Le salaire de la mort des forçats de la pierre à T'kout (Aurès)

Les tailleurs de pierre de Tkout sont des morts en sursis.
Les tailleurs de pierre de Tkout sont des morts en sursis.

Dans la semaine, des dizaines de citoyens ont exprimé leur mécontentement au sujet de l’arrêt des travaux de réalisation de l’hôpital de T’kout, située en plein zone montagneuses des Aurès, à 95 kilomètres au sud-est de Batna. perçu comme étant une structure vitale pouvant être adaptée à prendre en charge les tailleurs de pierre atteints de la redoutable maladie de la silicose.

La taille de pierre fait souffrir et tue. La silicose, cette maladie qui sévit parmi les tailleurs de pierre à Tkout continue de frapper. La 160e victime a rendu l'âme mercredi, apprend-on. Dans l'indifférence. Terrifiant destin de ces jeunes qui partent chaque matin pour gagner leur vie en la perdant. Les tailleurs de pierre d'ici et d'ailleurs se savent condamnés à une mort proche.

Pour rappel, la silicose est une maladie pulmonaire provoquée par l'inhalation de particules de poussières de silice (silice cristalline) dans les mines, les carrières et autres.

On apprend par un témoignage sur le lieu qu'il serait préférable d'interdire carrément la construction des façades par ces matériaux nocifs tels que la pierre taillée et autres. La raison ? Il n'existe pour l'heure dans la région aucun moyen adéquate et conforme à la production et au façonnage des pierres sans risque sur la santé. Mais comment faire face au chômage endémique ? Car, les forçats de la pierre se comptent en dizaines et n'ont d'autres sources de revenus que la taille de cette modite pierre qui les conduit directement au cimetière. "Ils sont des morts en sursis", observe un jeune.

Plusieurs pétitions sont signées sur les réseaux sociaux, et des des avocats des victimes de la silicose n'ont point cessé de tirer la sonnette d'alarme pour essayer de persuader les institutions de l'Etat à prendre rapidement des mesures pour endiguer ce massacre en série des jeunes de T'kout. Rien n'y fit. L'indifférence règne et la mort continue d'emporter ces jeunes un par un dans le silence absolu.

Certains pointent l'absence de structures de soins localement. Mais selon plusieurs avis recueillis ici et là l’hôpital n'est pas la solution idoine tant que des jeunes continuent d'exercer ce métier de la mort qu'est la taille de pierre dans la région de T'Kout et ailleurs. "La solution est d'offrir des emplois décents à ces jeunes qui se tuent à travailler", nous confie-t-on. Car "l’hôpital ne stoppera pas la maladie, elle ne fera qu'accompagner les victimes de la silicose à leur mort certaine", a ajouté un parent de l'une des victimes.

Des têtes de listes aux législatives marchandent leur mandat !

A. B., ce parent éploré a confié au Matin d’Algérie que les jeunes qui étaient à l'origine du sit-in ont été probablement poussé à déstabiliser les quelques personnes politiques qui vont être présentes en têtes de listes pour les prochaines législatives.

De ce fait, "même si l'on est conscient de la provenance de cette maladie, la tentation par les jeunes et les moins jeunes reste de travailler pour gagner leur vie quel qu'en soit le prix, sachant que le façonnage de la pierre coute en moyenne 4000 dinars le mètre cube. Ceux qui prennent un peu plus de risuqe dans une journée peuvent gagner plus. "Si l'on produit 10 mètres cube dans les 24 heures cela peut leur apporter jusqu'à 40.000 dinars", observe un connaisseur. Or, la maladie de la silicose une fois qu'elle touche une personne est atteinte, le dispositif de réaction dure prend années tout au plus, c'est-à-dire la victime est en sursis, a-t-on appris auprès des médecins spécialisés dans le domaine.

Doit-on fermer les yeux et laisser ce travail primitif qui continue d'ôter la vie d'une manière lente aux jeunes et moins jeunes inconscients ou prendre des mesures radicales pour leur offrir de nouvelles perspectives ? Tel est l'enjeu des autorités locales si elles souhaitent mettre un terme à ce phénomène.

Abdelmadjid Benyahia

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Commentaires (1) | Réagir ?

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khelaf hellal

Ces jeunes ont surtout besoin de postes de travail dignes de ce nom avec la couverture sociale qui va avec ; ils n'ont pas besoin de la charité gouvernementale comme les couffins de ramadhan ; les crédits Ansej de complaisance et les logements sociaux en gages de leur allégeance au système régnant. De la charité "donnant-donnant " pour se pérenniser au pouvoir sans rien casquer de sa poche : Men Leheytou Bekherlou ! Comme il n'y a pas des emplois à offrir comme dans les pays modernes et émergents, nos gouvernants ont trouvé la parade en exhibant ces objets d'aliénation très efficaces chez ces jeunes chômeurs en désarroi et qui rapportent gros lors des échéances électorales cruciales.