Les Berbères piégés par l'historiographie (III)

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"Mais lorsque j'enquêtais dans mon peuple, je trouvais qu'il n'en était pas du tout ainsi. On y connaît les généalogies, et il y a des généalogistes qui distinguent les rameaux et les ensembles à peu près comme font les Arabes." Al Yousi, Al Muhâdarat

3.1- La synthèse historique: sens et contre-sens

Comme nous ne souscrivons à aucune représentation historiale de la documentation gréco-latine et arabo-musulmane, nous mettons à profit la complexité des relations segmentaires des groupes sociaux pour démonter les mécanismes de la prise du pouvoir de l'Etat pourtant conjurée par la stratégie des groupes segmentaires. Cette constance de la mécanique segmentaire est manifestement mise en déséquilibre par une multitude de phénomènes autant endogènes qu'exogènes. La critique opposée de A. Hammoudi à la thèse de E. Gellner trouve sa traduction dans les faits internes de la société maghrébine. (32) Et que vraisemblablement, le démembrement de la société maghrébine est dû à l'expression étrangère de la domination par la puissance de la conquête ou l'intrusion des "corps étrangers". A notre avis, ce sont ces deux phénomènes qui concourent à l'enchainement causal de la rupture historique qui est à même de traduire l"'eclipse historique" des autochtones.

Afin d'étayer cette hypothèse de travail, il nous semble utile de revenir au travail de M. Ghalem. La synthèse qu'il propose recèle énormément d'insuffisances parce qu'elle est centrée sur l'organisation de l'Etat et oublie le plus important c'est-à-dire le rôle des confédérations tribales qui n'ont pas eu nécessairement, toutes, une visée du contrôle de l'Etat. A juste titre A. Hénia relève l'obsession de la centralité de l'Etat des historiens maghrébins. Il remarque justement que "tout se passe comme si l'absence ou la présence d'un pouvoir étatique fort et omniprésent déterminait dans la représentation de l'historiographie contemporaine les moments anormaux du cours des choses."(33). En paraphrasant Charles Simoni, il les appelle, les "prisonniers de l'Etat". Si A. Hénia cible plus particulièrement, l'historien tunisien Hédi-Chérif Mohamed, il n'en demeure pas moins que cette tendance valorisante de l'Etat correspond aux préoccupations politiques des nationalistes maghrébins.(34) Mais globalement, on peut extraire l'idée de la confrontation entre l'Etat central et la dissidence tribale de la représentation qu'avait Ibn Khaldoun de la civilisation humaine au sens que lui donne A. Cheddadi, voire dans les écrits des anciens grecs ou latins. (35) Cette vision des choses est une administration de la preuve de l'existence de "deux mondes inconciliables", le Makhzen et la Siba, termes galvaudés par A. Laroui. (36) Ce dernier expose toute une gamme d'idées préconçues comme par exemple "d'une colonisation à l'autre", qui justifie la carence historique des Berbères et plus grave encore de toutes sortes de stigmates envers les autochtones. A contrecourant, M. Arkoun saisit sur le vif l'apport de l'anthropologie pour exprimer ses réserves méthodologiques au sujet de l'écriture de l'histoire du Maghreb.(37) Néanmoins nous gardons un droit de regard sur la fonctionnalité méthodologique des combinaisons binaires qu'il expose schématiquement en mettant en exergue des dualités simplifiées alors que les relations des pôles sont plus complexes qu'il n'y apparaît. Ce droit de regard se justifie eu égard des liens inextricables qui lient l'Etat aux sociétés segmentaires. En effet, les choses ne sont pas aussi simples que ça parce que les cercles concentriques comme représentation de ces liens mantiennent les relations sans qu'il y ait de rupture systématique. (38) Au mieux, la logique d'assemblage de Jacques Berque est une meilleure illustration de l'enchevrêtrement inextricable qui n'est à aucun moment dénoué. Le processus concomittant de la présence ou de la disparition sur la scène politique des tribus explique la consolidation du pouvoir de l'Etat par une tribu et ses affiliations et simultanément, l'évanouissement des tribus défaites sans qu'il y ait une concrétion totalisante des groupes en compétition. Nous avons déjà esquissé un schéma explicatif qui démontre au mieux, les mécanismes des rapports de puissance entre les différents groupes sociaux constitués en force politique.(40)

