Amis Algériens : que faites-vous avec les musulmans ahmadis ?

Amis Algériens : que faites-vous avec les musulmans ahmadis ?

Il va de soi que chaque Etat doit âprement lutter contre le terrorisme, le sectarisme et les filières qui peuvent venir troubler la sécurité des biens et des personnes.

C’est assurément en ce sens que les autorités algériennes ont établi le plan de lutte contre le terrorisme visant à préservation de la propriété intellectuelle de l’islam. Toutefois, avec les récentes arrestations des musulmans ahmadis algériens, le gouvernement en oublie pratiquement l’objectif puisque cette minorité, se revendiquant de l’islam, ne porte aucunement atteinte à l’ordre public et à la morale islamique.

Shahada, crédo et prières islamiques

Les Ahmadis récitent la même profession de foi que les autres musulmans algériens. Ils ont le même crédo et pratiquent la même prière islamique (salât). Ils sont en réalité les pourfendeurs d’un sunnisme avec quelques divergences d’interprétations lesquelles ne sont pas cachées par ces derniers mais revendiquées au nom de l’islam et de la liberté de religion.

Ahmad de Qadian a fondé en 1889, à Qadian, en Inde, un mouvement islamique Ahmadiyya rappelant ainsi le second patronyme du Prophète de l’islam, Ahmad. Se reconnaissant comme étant un Prophète et le Messie attendu par différents Livres sous différents titres, il a d’emblée suscité la colère de plusieurs mouvements pakistanais qui entretiennent parfois des liens houleux avec le terrorisme.

Alors qu’il a explicité dans plusieurs de ses ouvrages les raisons pour lesquelles il adopte un tel message, il reconnaît volontiers que les Ahmadis respectent le verset suivant lequel le Prophète de l’islam est le dernier Prophète ayant amené une loi. En d’autres termes, le fondateur de l’Ahmadiyya n’est qu’un Prophète subordonné à celui du Prophète de l’islam (ç). Rien ni personne dans le monde musulman pourrait distinguer un musulman chaféite, d’un musulman ahmadi ou d’un musulman déobandi, car le rituel est islamique en tout point.

En réalité, les mouvements au Pakistan qui s’étaient opposés à l’Ahmadiyya sont aujourd’hui ceux qui sont répertoriés comme "terroristes" par le Pakistan. Mais il y a là alors une discorde entre ce que veut faire le gouvernement algérien et ceux qu’il arrête. En effet, les Ahmadis sont très respectueux des lois, ils ne font rien qui attire la foudre des gouvernements. Au contraire, ils demandent simplement à pouvoir croire en étant libres. La question est : le gouvernement n’est-il pas en train de lutter contre les mauvaises personnes ?

Condamnation ferme de la violence, du terrorisme et de l’injustice

L’actuel représentant de la communauté musulmane ahmadiyya, Hadhrat Mirza Masroor Ahmad, est une des figures religieuses les plus proéminentes à dénoncer la violence, quel que soit le pays dans lequel elle sévit, l’injustice, le terrorisme et la corruption. Il est allé au Capitole Hill, au Parlement britannique, rencontré Justin Trudeau, au Parlement des Pays-Bas et j’en passe.

Ses discours sont en libre accès si le gouvernement algérien veut réellement se donner la peine de les lire et de voir l’origine ce mouvement. Bien loin des réalités du terrorisme et des mouvements sectaires, l’Ahmadiyya est très impliqué dans les activités humanitaires visant à faire régresser la précarité des Autres, au sens large, sans distinction de race ou de religion. L’Ahmadiyya a également su être un interlocuteur privilégié de certains gouvernements, on pense notamment au Président du Ghana.

Mais que faites-vous, amis algériens, avec les Ahmadis ? Cela rappelle indéniablement des heures sombres de l’histoire préislamique où des individus étaient arrêtés pour leur foi, simplement parce qu’ils croyaient que Dieu était unique. Or, le djihad qui est permis aux ahmadis est celui de l’amour et de la compassion. Nous aurons toujours de la compassion pour nos amis algériens et beaucoup d’amour ; à vous de nous démontrer que vous avez le sens de la justice.

Asif Arif

Avocat à la Cour

Barreau de Paris

Asif Arif est aussi enseignant et auteur spécialisé sur les questions d’islam et de laïcité. Il est l’auteur d’un ouvrage sur les Ahmadis du Pakistan.

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Commentaires (1) | Réagir ?

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Ferhat hank

L'Algerie n'a pas besion d'une autre secte ou idiologie religieuse. les secte ne ramene que de la divisions et violence. comme les salafiates, wahabistes. et autres. les Algeriens etait tranquile et pieux sous la doctrine "Sunni Malaki" mais l'apparission des salafists et la revolution iranian tous a changer, la division et apparente et les consequences sans violent.

Ce groupe n'a pas de place en Algerie.