Chakib Khelil 2017 : le retour du sauveur ou du filou ? (III)

Les énergies renouvelables, un enjeu stratégique pour l'Algérie.
Les énergies renouvelables, un enjeu stratégique pour l'Algérie.

En 2014, donc avant la baisse des prix du pétrole, Abderrahmane Hadj Nacer, ex -gouverneur de la Banque d’Algérie, avait déjà tiré des conclusions alarmantes: "Le chaos est programmé (…) nous sommes en fin de course de l’utilisation optimale de nos ressources du sous-sol. Ce qui se passe depuis 25 ans, c’est la mise en œuvre d’une planification qui est la précarisation de la société, l’informellisation et la décervélation de la population. La corruption qui m’inquiète est celle de la population à travers des mécanismes comme l’Ansej[proposé par Bouchouareb en 1994]… On a détruit le potentiel industriel, on a dévalorisé le travail au profit de la politique de la main tendue."

On est fondé de croire que le chaos est programmé depuis 25 ans et on le voit clairement en analysant les décisions de politique énergétique inspirées par l’Américain Chakib Khelil qui s’est substitué au Conseil national de l’énergie. Ce n’est pas à la portée de tout le monde de faire tomber un pays comme l’Algérie, classée 6e exportateur mondial de gaz.

Avec Chakib Khelil, il est nul besoin de recourir à des interventions militaires comme en Irak ou en Libye puisque notre APN accepte de voter des lois scélérates qui transfèrent les richesses pétrolières et gazières du pays à des compagnies privées étrangères. Le projet de loi sur les hydrocarbures qu’il a réussi à faire voter en 2005 témoigne d’une volonté de recoloniser l’Algérie.

N’ayant pas réussi à brader le secteur minier et à privatiser les entreprises stratégiques, il modifie ses plans et oblige Sonatrach à participer à des projets industriels de transformation de gaz naturel pour la production d’engrais, projets réalisés avec des partenaires étrangers douteux qui obtiennent, sur instruction du Président de la République, le financement de leurs parts en devises par des banques publiques (scandales des usines d'engrais). Ces projets d’exportation d’engrais ne sont "rentables" que parce qu’ils bénéficient d’une très forte subvention au niveau du prix de cession du gaz naturel. Si on applique comme prix de cession, le prix d’exportation au gaz naturel livré par Sonatrach à ces usines construites "en partenariat", elles seraient obligées de fermer, et les banques publiques qui les ont financées seraient en faillite.

Un internaute avait écrit, en 2008, une prémonition qui, hélas, est en train de se confirmer: "Avec la baisse annoncée des prix du pétrole, l’Algérie va se retrouver comme après la crise de 1986 devant l’impossibilité de financer l’importation de biens essentiels. Messieurs les banquiers, vous devriez réfléchir avant d’accorder ces 06 milliards de dollars ou démissionner car le peuple vous demandera des comptes lorsque le Vizir retournera dans son ranch au Texas. Réveillez-vous avant qu’il ne soit trop tard car notre Roi qui adore humilier ses serviteurs veut couler le bled pour son bon plaisir et surtout pour marquer le mépris qu’il porte aussi bien à ses sujets qu’à ses laquais …" (voir a qui profitent ces investissements dans l'ammoniac).

Panneaux solaires algériens !

Avec le tandem Boutarfa-Mazouzi, l’axe de sabotage concernant l’épuisement rapide des réserves de gaz naturel et le transfert de la rente aux étrangers est relancé, notamment avec de nouveaux accords de livraison de gaz à long terme pour des pseudo-projets industriels d’ammoniac, de méthanol et d’éthane. Quant à la croissance à deux chiffres inexplicable de la demande de gaz pour la production d’électricité, elle ne va pas s’arrêter car le fil est toujours à la masse et aucune décision sérieuse n’a été prise. Des lettres ouvertes annoncent que le sabotage des gisements gaziers est aussi réactivé alors que l’effort d’exploration est passé en veille profonde du côté d’Alnaft.