La présentation textuelle de M. Ghalem souffre immanquablment de quelques précisions notoires en matière de définition et de la délimitation de son champ d'étude. Premièrement: nous décelons une terminologie géographique un peu hasardeuse de la Berbérie centrale qui n'a pas eu une existence historique délimitée dans les mêmes frontières antiques ou médiévales. La variation de la limite territoriale est un problème majeur dans la définition de l'espace d'un Etat.(41)

D'autant que l'auteur ne prend pas soin d'analyser les contours géographiques de cette limite pour substantifier l'existence d'une telle entité. En l'occurence le chevauchement des " frontières" tribales et dynastiques enlèvent toute viabilité d'une dénomination territoriale de la Berbérie orientale. L'extrapolation en usage pour délimiter le territoire de l'Algérie n'est pas une donnée en soi mais une construction de l'Etat moderne qui n'a pas d'équivalent dans l'histoire nord-africaine ancienne.

Deuxièment. Pour ce qui est de la préhistoire nord-africaine, nous remarquerons tout simplement que l'auteur n'est pas informé des avancements scientifiques et des débats que suscite par exemple l'orientalisation du peuplement de l'Afrique du Nord et qu'il y a lieu d'indiquer l'erreur concernant le mouvement des préhistoriques par le passage du détroit de Gibraltar. Un préhistorien du XIXè siècle avait avancé l'idée d'un mouvement du Sud (Afrique) vers le Nord (Europe ) alors que d'autres préconisaient le contraire, fondant du même coup la fameuse théorie celtique qui allait dominer la préhistoire de l'Afrique du Nord. M. Otte reprend la question des contacts entre l'Afrique du Nord et l'Europe en usant d'une périodisation des passages successifs durant le paléolithique (Acheuléen et l'Atérien) et au néolilthique. Il affirme que " Les contacts entre Afrique et Europe par l'intermédiare du Maghreb furent intenses mais épisodiques comme si la mer agissait tel un filtre (42) Parmi tous les auteurs qui se sont intéréssés au problème, on ne peut pas ne pas citer l'omipotent G. Camps.(43)

Troisièment. En plus de la périodisation de l'histoire des Amazighs, la question des origines est vraisemblamblement incontournable lorsqu'on aborde l'Histoire. Comme c'est une question qui conditionne le classement des appartenances des groupes tribaux, il est impératif d'instruire le dossier non pas seulement d'un point de vue des idées des savants comme le fait M. Ghalem en adossant la responsabilite de dire l'origine. Et c'est vraisemblablement par l'entremise de cet adossement que nous pouvons prendre en charge les discours des origines. (44) Il faut bien reconnaître que l'origine relève du mythe et non pas de la science comme aime le répéter si souvent, Paul Ricoeur.

Quatrièmement. La théorie des influences est une très vieille histoire dans la théorie culturaliste. En plus des acculturations punique, romaine et arabe, on trouve des prolongements de la théorie des influences dans la préhistoire. Au cours du colloque de Tamanrasset et bien après le travail de Espérandieu et de C. Camps sur la domestication des animaux par les autochtones, Achille Gautier exposa son point de vue en partant de principe général suivant: "Les recherches sur la biologie et l'origine des animaux domestiques suggèrent que tous les animaux sont d'origine monophylétique, c'est à dire que tous les animaux ont tous et chacun un seul ancêtre sauvage."(45) Et après avoir expliqué la manière par laquelle tour à tour, l'âne sauvage, l'aurochs ou le boeuf sauvage et le mouflon-à manchettes, ont été domestiqués après leur "introduction" en Afrique du Nord et au Sahara, il clôt son intervention par un rapide regard sur l'apparition des animaux domestiques au Maghreb. Il n'y va par quatre chemins et affirme sans équivoque que "les réponses données aux questions biologiques suggèrent que tous les animaux domestiques y ont été introduits.(46) Finalement à la fin de son intervention, et comme il le dit lui-même, l'auteur a eu l'impression que ces introductions d'animaux domestiques au Maghreb déplaisaient à certains auditeurs à Tamanrasset. En l'occurrence, l'esquisse d'une critique radicale de la thèse orientalisante que nous avons déjà entamée doit prendre en compte les données objectives de la science tout en préservant le domaine amazigh de la manipulation idéo-noologique. (47)

