Les Mokrani : expansion, terreur et compromission (IV)

Chekh Aheddad a donné sa caution à la révolte kabyle de 1871.
Chekh Aheddad a donné sa caution à la révolte kabyle de 1871.

L’insurrection de 1871 fut l’une, des plus grandes révoltes déclenchées, depuis l’occupation française. La plupart des alliés du Bachagha, les chefs des provinces, préférèrent conserver leurs richesses que de se lancer dans une révolte coûteuse et qui condamna le peu de prestiges qui leur restaient.

L’insurrection de 1871

Les principales révoltes se localisèrent essentiellement à Souk-Ahras, El-Milia (Ouled Aidoun), Bordj-Bou-Arreridj et la Merdjana (Bougie). A Bordj-Bou-Arreridj la révolte s’était soldée par un carnage. Plusieurs centaines de morts parmi les partisans de Bachagha. La Merdjana ne put apporter un grand secours au Bachagha, les Ouled Abdesselem n’étaient pas sensibles à l’appel de la guerre sainte.

L’objectif du Bachagha était de généraliser l’insurrection dans tout le territoire algérien. Mais les alliances exécrables avec ses cousins et d’autres Bachaghas du sud refroidirent ses ardeurs. La rébellion isolée ne pouvait que faire le jeu de ses cousins fidèles à la France. Les complications des négociations pour trouver des alliés furent fatales pour une insurrection généralisée.

Au sud, son ami de toujours, le Bachagha Bengana, ne répondit pas à son appel et doubla les démonstrations extérieures en faveur de la France et des Français.

Pour motiver les Amazighs, Mohammed El-Mokrani affirmait que la France allait prendre des terres aux Algériens pour les distribuer aux métropolitains et aux colons. Comme s’il venait de découvrir ces pratiques dont il était l’un des acteurs de leurs mises en œuvre.

Des feux, allumés sur des montagnes voisines de Seddouq, avaient annoncé d’Alger à Skikda que la guerre sainte était ouverte. En moins de quinze jours les insurgés portaient le pillage, l’incendie et la mort dans toutes les fermes et dans les villages ouverts ; ils assiégeaient les places fortes des villes principales de tout l’est algérien. Ils mettaient sur pied des contingents pour combattre en rase campagne. Il allait falloir près de neuf mois et plus de vingt colonnes pour avoir raison de cette formidable levée de boucliers.

Les révoltes vigoureuses et continues des Ouled Aidoune

Le soulèvement des tribus amazighes d’El-Milia à Ouled Aidoune, en février 1871, soulève souvent la question du mystère de la cause inconnue de cette révolte, dans les écrits où les commentaires historiques. Même Hosni Kitouni, auteur d’un ouvrage sur la Kabylie orientale, manqua de discernement pour élucider l’ancrage du sentiment sacré de la liberté qui prenait, aux yeux des Ouled Aidoune, le dessus sur toutes les autres considérations. Les Amazighes d’El-Milia n’avaient pas attendu les serments, en faveur de l’insurrection, des Mokrani pour se soulever contre les envahisseurs. Ils l’avaient fait de tout temps, au VIIe siècle contre l’invasion des Arabes, du XVIe jusqu’au XIXe siècle contre les Ottomans et XIXe siècle contre les Français jusqu’à la libération du pays. Nous allons lever le voile qui entoure l’incompréhension du caractère fougueux et imprévisible des tribus d’Ouled-Aidoune.

Revenant d’abord, aux événements de 1804 qui avaient marqué les esprits et apporté une certaine quiétude dans la vie des Ouled-Aidoune. Ces derniers refusèrent, après plusieurs injonctions et menaces, de verser les impôts aux caïds. Le bey Osman de Constantine, révolté, voulut mater cette rébellion et donner une démonstration de force à toutes les autres tribus environnantes de Collo et Jijel. Il se déplaça lui-même, à El-Milia, avec des colonnes de plus de 4000 soldats turcs et plus de 3500 cavaliers auxiliaires arabes (17) (Les goums des Mokrani). Nous connaissons la suite, le piège tendu autour d’un guet-apens par les Ouled-Aidoune permit de faire un carnage et décimer toute les colonnes du bey Osman. Osman demeuré dans son campement au souk d’El-Milia fut fait prisonnier, à son tour, avant de se faire couper la tête. Depuis, les tribus d’Ouled Aidoune bénéficièrent d’une relative accalmie. Les Turcs et les caïds n’osèrent plus s’aventurer dans les montagnes difficiles d’accès.

