au centre de leur préoccupation, la défense de la langue et de la culture berbères menacées par l'arabisation massive de la population. Par conséquent, de fil en aiguille, il se dessine une trame historique de l'idéologie qui met en scène la répartie des quatre cercles en Kabylie configurés par le triangle de O. Carlier. Donc, à la place des personnes, nous inscrivons les cercles d'appartenance des groupes en fonction de leur idéologie respective.

Nous proposons un schéma simplifié qui met en correspondance les trois côtés d'un triangle où la base représente le segment de l'Algérie algérienne tandis que les deux côtés mettent en face à face, les adeptes des berbérisme (Algérie algérienne) aux défenseurs de l'arabo-islamisme. Le trait médian représente le positionnement ambigu de Hocine Ait Ahmed. Il s'établit un cadre général des relations ternaires eu égard au socle idéologique des trois groupes, court-circuités peut-être par ligne médiatrice de H. Ait Ahmed. Ainsi, l'enrichissement conceptuel de la représentation triangulaire de O. Carlier est nécessaire pour comprendre la complexité de la situation où aussi bien les relations humaines que les idées qui motivent leur action politique. (A suivre)

F. Hamitouche

Lire la deuxième partie : Le problème de l'idéologie en Kabylie entre 1926 et 1962 (II)

Notes:

1- O. Carlier, La production sociale de l'image de soi, Note sur la "crise berbériste de 1949" AAN, CNRS, 1984.

2- O. Calier brosse la tableau suivante: Autrement dit, la crise berbériste se "déploie dans un espace qui a les propriétés d'un champ de forces inégalment représentées. Les indices dont nous disposons font apparaître un premier dessin.

La région de Draa el Mizan paraît moins touchée que celle de Fort national et Michelet bien que, comme ces dernières, elle est soit (relativement) très scolarisée et tès migrante. On peut y voir entre autres, une raison "géographique": sa position occidentale sur la chaine du Djurdjura, entre deux plaines, cellede Boghni, celle de Bouira. De ce fait plus engagée par ses structures d'échange, dans ses intérêts et ses prolongements en terre et en hommes, avec des zones arabophones où le bilingues. Plus axée aussi sur Blida et la Mitidja occidentale. La région du Guergour, également scolarisée et migrante, paraît, elle aussi moins engagée dans le mouvement, pour des raison similaires? S'y ajoutent toutefois des aspects linguistiques et culturels. Le bilinguisme y est plus ancien et plus généralisé, et surtout les tructures religieuses y ont précocement fait place au prosylétisme "islahiste"; chez les Beni ourtilane d'abord, chez les Beni Alla ensuite.

La présence des oulémas, ancienne dans le premier cas, récente dans le second cas, a fortement contribué a ybloquer ou freiner la sensibilité berbériste. La même raison vaut en partie pour la vallée de la Soummam, de Akbou à Bougie, en liaison avec d'autres aspects. Bien que fortement scolarisée et migrante, elle encore, sa représentation en émigration dans l'étoile nord-africaine, et dans le PPA au pays, est nettement plus faible et bien plus tardive.

Nous ne sommes pas certains que les déterminants géographiques invariables, de sucroît géologiques, aient eu un impact important dansl'action politique. A ce titre, aussi bien la guerre de Firmus contre Théodose que celle des Flissa contre les Turcs, pourtant elles se sont déroulés dans le même environnement géographique, n'ont pas occasionné des comportements similaires.

3- Idem, pp,352-353

4- A. Merad, le réformisme musulman el Algérie de 1925 à 1960, Essai d'histoire religieuse et sociale, Editions Mouton, 1967, pp 194-195. Une comparaison s'impose pour décrire l'état de la rivalité religieuse entre l'islam des confréries et celui des Réformistes. La carte de 1934 (Gouvernement général de l'Algérie, 1934) établit une forte présence des Tariqa sur toute la Kabylie avec une prédominance de la Rahmaniya. Du coup, comme une lutte acharnée a été declenchée par les réformistes contre le maraboutisme dans le but de fournir les principes fondamentaux qui deviendront au lendemain de l'indépendance, des constances nationales (Tawabit), il est plus qu'important d'ouvrir un débat sur cet aspect de l'idéologie.

La montée en puissance du courant réformiste conduira au déclin des zaouias, affirme-t-on. La diffusion du réformisme religieux en Algérie (Cartes, pp, 194-1995) a-t-il vraiment affaibli l'islam traditionnel au point de faire renoncer les militants nationalistes à leur tradition séculaire? C'est vraisemblablement, la question que l'on doit se poser pour comprendre l'asymétrie des positions aussi bien religieuses et politiques de nationalistes kabyles?

5- M. Harbi, Le FLN, Mirage et réalité, des origines à la prise du pouvoir (1945-1962) Editions Jeune Afrique, 1980.

6- M. Tilmatine, Les Oulémas algériens et la question berbère: un document de 1948, Awal no 15, 1997.

