Les changements sont inévitables en Algérie

Tout une génération doit désormais céder le pouvoir à une nouvelle pour redonner espoir aux Algériens.
Tout une génération doit désormais céder le pouvoir à une nouvelle pour redonner espoir aux Algériens.

Selon les derniers rapports internationaux, la situation actuelle est intenable en Algérie. Elle va donc évoluer en mieux ou en pire. Le pays a encore une chance de remettre la démocratie sur ses rails, mais le temps commence cependant à manquer.

Le 16 février, l’organisme American Enterprise Institute publiait un communiqué dans lequel il affirmait qu’il ne restait plus à l’Algérie que le choix entre d’importantes réformes et l’implosion. Dans son analyse, il montre que la situation actuelle du pays a une grande ressemblance à celles de la Lybie, de la Tunisie et de l’Égypte des années 2010, soit juste avant le printemps arabe. Notant le système bancaire corrompu et l’impossibilité qu’a le gouvernement de supporter en même temps sa classe dirigeante sclérosée et la population, le document conclut que : "Algeria is ripe for collapse" (L’Algérie est mure pour un effondrement).

Quiconque regarde la feuille de route de l’Algérie voit tout de suite qu’il y a effectivement un important besoin de changement à la tête de l’État. Le très influent hebdomadaire américain U.S. News, qui est le troisième magazine le plus vendu aux États-Unis, a récemment publié une liste des 60 meilleurs pays au monde. L’Algérie y arrive au dernier rang. Comme cela a été montré plusieurs fois dans d’autres classements mondiaux, c’est la corruption qui a été mise en exergue parmi les caractéristiques algériennes les plus négatives. Même le Maroc avec sa 35e position ressemble à un paradis social comparé à l’Algérie sous le règne d’Abdelaziz Bouteflika. Le joyau qu’était l’Algérie est devenu un des pires pays au monde.

Cette situation se reflète sur les finances du pays. Selon le rapport de la Banque mondiale (BM) publié le 6 octobre, la croissance de l'économie algérienne a diminué de 0,3 % en 2016 en un an. Elle est passée de 3,9 %, à 3,6 % dans la première moitié de l'année 2016 et devrait continuer à baisser et être de 2,6 % en 2018. Cette croissance qui s’en va en diminuant s'est fait au prix de l'élargissement du déficit budgétaire, qui a plus que doublé en 2015 pour atteindre 16,2 %, en raison du retard des mesures d'assainissement budgétaire, est-il écrit au troisième paragraphe du document. Toujours selon l’organisme, cette situation s’est même empirée en 2016. Après quatre mandats, Abdelaziz Bouteflika n’a toujours pas réussi à créer une économie moins dépendante des hydrocarbures. Il a d’ailleurs fait publiquement le 19 mai un humiliant aveu d’échec quand il a demandé à la jeunesse de le faire pour lui. Comme son gouvernement n’a pas diversifié son économie et s’est laissé surprendre par l’écroulement du marché pétrolier international, l’Algérie ressent durement les affres de la crise qui y sévit actuellement.

Pour se maintenir au pouvoir, le gouvernement algérien tente donc de garder la population le moins informée possible de son incompétence et de ce qui se passe dans le monde. Dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse 2016, le pays arrive la 129e position sur 180. Amnistie internationale (AI) vient de plus de dénoncer l’augmentation des restrictions imposées aux journalistes et aux médias indépendants ces derniers mois. L'ONG appelle Bouteflika avec insistance dans son dernier rapport à modifier ses lois et à les rendre conformes aux obligations et garanties constitutionnelles de l’Algérie en matière de droits humains. AI demande aussi l’abandon des accusations de l’État algérien contre trois défenseurs des droits de l’homme parce que, à telle conclut après analyse des dossiers, celles-ci ne résultent que "de seules motivations politiques". L’utilisation de vérités alternatives n’est donc pas une chose nouvelle. À preuve, il y a quelque mois, le gouvernement affirmait qu’il faisait la promotion de la place de la femme et voulait renforcer son rôle dans le domaine politique alors que la ministre de la Condition féminine demandait aux femmes mariées employées par l’État de remettre leur salaire au gouvernement.

Le message du président de la République, Abdelaziz Bouteflika pour la célébration de la Journée nationale du Chahid montre d’ailleurs qu’il sait son gouvernement coincé. Vantant avec justesse la valeur des Algériens dans leur combat libérateur, il souligne tout aussi justement que le peuple algérien a marqué son Histoire d'une volonté libre, tant durant sa Révolution que lors de l'édification de son État. Les choses se gâtent cependant quand il affirme qu’il a vaincu le terrorisme aveugle qui a perpétré des crimes qui font honte à l'humanité en Algérie. Il n’a pas vaincu les islamistes, mais les a mis en laisse et s’en sert comme chiens de garde de son régime politique. Il menace donc l’Algérie d'éclatement, de tueries, de destruction et de chaos si son parti est chassé du pouvoir. Il faut regarder dans le dictionnaire pour voir la définition de terrorisme pour constater que c’est exactement ce que fait actuellement le régime de Bouteflika : il terrorise sa population pour la maintenir sous sa coupe. Le refus du gouvernement d’Abdelaziz Bouteflika de considérer le Hezbollah comme étant un organisme terroriste est significatif en ce sens. Bouteflika montre ainsi la vraie nature de son régime qui a bâti au fil des ans des contacts étroits avec des extrémistes islamistes qui l’aident à se maintenir au pouvoir. Menacer un bain de sang pour empêcher la démocratisation de l’Algérie est dans cette continuité. Sous la pression directe de l’État, les partis islamistes affichent donc actuellement une volonté de devenir la troisième force politique du pays et d’avoir des ministres dans le prochain gouvernement.

Pourtant, ce sont les partis démocratiques algériens qui cristallisent les valeurs de liberté et de souveraineté populaire désirée par les glorieux Chouhadas et les moudjahidines. Mais les réformes nécessaires pour sauver l’Algérie ont aussi la possibilité d’habiliter une classe moyenne à exiger la fin du régime de Bouteflika. Pendant ses quatre mandats, il s’est fondé sur une économie de rente fortement basée sur les hydrocarbures et les importations. Il n’a pas financé les créateurs, mais noyauté la société avec son clientélisme et népotisme. La destruction sauvage du pays et la dilapidation des biens du peuple ne sont donc pas une chose du passé, mais se continuent actuellement. Tout ce qu’il appelle concorde nationale et réconciliation globale est dans les faits une soumission par la force du peuple aux quelques castes qui ont mis la main sur le pouvoir en Algérie. Il n’est donc pas surprenant que contrairement à ce qu’imposerait la plus élémentaire décence, huit ministres du FLN postulent déjà à la députation aux prochaines législatives. L’argent circule en rond à la tête de l’État.

Pour assurer sa main mise sur les leviers du pouvoir, le gouvernement vient de plus de demander aux consuls généraux et consuls en France et en Europe dans une rencontre tenue à Paris d’œuvrer pour maintenir le système au pouvoir. Ceux-ci doivent sensibiliser les ressortissants algériens, lire les amis du régime de Boutefika, sur l'importance des élections législatives prévues le 4 mai. Les consulats algériens sont aussi appelés à «assainir» la liste électorale, ce qui peut facilement être interprété comme l’élimination des noms des opposants politiques qui s’y trouvent.

Michel Gourd

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