En 1853, les Français décidèrent de construire le bordj, poste militaire, près du souk D’El-Milia et une route pour le relier à Constantine. Une décision qui allait bouleverser fondamentalement les rapports de force en faveur des Français et exploiter à Profusion les ressources forestières du chêne liège.

En 1858, les terres furent réquisitionnées et distribuées, sous formes de concessions, aux colons. Toutes les tribus Ouled Aidoune se révoltèrent en provoquant des incendies qui détruisirent plus de 600 000 chênes lièges (18). Le message était clair : les Français veulent nous déposséder de nos forêts, nous reconduisons les méthodes qui avaient fait leurs preuves par le passé contre l’invasion des Arabes ; la terre brûlée, pour décourager l’exploitation et éloigner les Français loin de notre territoire. Toutefois, la population assista désabusée et impuissante à conjurer le mal terrible qui la frappait, face à la saisie par la France, des terres ancestrales.

En 1859, Les Amazighes d’ouled Aidoune ne se résignèrent pas, pour autant, à la fatalité et Ils attaquèrent les ouvriers qui construisaient le bordj.

En 1860, la France, libérée de ses guerres en Europe, mit à la disposition de ses généraux des moyens énormes pour en finir avec l’insoumission récurrente les Amazighes de Ouled Aidoune. Les soldats français et les goums parcoururent toute la région pour faire régner la désolation et la mort. Les tribus de Ouled Aidoune, en l'occurrence les Ouled Ali, Tanefdour, Ajnak, Ouled amiour, Arfa, Beni Touffout, Beni Aicha, Beni Habibi, Beni Ftah et Beni Meslem … etc décidèrent à travers l’assemblée de la Djemâa de faire appel au djihad et incendièrent les fermes des colons. La réponse française aux actes de résistance des ouled Aidoune fut fulgurante et meurtrière face à une population démunie de moyens modernes de défense. Entre 1860 et 1864 la France organisa une nouvelle méthode d’administration basée sur la division de la région de la Kabylie El Hadra, en rattachant les tribus de Ouled Aidoune directement à celle de Collo. L’objectif recherché ; morceler les tribus en détruisant la proximité et accentuer la subdivision sous la responsabilité des Caïds sans scrupules et répondant aux critères de fidélité et aux impératifs militaires et administratifs de la France.

Ainsi, la colonisation s’installa avec la force et la terreur sur les terres d’autrui, en occurrence celles des Algériens, en les réduisant à de simples paysans retranchés aux coteaux des montagnes, sur des terres reculées et moins fertiles ou en ouvrier agricole au service des colons venus d’ailleurs.

En février 1871, les tribus d’Ouled Aidoun, non résignés, indignés et les cœurs brisés par la haine, décidèrent de se réunir discrètement, pour raviver la flamme du combat autour de leur cause sacrée et transmettre aux jeunes générations l’affront dont ils étaient victimes pour lequel il fallait continuer la lutte jusqu’à la victoire totale. Sans savoir qu’ils allaient déclencher la plus importante révolte populaire du XIXe siècle. Humiliés et ruinés depuis l’installation du Bordj d’El-Milia. L’orgueil de ce peuple leur imposa de s’emparer du Bordj par une attaque surprise, dès l’aube, et de tuer tous les occupants. Reconduire le scénario, réussi, de 1804 contre les colonnes du Bey Osman au Souk D’El-Milia, pour dissuader les Français de quitter, à jamais, la région comme cela était fait à l’époque pour les Turcs. Les Amazighs d’ouled Aidoune n’accordèrent aucune confiance aux chefs arabes, ils optèrent de mener par eux-mêmes la révolte. Les Caïds et les cheikhs suppôts des Français, furent chassés et assassinés. Tous les Caïds, les goums et les Bachagha dévoués à la France, se virent reprocher leurs agissements passés, refusèrent de se présenter dans la région d’Ouled Aidoune. Les Chefs traditionnels et les chefs des bureaux arabes, décidèrent, alors, de lancer une propagande mensongère envers les amazighe d’ouled Aidoune en les traitant de ne pas être des musulmans, afin de semer la confusion.

A l’occasion d’une fête donnée à Ouled Aidoune, ce soir même, fut donné l’ordre de la prise d’armes dès le lendemain à l’aube, pour attaquer le Bordj d’El-Milia et tuer tous les occupants, dont le nombre se limitait à dix, d’après les informateurs des Ouled Aidoune. Par la suite, faire la chasse aux français isolés.