7- M. Lacheraf, L'Algérie, nation et société, SNED, 1978. Il écrit ceci: Quoi qu'il en soit, nation-Etat ou nation-communauté ou simple patrie solidairement agissante, et par cela même "nationale", quelque chose existait qui a permis à l'Algérie de s'opposer, au cours de 130 ans, à une grande puissante impérialiste , et à forcer, en définitive, à capituler., p, 9. Nous voyons bien que chez cet auteur, les agrégats sociaux n'ont pas une définition précise.

8- Cl. Blanckaert, Les conditions d'émergence de la science des races au début du XIXè siècle, S. Moussa (sous la direction), L'idée de "race" dans les sciences humaines et la littérature (XVIIIè et XIXè siècles), L'Harmattan, 2003.

9-I. Yakit, l'Attitude du christianisme et de l'islam en face du derwinisme, Thèse de doctorat, Paris 4, 1979.

10- M.Schazmiller, Le mythe d'origne berbère,( Aspects historiques et sociaux) ROMM no 36, 1983. -Y. Moderan, Mythes d'origine des Berbères, Encyclopédie berbère avec une note complémentaire de S. Chaker, XXXII, 2010

11- M. Kaddache, Histoire du nationalisme algérien, Tome II, EDIF, 2003

12- A. Ouerdane, La question berbère dans le mouvement national algérien, 1926-1980, Editions Dar El Ijtihad, 1993.

13- J. Nil. Robin, L'insurrection de la Grande Kabylie en 1871, H. Charles Lauzelle, 1901.

14- A. Ouerdane, p, 42.

15- B. Stora, Dictionnaire biographique des militants nationalistes algériens, ENA, PPA, MTLD, 1926-1954, L'Harmattan, 1985.

16- Idem, p, 83.

-Pour les besoins de la cause, nous avons consulté sans succès les ouvrages suivants: A. Imache, L'Algérie au carrefour, la marche vers l'inconnu, Imprimerie centrale, 1937 et O. Carlier, Le cri du révolté, Enal, Alger, 1986. Toutefois, il convient de continuer le travail en cherchant des archives privées susceptibles de fournir des informations sur le PUA.

17- A. Ali yahia, la crise berbère de 1949, Editions Barzakh, 2016.

18- Idem, pp, 157/159.

19- A. Ali Yahia, Idem, p, 148.

20-Idem, p,223 Sur le thème de la trahison, nous avons montré l'ambivalence de la figure dans une étude sur Igmazen, Roi des Isaflenses.

21- Idem, Déclaration de Ferhat Ali: " Qu'il n'a jamais existé et qu'il n'existe jamais de Parti Populaire Kabyle pour la bonne raison qu'il n'y a qu'un peuple algérien, quoique d'origine ou de langues différentes, vivent fraternellement unis dans une même volonté de libération nationales."p, 224. De même que le PUA, l'histoire du PPK nécessite la recherche de documents auprès des institutions officielles ou chez les privés.

22-Idem, p 269.

23- idem, pp, 268-269.

24- Il est vraiment dommage que des auteurs comme A. Ali Yahia, Belaid Ramdane et tant d'autres succombent à la subjectivité et manque d'objectivité lorsqu'ils écrivent sur leurs proches. Dans tous les cas et même si "on est pris dans les tourments des rivalités familiales", on ne peut pas prendre position pour les uns ou les autres dans l'affaire Krim- Dahmoune qui a pourtant divisé les familles.je soutiens tout simplement que la mémoire et toujours vivace d'un tel drame qui a divisé mes grands-parents et mes parents.

25A. Hamdani, le lion des djebels, Editions Balland, 1973, p,103.

26- idem, p, 103.

- Les quelques lignes consacrées par K. Mameri (Krim Belgacem, le combattant suprême de la guerre d'Algérie, Editions EL-Hamel 2016) n'apportent rien de nouveau sur les circonstances de la crise berbériste.

27-B. Ramdane, Abane au coeur de la tempête, Nuages sur la révolution? Editions Koukou, 2015.

28- M. Harbi, Archives de la révolution algérienne, Editions Jeune Afrique, 1980, Document 38, Extrait de la lettre de Krim relative à l'ouvrage de Mohammed Lebjaoui "Vérités sur la révolution

algérienne", p, 179.

29- A. Ali Yahia, Idem, p, 255.

30- B. Ramdane, p, 183

31- Idem, p, 112.

Sur la faiblesse de la culture amazighe de pouvoir incarner un projet politique universel est une question récurrente depuis Massinissa et bien au delà dans l'histoire des Amazighs qu'il faut peut-être un jour, analyser.

32- A. Ali Yahia, p, 179.

33- Idem, p, 179.

34- H. Ait Ahmed, Mémoires d'un combattant, L'esprit d'indépendance, Editions Sylvie Messinger, 1983, p,186.

35- Idem, p, 181.

36- Idem, p, 182

37- Idem, p, 179.

38- Ali Merad, le réformisme musulman en Algérie, p, 194

39- Atlas de l'Algérie et de la Tunisie, Influence religieuse, Gouvernement général de l'Algérie, 1934.

40- F. Colonna, Les versets de l'invinvibilté, Presse de la fondation nationale ses sciences politiques, 1995.

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Massine Ait Ameur

les Kabyles ont toujours fait les clowns pour les autres; il est encore temps de changer de show!