On a donc des raisons d’être méfiant quand le dauphin de Chakib Khelil nous annonce que "le programme national de développement des énergies renouvelables permettra d'économiser 240 milliards de mètres cubes de gaz naturel" en prenant soin de préciser que les panneaux solaires devront être fabriqués en Algérie. En fait, ce programme a été lancé par Chakib Khelil en 2009 lorsqu’il a inauguré le transfert de la société Rouiba Eclairage à Sonelgaz (djazairess.com). Un programme plus ambitieux est dévoilé en 2011 qui prévoit une "puissance totale d’environ 2600 MW pour le marché national et une possibilité d’exportation de 2000 MW en 2020". Mais curieusement, ce programme mentionne, comme en 2009, que l’objectif devrait être atteint grâce à la société Rouiba Eclairage. Un autre appel d’offres (appel d'offres Sonelgaz) est lancé en 2013 pour la réalisation d’une unité de fabrication de panneaux photovoltaiques. Cet appel d’offres s’est révélé infructueux. A travers cette démarche absurde, on a trouvé le moyen de retarder la transition vers les énergies renouvelables de plus de neuf années (sonelgaz relance le projet).

Cette contrainte d’intégration est contre-productive quand on sait qu’il existe des milliers de producteurs de panneaux car la technologie dans ce domaine n’arrête pas d’évoluer. Boutarfa a annoncé qu'un appel d'offres sera lancé en 2017 pour (notamment) fabriquer localement les panneaux solaires. Ce sera donc la troisième tentative de Sonelgaz pour la fabrication locale des panneaux solaires, après l’échec des deux premiers appels d’offres. Est-ce une manière de reporter aux calendes grecques la transition énergétique à l’heure où la loi algérienne ne permet toujours pas aux particuliers de brancher des panneaux solaires sur le réseau électrique ?

Badache, ancien président de la CREG, confirme son désaccord avec Boutarfa en déclarant que "la problématique industrielle n’a rien à voir avec le renouvelable". Il ne comprend pas "pourquoi on ferait payer durablement au contribuable algérien des choix industriels précoces liés à la production locale des équipements dans un secteur en plein bouleversement dans lequel même les producteurs européens ont jeté l’éponge au cours des dernières années" (enjeu appels d'offre sur-renouvelable).

Ce n’est certainement pas Sonelgaz, au bord de la faillite, qui va garantir le financement de ce projet industriel. Les fournisseurs privés de Sonelgaz qui ne sont plus payés sont contraints de réduire leurs effectifs. Pour payer les salaires de leurs personnels, ils vendent leurs actifs ou cèdent leurs créances sur Sonelgaz à vils prix à des banques étrangères qui profitent de la situation.

Sonatrach a déjà dessalé de l’eau de mer à Arzew pour la rejeter à l’égout (réf. rapport de la Cour des comptes de 2016). Pourquoi ne pas lui demander cette fois-ci d’investir avec mafia&co pour construire une usine de panneaux solaires (avec un financement public garanti par le Trésor algérien) qui deviendra vite obsolète?

L’intérêt de l’Algérie est d’investir dans les énergies renouvelables pour économiser les réserves de gaz naturel mais elle n’a aucune raison de se lancer dans une technologie à haut risque de fabrication des panneaux solaires. Voilà une démonstration de l’art machiavélique de Chakib Khelil qui, pour retarder les projets stratégiques, utilise un argument politique d’intégration industriel dans un segment à haut risque technologique. C’est à cela qu’on reconnaît un adepte de l’école qui a formé l'assassin financier John Perkins qui témoigne dans son livre 'Les Confessions d'un assassin financier': ".../.. il devait mener à la banqueroute les Etats qui recevaient ces prêts de sorte qu’ils seraient à jamais redevables à leurs créanciers et constitueraient donc des cibles faciles quand on aurait besoin d’obtenir leurs faveurs sous la forme de bases militaires, de votes aux Nations unies ou de l’accès au pétrole et à d’autres ressources naturelles."

Cette politique de sabotage, vous l’avez compris, nécessite la complicité de plusieurs responsables du secteur de l’énergie. On se rappelle comment Chakib Khelil a écarté tous les cadres dirigeants intègres pour promouvoir des personnes mafieuses disposées à travailler contre les intérêts de leurs pays. Les scandales Sonatrach 1, 2 et 3 ont montré l’ampleur des dégâts au niveau du management de Sonatrach. Le management de Sonelgaz n’a rien à envier à celui de Sonatrach au niveau de la rapine. La seule différence, c’est qu’on a décidé de mettre sous scellé les dossiers d’instruction des gros scandales de Sonelgaz, notamment celui de l’achat en Take or Pay de l’électricité aux sociétés étrangères qui ont construit des centrales électriques à trois fois le coût de marché. On avait donc, déjà à l’époque, parié sur le poulain Sonelgaz de l’écurie de Chakib Khelil.