L'exemple de J Peyras coincide avec la mise en demeure du phénomène de l'acculturation. Il entame en son nom propre, une réflexion sur l'acculturation des anciens Libyens. Sans se départir d'une actualité prenante, il se dégage des causes anciennes et actuelles, politiques et épistémologiques de l'occultation.(48) Pour peu que cela convienne, il perpétue l'explicitation de la causalité exogène comme si les autochtones n'ont pas de prise sur leur propre histoire. La sempiternelle dépendance noologique ne fait que renforcer, les explications allogèniques de l'acculturation punique, romaine et arabe. En effet, ni les écrits de G. Camps ni ceux de S. Chaker ne suffisent à expliquer l'ambivalence culturelle des Berbères et les causes de l'influence exercée sur eux par les dominations étrangères.(49) Il va de soi que les autochtones et généralement l'élite locale participe à l'acculturation de la société berbère. A maintes reprises nous l'avons illustré pour l'antiquité par les exemples de Saint Augustin et Apulée. (50) Le Maghreb médieval subit le même sort avec davantage de pénétration de la culture musulmane grâce au mouvement maraboutique. Pour notre part au lieu de nous intéresser à des figures politico-religieuses(les saints) nous avons préféré le cas limite et ambivalent de Zamoum. (51)

Avant d'entame le contre exemple de d'Huy, il est tout à fait logique de donner un aperçu global de l'acculuration comme phénomène recurrent en Afrique du Nord et au Sahara. Pour prolonger la discussion à ce sujet , il est indéniable que la remarque sur la carence des Berbères de A. Adam est stupéfiante. Toute en reconnaissant ce manque flagrant dans Etat global proprement berbère, qu'il appelle Berbéristan, il caractérise l'atitude des Berbères par la formule du philosophe antique suivante:" Tout change hormis le même qui change".(52) Il s'explique de la façon suivante: "On pourrait définir par deux mots: plasticité et permanence. Ils n'ont jamais refusé aucune grandes cultures qui se sont offertes à eux, ni la culture latine, ni la culture arabe, ni la culture française. Mais ils sont toujours à travers chacune restés opiniatrement eux-mêmes et ont emprimé à tout ce qu'ils recevaient la marque de leur originalité. Il sont toujours repoussé, avec la même obstination, le pouvoir de l'étranger quel qu'il soit..." et il continue sa démonstration: " Pendant des siècles , sinon des millénaires, ils n'ont admit que le pouvoir tribal et lorsqu'ils ont créé des empires, ce n'était que pour une monstrueuse dilatation du tissu tribal, qui s'épuisait vite dans cet usage pour lequel il n'était pas fait" (53)

En un mot, nous retrouvons tous les ingrédients d'une société à histoire prise au piège des certitudes et que ne ne pouvons déconstruire l'argumentaire par ce que l'enfoui de cette vieille affaire, rappelle pour beaucoup la hantise des chercheurs devant la difficulté de dire autre chose que le connu. A maintes occasion, nous avons pensé qu'il est possible de sortir de l'impasse de la formulation de E Frezouls, en réorientant la recherche afin de la mettre en dehors de la sphère de l'Etat.

