Détournement de fonds, abus de biens sociaux : Fillon dans la tourmente du "Penelopegate"

L'étau judiciaire se resserre sur François Fillon et son épouse Penelope. Crédit photo : François Navarro
L'étau judiciaire se resserre sur François Fillon et son épouse Penelope. Crédit photo : François Navarro

Le Parquet national financier (PNF) a annoncé vendredi avoir ouvert une information judiciaire visant François Fillon à deux mois du premier tour de la présidentielle, notamment pour les emplois présumés fictifs dont aurait bénéficié sa famille.

Les dénégations de François Fillon et son équipe deviennent de plus en plus intenables. Les révélations du Canard Enchaîné sur l'emploi de son épouse Penelope n'ont au demeurant pas été niées ni démenties. Et les hommes chargés de mener les investigations progressent.

Aussi l'enquête, désormais confiée à trois juges d'instruction, et non plus à la police, est ouverte a des chefs de détournements de fonds publics, abus de biens sociaux et recel, trafic d'influence et manquement aux obligations déclaratives.

Au terme de son enquête préliminaire, le PNF a donc décidé d'ajouter plusieurs délits, dont celui de trafic d'influence, plongeant un peu plus dans la tourmente la campagne du candidat de la droite et du centre à l'élection présidentielle.

Ce délit potentiel vise probablement les conditions d'attribution, sur rapport de François Fillon, du grade suprême de la Légion d'honneur (grand-croix) au propriétaire de la Revue des deux mondes, où son épouse Penelope est soupçonnée d'avoir eu un emploi fictif.

Le Monde avait en effet révélé que les enquêteurs s'intéressaient de près à la remise de ce grade très rare à Marc Ladreit de Lacharrière le 31 décembre 2010, moins d'un an et demi avant qu'il embauche Penelope Fillon.

Le 16 février dernier, le PNF avait fait savoir, après réception des premiers résultats de l'enquête préliminaire, qu'il écartait "en l'état" un classement sans suite de la procédure. Une source proche du dossier avait ajouté que le classement sans suite était "improbable" au terme de l'enquête.

Mais deux options s'offraient à lui : l'ouverture d'une information judiciaire ou une citation à comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris d'un ou plusieurs protagonistes de l'affaire.

Le PNF a finalement opté pour l'information judiciaire, et ce pour éviter que certains faits anciens soient prescrits, en vertu d'une loi adoptée le 16 février dernier, explique-t-il dans un communiqué.

"Fureur" et "acharnement"

Après avoir pendant des semaines soutenu que s'il est mis en examen il se retirerait de la présidentielle, le candidat Fillon a changé de fusil d'épaule, il y a une semaine, soutenant qu'il restait en compétition et ne se remettait qu'aux "suffrages populaires".

François Fillon, qui est désormais éliminé du second tour dans tous les sondages au profit de la présidente du Front national Marine Le Pen et du candidat du mouvement En marche ! Emmanuel Macron, a fait savoir la semaine dernière qu'il serait candidat "jusqu'à la victoire", quelle que soit la suite donnée par la justice à l'affaire des emplois de son épouse, y compris dans l'éventualité d'une mise en examen.

"Si nos convictions déclenchent autant de fureur, si ma personne est attaquée avec tant d'acharnement, c'est parce qu'elles heurtent le consensus mou qui n'aime la droite que lorsqu'elle marche à l'ombre et lorsqu'elle réforme à minima", a déclaré le candidat de la droite lors d'un meeting à Maisons-Alfort (Val-de-Marne), sans faire directement référence à l'enquête.

L'enquête préliminaire, ouverte le 25 janvier, concernait initialement des de détournements de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits, et visait notamment François Fillon et son épouse, Penelope.

Penelope Fillon a été employée par son mari comme assistante parlementaire de 1988 à 1990 puis de 1998 à 2002 et de mai 2012 à novembre 2013. Elle a aussi travaillé auprès de son suppléant Marc Joulaud de mai 2002 au 31 août 2007. Penelope Fillon a par ailleurs été employée comme "conseiller littéraire" de la prestigieuse "Revue des deux mondes", propriété d'un "ami de la famille", l'homme d'affaires Marc Ladreit de Lacharrière, entre mai 2012 et décembre 2013. Des postes dont les enquêteurs doutent de la matérialité. L'enquête a par la suite été élargie aux activités des deux enfants aînés du couple, Marie et Charles, qui ont effectué des "missions" auprès de leur père au Sénat entre 2005 et 2007.

Et l'information judiciaire vise désormais aussi des faits de trafic d'influence.

La rédaction avec reuters

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