La lettre ouverte, publiée uniquement sur des réseaux sociaux mais reprise dans les commentaires associés au lien suivant lettre ouverte (voir commentaire de Zahia Khana), est édifiante car elle annonce l’implication de Haddad dans le partage du gâteau de la rente gazière, information qui a été confirmée récemment avec le cadeau de fin d’année concernant la cession à ETRHB d’une part des actions de Fertiberia dans Fertial, des milliards qui reviennent à Sonatrach ou au Trésor public.

Cette lettre se passe de commentaires car elle confirme que la stratégie de Chakib Khelil n’a pas changé. Ses malversations sont toujours précédées par des opérations de purge. Tous ces cadres dirigeants intègres et ces managers expérimentés, mis à l’écart par Mazouzi, vont probablement faire le bonheur de plusieurs sociétés pétrolières étrangères.

La politique de Chakib Khelil n’a qu’un seul but, réduire les exportations d’hydrocarbures et provoquer une crise énergétique et financière qui va créer une situation conflictuelle. Dans quel but ? Y a-t-il réellement un lien entre la programmation d’un chaos en Algérie et le plan de destruction du bloc de pays pétroliers nationalistes non alignés sur l’axe israélo-américano-wahhabite ?

La plupart des opposants politiques algériens réfutent la thèse du complot qui suppose un acte de trahison au sommet de l’Etat et des organes de sécurité et lui préfèrent celle de l’incompétence et du pillage facilité par la déliquescence des institutions. Ils refusent de reconnaître une politique machiavélique de long terme visant à désarmer la société algérienne face à un après-pétrole incontournable, notamment en détruisant l’école, l’intégrité des institutions, l’agriculture, la production nationale etc... Nos élites n’y voient que laisser-aller, absence de bonne gouvernance et soif de pouvoir. Pour eux, la corruption qui s’exerce sous diverses formes est un moyen de financer le maintien au pouvoir d’une caste.

Pour les décideurs du système qui ont assassiné le président Boudiaf pour ramener Bouteflika afin de s’enrichir, leur bilan (personnel) est extrêmement positif. Pour cette mafia, l’exécutif n’est qu’un outil pour s’enrichir sans prendre de risques comme certains dictateurs africains qu’on a fait passer devant les juges européens après leur avoir confisqué leurs biens mal acquis. La mafia algérienne, que le défunt président Boudiaf surnommait les "décideurs", tire les ficelles tout en restant dans l’ombre. Leurs biens mal acquis sont à l’abri. Hélas pour eux, Bouteflika, qui les connaît de l’intérieur, est aussi très habile dans l’art de tirer les ficelles.

Pour cette mafia, il n’est pas question que le Président quitte le trône avant la fin de son mandat car c’est leur alibi en cas de crise ouverte, une sorte d’exutoire en cas de débordement de la rue. Ils lui ont même réitéré leur confiance en laissant propager une rumeur sur l’éventualité d’un cinquième mandat, une façon d’indiquer que la succession de Bouteflika n’est pas à l’ordre du jour. Le président devra impérativement rester sur son trône jusqu’à la fin, quitte à le reconduire pour un 5e mandat. Eux aussi n’ont pas la possibilité de faire marche arrière.

A ce titre, le retour de Chakib Khelil serait aussi bien vu par ces forces de l’ombre car leur alibi n’en sera que renforcé. Qui douterait un instant de la responsabilité du tandem du Président et de son ex-ministre, lorsque la faillite créera le chaos ?

Tant que le clan Bouteflika clamera haut et fort que l’Algérie n’est pas menacée par une crise qui menacerait sa sécurité et sa souveraineté, les forces de l’ombre continueront à le laisser faire en encaissant leurs dividendes. Et si par malheur, la paix sociale ne peut plus être achetée ou imposée et que la révolte s’installe dangereusement, les coupables sont désignés et les preuves des délits existent. En conclusion, les forces de l’ombre qui détiennent le vrai pouvoir semblent ne pas craindre la révolte de la rue. Obnubilées par le danger imminent de la crise financière, ils ne voient pas la véritable menace qui se profile à l’horizon 2020/2025, celle liée à la crise énergétique préparée depuis 17 ans par le savoir-faire machiavélique du technicien américain Chakib Khelil, diplômé en engineering pétrolier.