Maintenant que propose J. d'Huy ? Dans un de ses inombrables articles, S. Chaker, en l'absence d'une pensée rationnelle proprement amazighe, s'est satisfait des attributs de la culture berbère ancienne. Il dit en substance qu'elle a été le conservatoire linguistique de la Méditerranée. Tout autant J. D'Huy reprend à sa guise la contribution culturelle berbère fort ancienne pour instruire le dossier des échanges qui ont eu lieu en Méditérranée orientale. S. Chakker en s'appuyant sur Hérodote, admet que l'égide de la déesse est d'origine libyenne afin de concevoir une large diffusion du conte kabyle tafunast igujilen (la vache des orphelins).(54) Dans la même optique et avec beaucoup plus de circonspection, J. D'Huy démontre que le mythe de Pygmalion trouverait l'une de ses origines dans la Berbérie préhistorique.(55) A l'appui du structuralisme et de la génétique, J. d'Huy s'attache à analyser comparativement des versions berbère et grecque et à expliquer les mécanismes de la circulation du récit d'une culture à une autre (les tableaux comparatifs) pour finalement poser l'hypothèse d'un mythe plus ancien aux deux versions. Il relève dit-il de la préhistoire berbère.

Cinquièment. L'historiographie de l'Afrique du Nord et du Sahara a la facheuse habitude de faire valoir un séquençage historique où l'on voit se succéder différentes occupations étrangères en terre africaine. Cette historiographie fait entrer l'Afrique du Nord dans l'Histoire-Monde à partir de la fondation de Carthage alors qu'elle omet les événements régionaux des siècles précédents (Les guerres libyennes) et plus grave efface d'un trait l'essentiel c'est à dire le rythmes sociaux et politiques de tribus berbères. Il va sans dire que l'emprise de la punicisation va accentuer la dépendance culturelle des Berbères. Vu sur cet angle l'exposé de M. Ghalem souffre immanquablement d'informations crédibles pour mesurer l'ampleur de la dépendance envers l'extérieur. Cette dépendance historiographique va encore et encore rythmer la frise chronologique des Etats qui se sont succédé. Dans la mesure où cette historiographie relègue la vie de la population locale et en fait des barbares et des sauvages, il est donc impossible de connaître leur système politique et social. Et pourtant ce que à contrario a réussi avec brio l'archéologue anglais D. J. Mattingly en exhumant l'Etat garamantique des vestiges du Fezzan. Plus que ça, il a pu extraire de ces vestiges, les formes d'organisation sociale, économique et politique des Garamantes.(56)

L'accentuation de l'influence culturelle va changer en partie le visage de la Berbérie. il s'est accumulé une série de phénomènes culturels portant au zénith l'acculturation de l'élite locale portée vers la défense de ses propres privilèges. Cette acculturation confirme les prétentions des élites locales à accepter les changements socio-économiques et politiques de la société berbère. L'analyse des différents éléments de l'acculturation des Etats Berbères antiques ou des dynasties maghrébines médiévales, permet de déceler une coincidence de l'émergence de l'Etat et de sa légitimation par la raison contre l'anthropologie des passions. C'est à notre sens ce que fait M. Ghalem en parcourant les siècles d'histoire nord-africaine sans prendre en considération le travail apparent de la domination et l'effet contraire qu'il suscite c'est à dire la résistance des populations locales. En d'autres termes, cette acculturation est une constante sans exception des lettrés et de l'élite politique chargée des affaires de la "Cité". A point nommé comme le suggéraient bien avant nous, M. Betrouni et A. Taleb Bendiab, la critique de la périodisation de l'Afrique du Nord a pour but:

Premièrement: de confronter la Raison de l'Etat avec l'Anthropologie des Passions caractérisée par la connaissance immédiate.

Deuxièment: une mise sous tension continue des rapports politiques pour comprendre l'echec de la construction d'un vaste empire contrôlant toute l'étendue de la tamazgha.

Troisièment: le renversement de perspective permet d'analyser le phénomène de la dilation constante des ensembles sociaux et de l'éphèmère existence des Etats.

Il va s'en dire que de notre point de vue, les présences punique, romaine, gothe, vandale, byzantine, arabe, turque et finalement française ne servent à rien pour l'écriture d'un histoire endogène si on ne met pas au centre de la recherche la société berbère changeante et évolutive. Pour le faire, il est impératif de mettre en place un dispositif critique de l'historiographie gréco-latine et arabo-musulmane.

F. Hamitouche

Notes:

32- A. Hammoudi, Sainteté, pouvoir et société, Les Annales, ESC, Paris, 1980.

