Etes-vous musulman ? !!!!

Mohammed Ali.
Mohammed Ali.

Cette question a été posée par un douanier à un fils d’un grand Américain à l’entrée de son pays. Le père du fils en question n’est autre que Cassius Clay alias Mohamed Ali. Pour ce douanier zélé, la couleur de la peau prime sur la nationalité. L’ignorance crasse de ce monsieur pour qui tout Noir a de fortes chances d’être musulman prouve hélas que le racisme est encore incrusté dans le tissu social des USA. La décision d’interdire l’entrée des citoyens de 7 pays musulmans par Donald Trump a ravivé les douloureux souvenirs de la ségrégation subie par les Afro-américains. Paradoxal pays que cette nation américaine créée par des immigrants, un Etat construit sur un territoire jonché de cadavres d’Indiens sans oublier le sang et la sueur des esclaves africains.

Oui paradoxal pays où cohabitent des zélés de la "race supérieure" (Ku Klux Klan) et l’intelligence des hommes qui ont envoyé un de leur semblable sur la lune. Pays qui a recueilli dans son asile des émigrants fuyant la misère et l’oppression, lutté pour faire reconnaître le droit au repos des ouvriers (fête du 1er Mai) offert au monde de sublimes plumes littéraires, les Dos Pasos, Faulkner, Hemingway, Steinbeck etc…

La stupide question de ce douanier américain m’a fait rappeler la case dans laquelle sont enfermés en France les immigrés et notamment les Algériens. De nos jours, ils ont inventé la nationalité de "musulman". Cela m’a rappelé le titre d’un film "Nationalité immigré" d’un Mauritanien qui dénonçait le racisme en France. Immigré, musulman, décidément dans un pays où les mots et le juridique ont un sens précis, les étrangers sont entassés sous un vocable qui nie et leur origine et leur histoire. Ainsi, hier, nous Algériens, on était soit Arabes ou Kabyles car le mot Algérien n’arrivait pas à sortir de la bouche de cette faune de "spécialistes" qui a distillé dans la société française sa vision de l’anthropologie coloniale qui nous considérait comme un conglomérat de tribus. Comme je savais d’où parlait cette faune, je répondais en la regardant droit dans les yeux "c’est emmerdant pour vous la guerre est finie, je suis donc Algérien".

Quel est le mécanisme qui s’est mis en place en Occident pour que l’on voit dans tout "Arabe" un musulman et dans tout "musulman" un terroriste. Pourquoi tout ce beau monde confond-il avec délice les notions de religion et de nationalité ? Parce des gens réfractaires aux évolutions du monde et impuissants à s’y adapter ont pris en otage l’islam et ont répandu leur lecture de cette religion. Ce raid idéologique sur une religion a pour objectif d’effacer l’histoire des pays et obligé les individus à adopter leur vision des choses pour diviser le monde en musulman et en mécréant. Le rapport au monde se fondant sur l’histoire et sur une autre vision philosophique leur est insupportable. Le plus beau c’est que cette vision de l’islam que l’on veut imposer ne dérange pas l’Occident. On le voit dans la liberté laissée au wahhabisme de construire des mosquées et de distribuer gratuitement le Coran. L’Occident n’a commencé à réagir que lorsque cet "islam" est devenu terroriste sur ses propres territoires. Ailleurs, il ne dérange pas, pis il est soutenu et armé quand il aide à atteindre les objectifs des pays du Golfe afin que ces derniers lui ouvrent les marchés et les laissent siphonner allégrement le pétrole. Il est une deuxième raison qui explique les bonnes relations entre l’Occident et ces pays qui ont une vision particulière de l’islam. Laquelle vision n’est nullement contre l’économie du marché (capitalisme) mais elle est en revanche farouchement contre la lutte des classes. Ce tableau idyllique, c’est du bain béni pour l’Occident bercé par la musique dominante du capitalisme et farouchement armé contre la lutte des classes vision ‘’archaïque’’ selon ses idéologues car elle sabote le beau mariage du capital et du travail.

J’ai voulu faire ce détour par des événements qui se déroulent en Occident pour aborder les notions complexes de nationalité et identité qui souvent ‘’baignent’’ chez nous dans le simplisme parce déconnectées de l’humus de l’histoire.

La Nation fille de l’Histoire

On assiste dans le monde à la déferlante du populisme qui est le meilleur engrais du fascisme. J’ai déjà écrit ici même que ce populisme est le fruit de l’échec de cet Occident qui n’est plus le maître du monde. Mais ce populisme est une arme contre les classes populaires. Et quelle est la meilleure arme sinon l’utilisation du nationalisme et de l’identité pour détourner les regards sur les étrangers. C’est pourquoi il n’est pas inutile d’éviter de tomber dans les pièges de la facilité ou de l’ignorance.

Quand on ‘’idéologise’’ à outrance des notions fruits d’un long et sinueux chemin emprunté par l’Histoire, on obtient des définitions médiocres et on cultive des attitudes qui produise de la haine. Je ne vais pas donner mes définitions de ces notions mais laisser le lecteur se faire sa propre idée en mettant en évidence leurs évolutions depuis la nuit des temps.