Les islamistes en embuscade

Que pensent les islamistes de cette théorie du chaos ? Ils sont solidaires du pouvoir et sont, pour la plupart, partie prenante dans la démarche. Ils adoptent un profil bas et observent une trêve depuis qu’ils ont obtenu le pardon pour leurs crimes et la main mise sur le système éducatif avec en prime, l’accès aux médias télévisés et aux journaux pour répandre leur endoctrinement et protéger leurs intérêts. Même si leur stratégie porte sur le long terme, cela ne les empêche pas d’exiger une part importante des marchés de l’import-import formels et informels où ils excellent grâce à leurs réseaux internationaux et à leur trésor de guerre. Le chaos ne les inquiète pas car ils se voient hériter des ruines de la société algérienne qui commence à être façonnée dans le respect de leur idéologie salafiste. Ils se sont investis massivement dans l’endoctrinement des cerveaux d’écoliers pour préparer les recrues de demain qui vont bâtir leur califat. En attendant, ils montrent les crocs dès qu’on songe à réformer l’école ou à mettre fin à l’économie informelle. Ils s’enrichissent et se projettent dans l’après-Bouteflika car ils considèrent que leurs chances de prendre le pouvoir par les urnes sont réelles. Ils peuvent déjà se féliciter d’avoir accompli une grande partie de leur programme. (A suivre)

Sid Kaci

Lire les parties précédentes ici : Chakib Khelil 2017 : le retour du sauveur ou du filou ? (II)

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Commentaires (4) | Réagir ?

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Atala Atlale

Barack Obama encourage la mobilisation contre le décret anti-immigration

"Il n’a pas fallu deux semaines pour que Barack Obama sorte du silence. L’ancien président américain avait pourtant déclaré vouloir rester silencieux pour le moment mais le décret anti-réfugiés signé par Donald Trump vendredi dernier l’a décidé à s’exprimer.

Via un communiqué adressé par son porte-parole, Kevin Lewis, Barack Obama déclare être “fondamentalement en désaccord avec cette “discrimination en raison de la foi ou de la religion” et ajoute être “très touché par la mobilisation qui se fait entendre dans tout le pays”.

“Dans son dernier discours, il a parlé du rôle très important des citoyens, les Américains ont la responsabilité d’être les gardiens de notre démocratie – pas seulement l’élection mais au jour le jour”, ajoute Kevin Lewis dans son communiqué. "

Voila un Président qui ne craint pas de réagir quand les fondements de la démocratie américaine sont menacés par le nouveau Président.

Mais chez nous...

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moh arwal

Tandis qu' Obana est parti enore propre

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moh arwal

très pertinent ce .... mais chez nous ? ce silence en dit long en effet, Pour moi ils ne parlent pas une fois partis parce qu 'ils trainenet tous des casseroles des casseroles derriere eux. Donc ilse taisent pour qu on les fasse pas sortir

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Atala Atlale

Qui aurait pensé qu'un tel individu qui une fois installé à la tête de Sonatrach parmi les premières mesures, il en est une qui mettait fin à la prise en charge des examens exploratoires tel le scanner aux retraités du groupe Sonatrach !?

On découvre aujourd'hui que Sonatrach, poumon de l'Algérie était particulièrement convoitée aux bénéfices des multinationales et en particulier celle du pays d'où il venait. Dites moi maintenant comment ce triste sire a pu accéder à de telles responsabilités en y restant dix ans ou plus. Comment les hommes qui ont bâti Sonatrach peuvent rester à ce point de marbre, sans réagir devant la destruction de cet outil de développement national sachant que les hydrocarbures étaient la seule source véritable en mesure de financer tous les projet d'un pays dont l'économie n'était pas encore amorcée, et cela pour tous les secteurs d'un pays devant répondre à tous les besoins de sa population ? Comment laisser encore à ce triste individu l'espoir de réoccuper une fonction dans ce pays en état ruine, ruine dont il est responsable dans une très grande part ? Dites le moi Messieurs, vous qui êtes restés loin et silencieux face à cette conspiration ?