33- A. Hénia, Quant l'historiographie tunisienne se fait prisonnière de l'Etat, S. Bergaoui et H. Remaoun, Savoirs historiques au Maghreb, Constructions et usages, Editions Crasc, Oran, 2006.

34- idem, A. Hénia reprend le problème de la "forte crise" (Azma shahida) exposée par Hédi Chérif Mohamed pour affirmer qu: "Il ne conçoit les événements de cette période (du XVè siècle) qu'en

fonction de l'Etat (hafside), Note 13, p, 101.

35- A. Cheddadi, Ibn Khaldoun, L'homme et le théoricien de la civilisation, Editions Gallimard, Paris,2006.

36- A. Laroui, Histoire du Maghreb, Un essai de synthèse, Editions F. Maspero, Paris, 1970.

37- M. Arkoun, Penser l'histoire du Maghreb, Y et C. Lacoste, L'état du Maghreb, p, 49 Les Editions la Découverte, Paris 1997.

38- idem, Le schéma de M. Arkoun est une simplication des relations complexes qui lient les différents pôles entre eux. Les "oppositions" entre Etat et sociétés segmentaires ne permettent pas de

mettre en lumière, les liens de dépendance entre les tribus dépendantes du pouvoir central et l'Etat dynastique, émiral, etc., qui est lui-même , une marque de fabrique de la concrétion des

tribus fédérées. Il va de soi, que la dynamique historique instruit mieux l'état statique des forces en présence. Et que cette état représente lui-m^mme la réversibilité ou plus exactement, la

transformation de l'enertie des groupes en compétition. Le deuxième exemple qui est celui de bipolarité des l'orthodoxie et de l'hérésie est un porte à faux, de la légitimité religieuse des

Rostomides (kharidjisme), des Fatimides (chiisme) et des Almohades (asharisme), etc. Nous pouvons aussi citer des exemples qui invalident la dichotomie entre la culture populaire et la culture

savante ou entre l'écriture et l'oralité.

39- J. Berque, L'intérieur du Maghreb, Logique d'assemblage au Maghreb, Diagramme d'une organisation tribale, p, 351 Editions Gallimard, Paris, 1978 . De ce fait, il est impératif d'analyser le

diagramme berquien en utilisant le modèle mathématique et la théorie des réseaux. A première vue, il semble que c'est la théorie des graphes et plus particulièrment la représentation du

flot qui ont inspiré J. Berque. Une meilleure explication est à faire en graduant l'état de la société en réseaux (Théorie des réseaux sociaux) avec la dynamique des groupes pour faire la

démonstration des faits de l'histoire.

40- Notre schéma explicatif de la dynamique historique insère les groupes sociaux dans un ensemble représentatif où l'Etat n'est pas l'ultime point d'ancrage de l'historicité de ces groupes. Dans

l'histoire de l'Afrique du Nord et du Sahara, nous intégrons une différentiation historiale:

1er: des tribus proprement dites,

2ème: des confédérations de tribus,

3ème: des tribus Etat.

Cette tripartition des groupes sociaux peut-être envisagée comme un état classificatoire permanent du regroupements tribaux qui en l'état intégrent une dynamique historique qui fait varier les

temps de correspondance des bi-polarités arkouniennes et par la même, démonter la logique imbricative de J. Berque. Pour peu que ça sert, une représentation graphique est utile pour démontrer la

variabilité des ensembles nominaux et de leur fonction.

41- Il existe des études qui abordent ces problèmes d'autant que la frise chronologique ou la cartographie montre la variabilité de la délimitation des Etats. Frontières et limites géographiques de l'Afrique du Nord, Hommage à P. Salama, voir:

-G. Camps, Une frontière inéxpliquée, La limite de la Berbérie orientale de la protohistoire au moyen-âge, Etudes offertes à J. Despois, Acta géographica, Société de géographie, Paris, 1973.

-Essais de cartographie culturelle. A propos. A propos de la frontière entre la Numidie et la Maurétanie.

- J. P. Laporte, la limite de la frontière entre les Maurétanie Césarienne et Sitifienne.

- Y. Moderan, Les frontières mouvantes du royaume vandale.

- R. Rebuffat, la frontière de la Tingitane.

