Népotisme, clanisme, politique de quotas : à quoi bon des législatives ?

Chambre d'enregistrement sans pouvoir, l'assemblée est dépourvue de crédibilité.
Chambre d'enregistrement sans pouvoir, l'assemblée est dépourvue de crédibilité.

Le clanisme, le clientélisme, le népotisme et le consensus politicien sont-ils compatibles avec une politique d’ouverture qui se fonde sur l’alternative de gouvernance et sur les compétences nationales ?

La réponse étant plus qu’évidente, donc ne nous leurrons pas. La classe politique actuelle n’a pas l’envergure de cette politique. Encore moins le FLN qui aurait dû mener ce combat dès le lendemain de l’indépendance. Ses hommes ne se sont-ils pas succédé au pouvoir depuis 1962, sans pour autant se battre pour l’alternance ? Ou pour faire avancer la démocratie ? Il fallut attendre le 5 octobre 1988, et le non moins fameux "chahut de gamins" pour voir la parole libérée et apercevoir un semblant d’ouverture du champ politique et médiatique.

Au final, on a obtenu une foultitude de "partillons" faire-valoir du pouvoir qui ressurgissent à la veille de chaque élection. L’appel de la mangeoire, viennent d’ironiser certains. Quant aux journaux, dont beaucoup ont disparu depuis, ils ont été créés pour profiter des largesses publicitaires, ce qui a eu pour effet d’augmenter, encore plus, le nombre de millionnaires dans le pays.

Ne nous leurrons pas une deuxième fois ! Le FLN en l’état, est réduit à la stricte dimension d’appareil ; il sert, surtout, de tremplin à ceux qui aspirent à une ascension politique. Quant au RND, le "bébé né avec des moustaches", dire que c’est le parti de l’administration résume tout le poids que certains veulent bien lui donner.

Aussi impuissants, l’un et l’autre, à empêcher la montée des partis islamistes englués, l’un que l’autre, dans leurs incohérences internes, les deux partis du gouvernement devraient s’interroger : pourquoi ne pas faire exploser, une fois pour toutes, leur prétendue unité ? D’autant plus que Djamel Ould Abbes, le patron du FLN est convaincu de remporter les législatives de mai 2017 parce que "le peuple nous adore !", vient-il d’affirmer.

Les institutions sont peut-être à la source de nos difficultés ? Elles veulent absolument nous condamner à ce "bipartisme" de carton-pâte qui empêche toute apparition de forces nouvelles, jusqu’au moment où la seule voie possible pour l’électeur est de faire sauter le couvercle de la marmite. Pour le moment et c’est tant mieux, il se contente de bouder l’urne, le vote n’étant pas obligatoire, comme il n’aura échappé à personne.

Pourtant, des voix comme Nabni et d’autres, qui sont tout sauf populistes, ont cherché à se faire entendre, réclamant de vrais changements dans tous les domaines. Quel parti politique a saisi leur argumentaire charpenté ? Qui a osé relayer leur synthèse éclairée ? Qui a voulu en débattre pour au moins discuter l’applicabilité ?

Mais comment se fait-il aussi que des dirigeants politiques qui se donnent en spectacle à longueur d’année allant jusqu’à décrédibiliser et discréditer la notion même de gouvernance, se présentent aujourd’hui au suffrage populaire ? En rédempteurs ? Pour changer l’ordre des choses ? Donner à l’Algérie, la relève qu’elle mérite, susurrent-ils du bout des lèvres. Promesses qui n’engagent pas leurs auteurs, encore moins la classe politique de laquelle ils relèvent. Sans alternative sérieuse et structurée, on va assister et tout le monde est d’accord là-dessus, à une reconduction du même personnel politique. Et cela ne changera guère le constat : il y a un vrai échec sur le plan du renouveau de la classe politique.

Selon une récente analyse, la prévisibilité des résultats électoraux, avec une victoire certaine du couple FLN-RND, l’émiettement partisan, l’absence de crédibilité d’une partie de l’opposition, et la cooptation de l’autre partie, celle qui a accepté notamment de fusionner, tendent à montrer que l’enjeu électoral est moins une nouvelle composition de l’Assemblée populaire nationale, qu’un moyen d’intégration à la coalition dirigeante de nouveaux acteurs-opposants et d’exclusion d’autres.

Ce constat amer est d’autant plus problématique lorsque l’on note, par ailleurs, le désintéressement de la population de la chose politique : à peine 42% du taux de participation lors des dernières législatives. Un micro trottoir a laissé apparaître, par ailleurs, une méconnaissance totale des partis et de leurs supposées activités ; un citoyen sur cinq en ignore les appellations. Et jusqu’au contour du visage de leurs dirigeants !

Les raisons sont multiples : leur absence sur le terrain, un discours politique imprégné de langue de bois, voire démagogique et populiste, ainsi que l’absence d’un programme et d’un projet de société.

Bref, le sentiment général chez les algériens, est que le premier souci chez les politiques est de faire carrière. A tous prix ! Pour se servir et non pas servir ceux qu’ils vont courtiser pour en obtenir les parrainages. Cela vaut pour le FLN, le RND et toute l’opposition. La raison de l’échec de cette dernière tient également dans le caractère éclectique de sa composante. Elle est tellement contradictoire au plan idéologique qu’il serait impossible d’en voir un partenaire politique.

Or, pour être crédible politiquement, il faut d’abord peser socialement. Il faut aussi et obligatoirement montrer une capacité de mobilisation populaire conséquente pour obliger le gouvernement à s’assoir à une table de dialogue. Seulement voilà, le maintien et la reproduction du système supposent selon l’universitaire Louisa Aït Hamadouche, «d’empêcher que la mobilisation sociale ne débouche sur la mobilisation politique».

