"La genèse de la Kabylie" de Yassine Temlali

"La genèse de la Kabylie" de Yassine Temlali

Publié en Algérie, "La genèse de la Kabylie, aux origines de l’affirmation berbère en Algérie (1830- 1962)" a été réédité en France chez La Découverte.

Tout Etat, entité politique et ethnique est le produit d’un long processus historique, sociologique et politique. Ce qui est en soi un truisme. En l’espèce, cet ouvrage nous apprend que l’entité Kabylie est née avec la colonisation française. Tout au long de l’ouvrage, l’auteur développera son argumentaire le couplant avec des paramètres endogènes et exogènes.

Après un bref chapitre sur la conquête islamo-arabes, l’auteur enjambe l’histoire pour arriver à la colonisation française et par-là même traiter le cœur de son sujet : le réveil identitaire berbère. L’ouvrage est très instructif et sans concession. Il série les faits et les extraits de nombreux écrits pour les mettre à l’épreuve de son analyse. Une analyse au demeurant auquelle on peut ne pas adhérer. Car il faut avouer que Yassine Temlali a pris un certain soin à démonter certaines idées reçues ou mystifications. Il y a dans ce livre comme une volonté de répondre, voire d’expliquer certaines idées affirmées, écrites, répétées ici et là sur l'histoire de la Kabylie et de ses principaux acteurs.

Sur la prétendue "politique berbère (kabyle) de la France en Algérie", l’auteur est affirmatif: "Ce n’est pas parce que la Kabylie prenant à contrepied des espérances coloniale est devenue un foyer du nationalisme indépendantiste algérien que n’a jamais existé de «politique berbère de la France"". Pour l’auteur, la scolarisation (pourtant insignifiante) et une certaine politique "ethnologique", ont participé à l’émergence d’une élite et d’une conscience berbère. Mais pas seulement, l’entité kabyle est aussi "le fruit de mouvements de résistance aux Français qui ont renforcé un sentiment identitaire de type ethnolinguistique jusque-là embryonnaire». Puis en conclusion de son chapitre, il nuance : "La conscience berbère au sein de cette élite n’est pas le produit de la seule influence des savoirs coloniaux ; elle est aussi le contre-produit de l’exclusivisme de l’idéologie arabiste, déclinée dans le mouvement national sous l’appellation d’«arabo-islamisme»."

Sur la tentative échouée de l’Emir Abdelkader de faire rallier les Kabyles à son "Etat", l’auteur observe que "le refus de la Grande Kabylie de prêter main forte à l’Emir a accéléré la chute de son Etat". En effet, les Kabyles qui avaient déjà ferraillé contre les Ottomans pour refuser de payer l’impôt ne pouvaient accepter l’autorité d’un "étranger" et son impôt sans contrepartie manifeste.

Dans son écrit, Yassine Temlali procède tantôt par comparaison, comme la Kabylie et l’Aurès pour cerner par exemple les raisons de la prégnance identitaire dans la première région par rapport à la seconde région. il a tenté d’apporter une réponse sur le fait que l’affirmation identitaire berbère dans l’Aurès n’a pas eu la même prise sociale et politique qu’en Kabylie.

Pour l’auteur, le règlement de la situation en wilaya I est une question entre Kabyles et Chaouis avant qu’elle soit celle de l’organisation du FLN qui tente de remettre de l’ordre dans cette région. Quand il écrit qu’en 1954-1962, des susceptibilités anti-Kabyles se sont fait jour dans les Aurès-Nememchas. Mais pas seulement pour les Aurès, les mêmes susceptibilités ont été soulevées concernant la wilaya V et la wilaya VI (comme rappelé par l’auteur). Cette méfiance entre wilayas a traversé (gangréné même) la révolution algérienne.

Dans le chapitre intitulé "De tenaces susceptibilités anti-Kabyles» sur la nomination des officiers de la wilaya III pour le règlement de la crise dans laquelle était plongée la wilaya I, il est relevé qu’"à cause même de sa foi quasi-religieuse en l’unité nationale, Amirouche semble avoir mal apprécié le risque que le remplacement d’officiers natifs de la wilaya I par d’autres originaires de Kabylie, soit mal accepté."

L’ouvrage de Yassine Temlali s’achève avec une postface aux accents de panégyrique de l’historien Gilbert Meynier.

"La genèse de la Kabylie" pose les jalons d’un regard assez distancé, voire critique sur la naissance de cette région. A chacun d’apprécier ou pas

Kassia G.-A.

"La genèse de la Kabylie Aux origines de l'affirmation berbère en Algérie (1830- 1962) de Yassine Temlali, publié par les éditions la Découverte.

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Commentaires (1) | Réagir ?

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Amnay Djennadi

Une vision tendancieuse de la problématique identitaire kabyle dans une algérie arabe et islamique combattant farouchement l'authenticité amazighe non seulement de la Kabylie mais de toute l'Afrique du Nord, laborieusement travestie en monde arabe. Comme d'habitude, la pseudo élite d'extrême gauche vient détourner l'histoire. Un point particulièrement abjecte à relever dans la manipulations de la crise berbériste de 1949 qui n'en serait pas une !! à entendre ce brave Yacine Temlali, la Kabylie est une création purement coloniale !!! mais que dire alors de cette Algérie coloniale, crée par un décret militaire français !! assez de manipulations !