Abdelaziz Bouteflika : jeu fermé et double-six !!! (Vidéo)

Abdelaziz Bouteflika en plein campagne électorale en 1999
Abdelaziz Bouteflika en plein campagne électorale en 1999

Début 1999, son nom circulait déjà. Il passe de bouche à oreille, suscite la consternation chez les plus vieux, l’indifférence où la curiosité chez les plus jeunes : "qui est-ce ?". "Celui qui avait été accusé d'avoir volé 30 millions de dollars", répondait un vieux voisin claquant ses pierres de dominos. "Et c’est lui le messie ? Il n’y a rien à sauver, Zeroual était passé par là. Il n’y a plus de terroristes, ils sont vaincus. Je ne vois pas pourquoi on le ramène", répliquait-il en couchant fort sa pierre. "Jeu fermé !" Il récupère des mains de ses adversaires une belle prise… et le double-six, qu’il appelait affectueusement la vache (El Bagra)!

On découvre étonné, la vedette qui arrive début février 1999. La star, cheveux plaqués sur le côté, cachant avec peine son immense calvitie et ses faux airs d’intello. Il débarque, lui et son sourire forcé à l’aéroport portant le nom de celui dont il fut l'unique ministre des Affaires étrangères pendant 14 ans. Un sourire carnassier qui peine à se déployer sur la largeur de sa bouche, à cause, peut-être, d’une lèvre inférieure un peu trop fournie. La campagne présidentielle est lancée. Face à lui six candidats, des poids lourds de la politique algérienne. Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb Ibrahimi, Hocine Aït Ahmed, Youcef Khatib, Mokdad Sifi et Abdallah Djaballah.

Dès le début du scrutin, ils crient tous d'une seule voix à la fraude au profit du candidat Bouteflika. S’insurgent et dénoncent le bourrage de l’urne itinérante et militaire : ils se retirent. Des sept, ne restent plus qu’un. Il ne semble toutefois aucunement gêné de son triomphe en solo sans gloire, qu’il savoure devant les caméras de France télévision. "Je suis vainqueur par jet d’éponge" fanfaronne-t-il avec dédain.

Sa conception de la politique n’étant qu’un vulgaire combat de boxe et un pugilat, il rajoute : "J’ai l’impression qu’ils ont quitté le ring. C’est un Ko technique", crâne-t-il dans le micro de France 2(*), quelques heures avant l’annonce des résultats. Ses premières menaces iront pourtant vers le peuple. Premières déclarations, et déjà un premier numéro de mépris : "Si je n’ai pas un soutien franc et massif du peuple algérien, alors je considère qu’il doit être heureux dans sa médiocrité. Et après tout, je ne suis pas chargé de faire son bonheur bien malgré lui. Je sais rentrer chez moi et y rester 20 ans, je l’ai déjà prouvé dans le passé", renchérissait-il à l'époque.

Adoptant une posture théâtrale, gesticulant, passant du tout au tout: du sourire au renfrognement. Des gros yeux exorbitants aux petits doux et charmeurs. Se présentant face caméras et mettant en avant son meilleur profil, Abdelaziz Bouteflika est formel : "Je ne suis pas un chercheur de pouvoir. Pas plus que quelqu’un d’atteint de messianisme politique. Je sais que mon pays a besoin de quelqu’un, mais je ne m’imposerais pas au peuple", jurait-il presque.

Dix-huit ans plus tard…

L’an 2017. Tensions autour d’une table ronde. Le vieux voisin est mort. Mon fils à 4 ans. Des pierres de dominos fusent de partout. La table vacille. Le thé se renverse. Ça crie à la triche. Une pierre à la fois ; on prouve que nos adversaires ont en caché deux. Celles qui nous donneront la victoire. Leurs mains sont étrangement vides. Le jeu est normalement fermé. Où est passé le double-six ? Mon partenaire et moi quittons la table, refusons de continuer une partie déjà gagnée. J’insiste, fouille les poches. Où est donc passé cette maudite pierre ?

Mohammed, l’un de mes adversaires corrompus du jour me nargue : tout ça pour deux foutues pierres ? Pour le double-six ? Il les sort enfin, me les lance avec dédain : "Les voici tes pierres. En comptant tes gains, tu ressembles un peu à Bouteflika fuyant la Cour des comptes avec ses 30 millions de dollars". Mon jeune enfant demande alors intrigué : "Qui est ce Bouteflika dont tout le monde parle ? Je ne l’ai jamais vu ?". Ce à quoi lui répond Mohammed ironiquement : "C’est celui qui a fermé le jeu et qui nous a fourgué la vache (El Bagra)".

Hebib Khalil

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