Cependant, le manque de préparation et d’un chef charismatique pour mener à bien l’opération furent fatales pour la réussite de l’attaque. Les erreurs furent commises en oubliant de couper les fils du télégraphe reliant Constantine et Jijel ce qui eut pour effet de permettre aux soldats du bordj d’alerter les généraux de Constantine pour obtenir des renforts. D’autre part, l’attaque surprise n’avait pas donné l’effet attendu, car un informateur était parmi les insurgés et a réussi à prévenir le capitaine du bordj la veuille de l’attaque. Toutes les tentatives d’’occuper le Bordj échouèrent.

Cette insurrection s’achèvera sept mois plus tard et laissa des traces indélébiles dans la mémoire populaire. Elle se termina par une tragédie incommensurable dont le souvenir, d’une occasion manquée, marqua à jamais les esprits à Ouled Aidoune. L’appauvrissement de cette région se généralisa, systématiquement, par la confiscation des terres. Désabusés et désemparés les Ouled Aidoune assistèrent impuissants au drame qui changea littéralement leur modèle de vie et le début de leur déracinement.

Hosni Kitouni témoigna, à juste titre, sur cette révolte avortée, par la déclaration suivante : "Il y a dans l’histoire de la colonisation un avant et un après 1871".

C’était une occasion, certes, perdue mais elle a certainement fait évoluer les mentalités pour bien se préparer et se donner les moyens d’un soulèvement organisé et uni pour libérer définitivement le pays. Ce qui fut fait en Novembre 1954.

"La délivrance ne s’obtient que par la connaissance : elle seule brise les liens de l’esprit, elle seule conduit à la béatitude" (Ciceron). Fin

Abdelaziz Boucherit

Notes

1. On utilisera, délibérément, le terme Amazighe unificateur et retiré de la poussière des siècles, pour reprendre sa véritable place dans le nouveau langage Algérien, pour remplacer les termes venus de l’extérieur : berbère, kabyle, chaoui etc …dont la connotation du premier nous renvoie au mot barbare des romains, le mot Kabyle d’origine arabe, évoquant la tribu sur le sommet de la montagne comme un vautour, et en outre il a servi d’outil de division par le colonialisme Français (Grande Kabylie, petite Kabylie, Kabylie des Babors et Kabylie orientale) et chaoui pour identifier les berbères du sud.

2. Invasion Hilalienne en Afrique du Nord (1055-1056) par Ibn Khaldoun

3. Djebel-Kiana ou Djebel-Adjissa qui porte aujourd’hui le nom de Djebel-Ayad Ou Djebel-Madid de la tribu des Ouled-Sidi-Fadel (Histoire de l’insurrection- Louis Rinn)

4. Village rattaché à la commune algérienne d’Ighil Ali wilaya de Bejaia.

5. La région de bordj-bou-arreridj.

6. La commune Ighil Ali wilaya de Bejaia

7. Dans la Wilaya de Bejaia

8. L'oued Sahel est une rivière du nord de l’Algérie Il se jette dans la Soummam à Akbou (Wilaya de Bejaia).

9. Le Hodna région constituée de riches plaines au sud des Hauts Plateaux en Algérie

10. Le royaume de Koukou fut fondé en 1510 par Ahmed-ben-el-Qadi, qui était jugé à la cour des derniers rois de Bougie

(11) Medjana est une Daira de la Wilaya de Bordj-Bou-Arreridj en Algérie

(12) Commune de la wilaya de Sétif. La bataille de Guidjel s’était achevée par une grande défaite des Turcs. Ainsi Betka el-Mokrani s’illustra par son courage et consolida son pouvoir sur sa province de Constantine. (Louis Rinn).

(13) Ouadia : le droit le passage à travers ses États. Quiconque voulait traverser ses provinces devrait payer des taxes de droit au passage. Mêmes les Turcs payèrent les taxes. (Louis Rinn)

(14) Abdesselem-el-Moqrani se mit au service des généraux Français en 1831 (Louis Rinn)

(15) Pair de France et président de la commission d’Afrique (Louis Rinn)

(16) Etudes réalisées par le centre de la documentation d’Algérie. Sur le règne de El-Bachagha Mohamed El-Mokrani

(17) Sources de Hosni Kitouni dans "La Kabylie Orientale dans l’histoire" l’Harmattan 2013.

(18) Sources de Hosni Kitouni dans "La Kabylie Orientale dans l’histoire" l’Harmattan 2013.