Pour le moment, le gouvernement ignore superbement la CNLTD et tous ceux qui s’en revendiquent. Il n’a d’yeux que pour les partis islamistes, notamment ceux qui ont opté pour la fusion. Ces derniers, pour autant, avaient-ils une autre alternative que celle-là pour exister ? Pour survivre, eux qui n’étaient cités que dans les actions de subversion, ou s’illustraient par l’absence de condamnation de la folie terroriste ? Avec ce genre de dérobades, le rappelait un éditorialiste, le pouvoir croit faire l’économie du choix entre une république laïque et une théocratie. Ce panachage entre Charia et droit positif, qui tient lieu de code de conduite et qui oblige les Algériens à s’affronter au quotidien, pour faire valoir à chacun son choix de mode de vie, n’est pas tenable. Cela revient à léguer la question du choix de société aux générations suivantes.

De plus, on ne cherche plus à créer l’émulation et former la relève. Celle-ci et c’est clair maintenant, ne semble pas avoir été programmée par le FLN et le RND plus enclins à reprendre les mêmes, nonobstant leurs échecs patents. La preuve, tous ces ministres "têtes de listes" candidats à la députation. Sont-ils comme on dit en anglais à ce point "bancables" ?

Ou encore, ces 200 ou plus députés FLN qui veulent rempiler, sans oublier à en croire un radar du journal Liberté, un ex-wali et deux ex-PAPW et une pléthore d’élus locaux ayant exercé à Oran après avoir, probablement, laissé de bons souvenirs à leurs administrés.

Politique à courte vue, fausses solutions qui tout au plus accordent un répit. Nous assistons au réveil de la pensée du vide. On va, à l’orée de cette précampagne électorale entendre les mêmes éléments de langage prédigérés, les mêmes arguments si usés que l’on voit la trame au travers. Et aussi les ambitions des uns et des autres. Et les militants des partis vont soutenir sans illusions, militer sans joie, relayer sans convictions. C’est la rançon de la base : elle n’est là que pour la claque. Ou le coup de poing !

C’est ce qui attend un grand nombre d’Algériens, militants presque à l’insu de leur plein gré, encore affiliés au FLN, au RND au MSP au PT au RCD au FFS à El-Nahda et consorts, sans que cette situation n’émeuve outre mesure les dirigeants de ces partis qui font tout "pour se succéder à eux-mêmes". Les jeunes, les femmes, il y en aura sur les listes bien évidemment, quotas oblige. En énième position !

Et pourtant, on vient de vivre avec les élections américaines et les primaires françaises une révolution sans précédent. Les favoris tout comme les élites ont été contestés, balayés et renvoyés dans leurs foyers ! Ce qui a été possible dans ces pays, peut-il l’être ici ? Peu probable. En réalité, derrière les procès en "incompétence" et "amateurisme" qui leur sont instruits, ces privilégiés pleurnichards et leurs médias moutonniers, se profile l’aveu qu’il est insupportable que ce peuple-là, c'est-à-dire nous, les électeurs, les abstentionnistes voudrions les empêcher de postuler à la députation : qui pour un énième mandat, qui pour s’assurer une impunité, ou pour ceux d’entre ceux qui sont vieux et usés, de pouvoir transmettre l’héritage à leur progéniture. Et même à sa sœur pour l’un d’entre eux !

Et la boucle est bouclée : après la famille révolutionnaire, on va avoir droit à la famille parlementaire !

Et l’argent dans tout ça ? Il joue un grand rôle. Le FLN et le RND s’en défendent, tout en déclarant accepter dans leurs rangs et sur leurs listes, tous ceux qui ont acquis "proprement" leur fortune. Le vieux parti a ajouté une deuxième condition : que ces prétendants n’aient pas été contre le président de la République, à un moment ou un autre, de leur parcours administratif ou politique. Le message a été semble-t-il reçu 5/5 par des membres du FCE. Normal, ils sont éligibles. Mais une fois à l’APN, que leur reste-t-il à faire au sein de la "tripartite" ?

Quant au gouvernement, dont 8 membres, au moins, vont se lancer dans la course aux législatives (craignant de perdre leur maroquin, selon certaines indiscrétions), il agit de façon bien peu pédagogique, brouillonne, désordonnée. Il rétropédale pour les tarifs de l’eau, et aussi pour l’augmentation du prix du lait. Décisions reportées pour cause d’élections, d’autant plus que les ministres en charge des deux secteurs sont candidats. Certes, on peine à voir le grand dessein.

Certes, les divergences de fond existent au sein de l’exécutif -tout comme le sentiment d’improvisation qu’elles créent, les reculades qu’elles génèrent- et, en définitive, elles favorisent les fanfaronnades de tous ces privilégiés politiques qui tentent de passer pour des patriotes se sacrifiant pour le pays, en acceptant de siéger à l’APN. La bonne blague !

Il n’empêche et il faut le dire : c’est bien le mur de l’argent qui se dresse devant les partis politiques en lice pour le parlement :

- qu’ils persistent à vouloir l’ébranler comme ils le soutiennent (n’est-ce pas monsieur le secrétaire général du FLN ?), et l’opinion, finalement, leur en saura gré, avec peut-être un vote d’adhésion en rapport,

- qu’ils renoncent ou donnent simplement le sentiment de flancher devant l’obstacle et ils prendront ce mur de plein fouet.

Cherif Ali

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