Au cours du voyage du concept de nation, on rencontre un groupe humain né et vivant dans un territoire. Après une halte, on rencontre des religions animées d’ambitions universalistes. Apparaisse alors la primauté d’une vision philosophique sur la notion de territoire (christianisme et l’islam). Le territoire reprend de la valeur avec des frontières quand naquit l’Etat-Nation. Ce dernier finit par ‘’apprivoiser’’ grâce à un pouvoir politique centralisé les ethnies, les langues, les religions, les cultures et à faire cohabiter les habitants de cet Etat. c’est la forme moderne des Etats-nations d’aujourd’hui. Notons tout de même qu’à l’intérieur de ces Etats, il peut exister des nationalités fruits de conquêtes ou d’enchevêtrements des histoires des peuples (nations indiennes aux USA et dans l’ex-URSS). Enfin ultime évolution, les langues, la religion, la culture, ne sont plus les critères à eux seuls qui déterminent le rapport des citoyens à la politique et à l’Etat. Ce sont les problèmes politiques, nature de l’Etat, les problèmes sociaux, économiques et d’appartenance sociales qui sont les nouvelles ‘’frontières’’ à l’intérieur d’un pays.

Ainsi, cette fille de l’histoire qu’est la nation peut envoyer deux messages selon l’époque et les problèmes auxquels elle est confrontée. Quand la nation est l’objet d’une agression ou d’une invasion, le peuple est derrière elle. Les exemples sont multiples à commencer par celui de l’Algérie durant la libération du pays. Ailleurs, on peut citer la guerre d’indépendance des Etats-Unis contre l’Angleterre et le peuple français à Valmy contre l’invasion prussienne, bataille qui constitua le socle de l’Etat-Nation (républicain) contrairement à la monarchie qui pactisa avec la Prusse. Même Staline mobilisa toute l’URSS sous le slogan de la guerre patriotique en mettant en sourdine la lutte des classes pour désigner l’unique ennemi du moment, le nazisme.

Un dernier mot pour montrer la complexité du concept de Nation, c’est sa traduction d’une langue à une autre. En occident sa racine linguistique et philosophique vient du Latin qui signifie naître. Dans le monde où la langue arabe et l’islam se sont implantés ce sont les mots de Watan et Oumma à forte connotation religieuse qui sont usités.

L’Identité épouse son temps

Quant à l’identité, le ou les langues, les pratiques culturelles ne nagent jamais dans la même eau ou le même fleuve. Elles n’échappent pas aux coups de boutoir de la science et de l’art qui tissent les liens nouveaux dans une société et transforment nos perceptions au cours de notre vie. L’identité ne peut qu’épouser son temps car l’homme est toujours curieux d’adopter des nouveautés qui améliorent son quotidien et enrichissent sa vision du monde. L’identité n’est pas la somme des facteurs qui la constituent (histoire, territoire, langues, religions), elle n’est donc pas une somme arithmétique. Elle est plutôt un produit algébrique. C’est la conjugaison des facteurs qui se solde par une identité qui a sa propre singularité.

Ainsi la langue seule ou bien une religion ne suffit pas pour acquérir le statut d’une identité. Il y a beaucoup de peuples qui parlent la même langue ou pratiquent la même religion, ils n’ont pas pour autant la même identité. Un Sénégalais qui parle français n’est pas pour autant Français, un Chinois catholique n’est pas non plus Italien etc… Et même dans le monde arabe où la prégnance de la langue et de la religion est forte, les identités d’un pays à un autre sont souvent très éloignée l’une de l’autre.

Je suis parti de la malheureuse aventure du fils d'un grand boxeur Mohamed Ali pour arriver aux jeunes enfants (français) de pères immigrés qui se font maltraiter et même violer (histoire de Théo) parce que la couleur de la peau ou la religion sont devenues pour des sociétés fatiguées, les uniques armes pour maintenir "l’ordre" et les désigner par autre chose que par leur véritable nationalité. Il est bon de retenir la leçon et utiliser les bons mots et les notions dans leur complexité pour respecter et les pays et les êtres humains.

Ali Akika, cinéaste

Plus d'articles de : Analyse

Commentaires (1) | Réagir ?

avatar
urfane

Ah, la victimisation, quand tu nous guette!! Vous n'avez pas du vous arrêter sur les traitements infligés par vos services de sécurité aux migrants subsahariens. c'est dommage, cela vous aurait donné un peu de recul sur le sujet. Et d'autre part, vous n'avez pas remarqué que les réfugiés de pays féodaux (suivez mon regard) préfèrent dangereusement traverser la mer vers ces pays dits racistes que vers la Russie par ex. ou les pays dits "frères". Encore une dernière chose : l'islam est un dogme non soluble dans la modernité et encore moins dans la démocratie. Vous voulez une preuve : regardez donc le démocrate turc que d'aucuns nous chatoient comme un exemple de vertu musulmane...