L’insurrection de 1871

Les principales révoltes se localisèrent essentiellement à Souk-Ahras, El-Milia (Ouled Aidoun), Bordj-Bou-Arreridj et la Merdjana (Bougie). A Bordj-Bou-Arreridj la révolte s’était soldée par un carnage. Plusieurs centaines de morts parmi les partisans de Bachagha. La Merdjana ne put apporter un grand secours au Bachagha, les Ouled Abdesselem n’étaient pas sensibles à l’appel de la guerre sainte.

L’objectif du Bachagha était de généraliser l’insurrection dans tout le territoire algérien. Mais les alliances exécrables avec ses cousins et d’autres Bachaghas du sud refroidirent ses ardeurs. La rébellion isolée ne pouvait que faire le jeu de ses cousins fidèles à la France. Les complications des négociations pour trouver des alliés furent fatales pour une insurrection généralisée.

Au sud, son ami de toujours, le Bachagha Bengana, ne répondit pas à son appel et doubla les démonstrations extérieures en faveur de la France et des Français.

Pour motiver les Amazighs, Mohammed El-Mokrani affirmait que la France allait prendre des terres aux Algériens pour les distribuer aux métropolitains et aux colons. Comme s’il venait de découvrir ces pratiques dont il était l’un des acteurs de leurs mises en œuvre.

Des feux, allumés sur des montagnes voisines de Seddouq, avaient annoncé d’Alger à Skikda que la guerre sainte était ouverte. En moins de quinze jours les insurgés portaient le pillage, l’incendie et la mort dans toutes les fermes et dans les villages ouverts ; ils assiégeaient les places fortes des villes principales de tout l’est algérien. Ils mettaient sur pied des contingents pour combattre en rase campagne. Il allait falloir près de neuf mois et plus de vingt colonnes pour avoir raison de cette formidable levée de boucliers.

Les révoltes vigoureuses et continues des Ouled Aidoune

Le soulèvement des tribus amazighes d’El-Milia à Ouled Aidoune, en février 1871, soulève souvent la question du mystère de la cause inconnue de cette révolte, dans les écrits où les commentaires historiques. Même Hosni Kitouni, auteur d’un ouvrage sur la Kabylie orientale, manqua de discernement pour élucider l’ancrage du sentiment sacré de la liberté qui prenait, aux yeux des Ouled Aidoune, le dessus sur toutes les autres considérations. Les Amazighes d’El-Milia n’avaient pas attendu les serments, en faveur de l’insurrection, des Mokrani pour se soulever contre les envahisseurs. Ils l’avaient fait de tout temps, au VIIe siècle contre l’invasion des Arabes, du XVIe jusqu’au XIXe siècle contre les Ottomans et XIXe siècle contre les Français jusqu’à la libération du pays. Nous allons lever le voile qui entoure l’incompréhension du caractère fougueux et imprévisible des tribus d’Ouled-Aidoune.

Revenant d’abord, aux événements de 1804 qui avaient marqué les esprits et apporté une certaine quiétude dans la vie des Ouled-Aidoune. Ces derniers refusèrent, après plusieurs injonctions et menaces, de verser les impôts aux caïds. Le bey Osman de Constantine, révolté, voulut mater cette rébellion et donner une démonstration de force à toutes les autres tribus environnantes de Collo et Jijel. Il se déplaça lui-même, à El-Milia, avec des colonnes de plus de 4000 soldats turcs et plus de 3500 cavaliers auxiliaires arabes (17) (Les goums des Mokrani). Nous connaissons la suite, le piège tendu autour d’un guet-apens par les Ouled-Aidoune permit de faire un carnage et décimer toute les colonnes du bey Osman. Osman demeuré dans son campement au souk d’El-Milia fut fait prisonnier, à son tour, avant de se faire couper la tête. Depuis, les tribus d’Ouled Aidoune bénéficièrent d’une relative accalmie. Les Turcs et les caïds n’osèrent plus s’aventurer dans les montagnes difficiles d’accès.

En 1853, les Français décidèrent de construire le bordj, poste militaire, près du souk D’El-Milia et une route pour le relier à Constantine. Une décision qui allait bouleverser fondamentalement les rapports de force en faveur des Français et exploiter à Profusion les ressources forestières du chêne liège.

En 1858, les terres furent réquisitionnées et distribuées, sous formes de concessions, aux colons. Toutes les tribus Ouled Aidoune se révoltèrent en provoquant des incendies qui détruisirent plus de 600 000 chênes lièges (18). Le message était clair : les Français veulent nous déposséder de nos forêts, nous reconduisons les méthodes qui avaient fait leurs preuves par le passé contre l’invasion des Arabes ; la terre brûlée, pour décourager l’exploitation et éloigner les Français loin de notre territoire. Toutefois, la population assista désabusée et impuissante à conjurer le mal terrible qui la frappait, face à la saisie par la France, des terres ancestrales.

En 1859, Les Amazighes d’ouled Aidoune ne se résignèrent pas, pour autant, à la fatalité et Ils attaquèrent les ouvriers qui construisaient le bordj.

En 1860, la France, libérée de ses guerres en Europe, mit à la disposition de ses généraux des moyens énormes pour en finir avec l’insoumission récurrente les Amazighes de Ouled Aidoune. Les soldats français et les goums parcoururent toute la région pour faire régner la désolation et la mort. Les tribus de Ouled Aidoune, en l'occurrence les Ouled Ali, Tanefdour, Ajnak, Ouled amiour, Arfa, Beni Touffout, Beni Aicha, Beni Habibi, Beni Ftah et Beni Meslem … etc décidèrent à travers l’assemblée de la Djemâa de faire appel au djihad et incendièrent les fermes des colons. La réponse française aux actes de résistance des ouled Aidoune fut fulgurante et meurtrière face à une population démunie de moyens modernes de défense. Entre 1860 et 1864 la France organisa une nouvelle méthode d’administration basée sur la division de la région de la Kabylie El Hadra, en rattachant les tribus de Ouled Aidoune directement à celle de Collo. L’objectif recherché ; morceler les tribus en détruisant la proximité et accentuer la subdivision sous la responsabilité des Caïds sans scrupules et répondant aux critères de fidélité et aux impératifs militaires et administratifs de la France.

Ainsi, la colonisation s’installa avec la force et la terreur sur les terres d’autrui, en occurrence celles des Algériens, en les réduisant à de simples paysans retranchés aux coteaux des montagnes, sur des terres reculées et moins fertiles ou en ouvrier agricole au service des colons venus d’ailleurs.

En février 1871, les tribus d’Ouled Aidoun, non résignés, indignés et les cœurs brisés par la haine, décidèrent de se réunir discrètement, pour raviver la flamme du combat autour de leur cause sacrée et transmettre aux jeunes générations l’affront dont ils étaient victimes pour lequel il fallait continuer la lutte jusqu’à la victoire totale. Sans savoir qu’ils allaient déclencher la plus importante révolte populaire du XIXe siècle. Humiliés et ruinés depuis l’installation du Bordj d’El-Milia. L’orgueil de ce peuple leur imposa de s’emparer du Bordj par une attaque surprise, dès l’aube, et de tuer tous les occupants. Reconduire le scénario, réussi, de 1804 contre les colonnes du Bey Osman au Souk D’El-Milia, pour dissuader les Français de quitter, à jamais, la région comme cela était fait à l’époque pour les Turcs. Les Amazighs d’ouled Aidoune n’accordèrent aucune confiance aux chefs arabes, ils optèrent de mener par eux-mêmes la révolte. Les Caïds et les cheikhs suppôts des Français, furent chassés et assassinés. Tous les Caïds, les goums et les Bachagha dévoués à la France, se virent reprocher leurs agissements passés, refusèrent de se présenter dans la région d’Ouled Aidoune. Les Chefs traditionnels et les chefs des bureaux arabes, décidèrent, alors, de lancer une propagande mensongère envers les amazighe d’ouled Aidoune en les traitant de ne pas être des musulmans, afin de semer la confusion.

A l’occasion d’une fête donnée à Ouled Aidoune, ce soir même, fut donné l’ordre de la prise d’armes dès le lendemain à l’aube, pour attaquer le Bordj d’El-Milia et tuer tous les occupants, dont le nombre se limitait à dix, d’après les informateurs des Ouled Aidoune. Par la suite, faire la chasse aux français isolés.

Cependant, le manque de préparation et d’un chef charismatique pour mener à bien l’opération furent fatales pour la réussite de l’attaque. Les erreurs furent commises en oubliant de couper les fils du télégraphe reliant Constantine et Jijel ce qui eut pour effet de permettre aux soldats du bordj d’alerter les généraux de Constantine pour obtenir des renforts. D’autre part, l’attaque surprise n’avait pas donné l’effet attendu, car un informateur était parmi les insurgés et a réussi à prévenir le capitaine du bordj la veuille de l’attaque. Toutes les tentatives d’’occuper le Bordj échouèrent.

Cette insurrection s’achèvera sept mois plus tard et laissa des traces indélébiles dans la mémoire populaire. Elle se termina par une tragédie incommensurable dont le souvenir, d’une occasion manquée, marqua à jamais les esprits à Ouled Aidoune. L’appauvrissement de cette région se généralisa, systématiquement, par la confiscation des terres. Désabusés et désemparés les Ouled Aidoune assistèrent impuissants au drame qui changea littéralement leur modèle de vie et le début de leur déracinement.

Hosni Kitouni témoigna, à juste titre, sur cette révolte avortée, par la déclaration suivante : "Il y a dans l’histoire de la colonisation un avant et un après 1871".

C’était une occasion, certes, perdue mais elle a certainement fait évoluer les mentalités pour bien se préparer et se donner les moyens d’un soulèvement organisé et uni pour libérer définitivement le pays. Ce qui fut fait en Novembre 1954.

"La délivrance ne s’obtient que par la connaissance : elle seule brise les liens de l’esprit, elle seule conduit à la béatitude" (Ciceron). Fin

Abdelaziz Boucherit

Notes

1. On utilisera, délibérément, le terme Amazighe unificateur et retiré de la poussière des siècles, pour reprendre sa véritable place dans le nouveau langage Algérien, pour remplacer les termes venus de l’extérieur : berbère, kabyle, chaoui etc …dont la connotation du premier nous renvoie au mot barbare des romains, le mot Kabyle d’origine arabe, évoquant la tribu sur le sommet de la montagne comme un vautour, et en outre il a servi d’outil de division par le colonialisme Français (Grande Kabylie, petite Kabylie, Kabylie des Babors et Kabylie orientale) et chaoui pour identifier les berbères du sud.

2. Invasion Hilalienne en Afrique du Nord (1055-1056) par Ibn Khaldoun

3. Djebel-Kiana ou Djebel-Adjissa qui porte aujourd’hui le nom de Djebel-Ayad Ou Djebel-Madid de la tribu des Ouled-Sidi-Fadel (Histoire de l’insurrection- Louis Rinn)

4. Village rattaché à la commune algérienne d’Ighil Ali wilaya de Bejaia.

5. La région de bordj-bou-arreridj.

6. La commune Ighil Ali wilaya de Bejaia

7. Dans la Wilaya de Bejaia

8. L'oued Sahel est une rivière du nord de l’Algérie Il se jette dans la Soummam à Akbou (Wilaya de Bejaia).

9. Le Hodna région constituée de riches plaines au sud des Hauts Plateaux en Algérie

10. Le royaume de Koukou fut fondé en 1510 par Ahmed-ben-el-Qadi, qui était jugé à la cour des derniers rois de Bougie

(11) Medjana est une Daira de la Wilaya de Bordj-Bou-Arreridj en Algérie

(12) Commune de la wilaya de Sétif. La bataille de Guidjel s’était achevée par une grande défaite des Turcs. Ainsi Betka el-Mokrani s’illustra par son courage et consolida son pouvoir sur sa province de Constantine. (Louis Rinn).

(13) Ouadia : le droit le passage à travers ses États. Quiconque voulait traverser ses provinces devrait payer des taxes de droit au passage. Mêmes les Turcs payèrent les taxes. (Louis Rinn)

(14) Abdesselem-el-Moqrani se mit au service des généraux Français en 1831 (Louis Rinn)

(15) Pair de France et président de la commission d’Afrique (Louis Rinn)

(16) Etudes réalisées par le centre de la documentation d’Algérie. Sur le règne de El-Bachagha Mohamed El-Mokrani

(17) Sources de Hosni Kitouni dans "La Kabylie Orientale dans l’histoire" l’Harmattan 2013.

(18) Sources de Hosni Kitouni dans "La Kabylie Orientale dans l’histoire" l’Harmattan 2013.

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haroun hamel

Encore une tentative grossière de révisionnisme, après celle de l'arrière petite fille Bengana, Fériel Furon, à qui ils ont ouvert l'espace médiatique " radios et télés" pour vendre son livre sur le grand Caid qu'avait été son arrière grand père, de triste mémoire, voila que M Abdelaziz Boucherit, historien par la magie du copier collé de la littérature coloniale, transforme tous les valeureux chefs de l'insurrection armée de 1871 et leur familles, en traîtres, hormis ceux de sa tribu Ouled Aidoune d'El Milia, à qui il attribut tous les louanges et les mérites de bravoure et de résistance. Drôle d'époque où toutes les valeurs sont inversées.