Toutefois, la prime d'orientation de la recherche revient à G. Camps qui essaie de tracer les lignes d'un contour géographique à la Berbérie orientale à partir des constructions mortuaires

La figure 2 de la pages 64, est une répartition des dolmens et des haouanet (hypogées) en Afrique du Nord. G. Camps s'appuie sur ces constructions mortuaires pour distinguer la Berbérie occidentale de la Berbérie centrale, p,63. De plus le texte cité en second essaie, de donner une explication la délimitation ethnogéographique à partir de la répartition de l'aire agraire proprement berbère. Il dit en substance: "... que l'araire manche-sep, moins évolué que le dental soit le vrai araire berbère, Fig 5, p, De plus et faute de mieux T. Bachrouch considère que la Berbérie orientale est une dénomination géo-ethnique. En prenant en considération les travaux de R. Brunschvig (La Berbérie orientale sous les Hafsides), tout en entérinant la thèse de H.R.Idriss, il s'emploie à donner une substantialité au mot berbérie comme si le sens de la terminologie aller de soi. Pour les besoin de la cause nationale, il reprend à son compte l'empoi du mot pour établir une filiation entre les différents appellations des Etats de la Tunisie. Il omet de traiter l'effet du langage qu'a l'emploi du mot barbare.

-A. Henia ( coord...) Villes et territoires au Maghreb; Itinéraire d'une recherche, IRMC, Tunis, 2000. Nous ne dirons pas un mot de plus sur un sujet qui doit pris à bras le corps parce qu'il fournit des éléments de réponse sur les conditions de vie de la population locale qui rappelons-le est jusqu'à aujourd'hui soumise à des conditions climatiques et environnementales si particulières de la dernière désertification. M.Lazhar Gharbi (L'historiographie tunisienne de la période moderne et contemporaine et son espace, dans Savoirs historiues au Maghreb) discute les concepts de territoire et d'espace sans tirer une conclusion satisfaisante des conséquences de l'ecosystème sur la vie sociale et économique des populations locales. Il se contente de parler de la configuration des entités politiques maghrébines et de la périodisation des constructions historiques .Nous y reviendrons plus loin.

42- M. Otte, Contacts entre Afrique du nord etEurope durant la préhistoire, Colloque de Tamanrasset, 2007.

43- G. Camps, Relations protohistoriques entre la Berbérie orientale et les îles italiennes, XVI congrès préhistoriques de France, 1959.

44- C'est un point crucial de l'ethnologie nord-africaine et saharienne qui nécessite une attention particulière. En lieu est place d'une enquête historiographique, il faut mener de plein pied, une analyse approfondie des enjeux de la mémoire qui prescrit l'ordre des origines. Notre récit des origines prend en compte quelques 12 thèses qui concourent à donner plusieurs origines aux Berbères.

45-G. Espérandieu, Domestication et élevage dans le nord de l'Afrique au néolithique et dans la protohistoire d'après les figures rupestres, Congrès panafricain de préhistoire, Alger, Arts graphiques, Paris, 1952.

- G. Camps, Origine de la domestication en Afrique du Nord et au Sahara, Revue française, Histoire Outre-Mer, tLXV, no 240, 1978.

-A. Gautier, LA domestication animale et les introductions d'animaux domestiques en Afrique au cours de la préhistoire. Actes du 1er colloque international de la préhistoire maghrébine, CNRPAH, Tamanrasset, 2007, p, 73. En principe, ce thème recoupe le problème de deux thèses principales qui sont celles du peuplement de l'Afrique du Nord et de l'influence culturelle subie par les Amazighs. A ce jour l'origine des protoméditerranéens défendue pendant des décennies par G. Camps a été battue en brèche. L. Chaker (Notes et remarques du préfacier, Les Berbères, Mémoires et identité, Editions Babel-Actes Sud,

2007) fidèle collaborateur de ce dernier et son successeur à la tête del'encyclopédie berbère, y apporta des modifications eu égard aux récentes trouvailles préhistoriques. Il dit en substance ceci:" Les travaux et découvertes récentes établissent une géographie et une chronologie très différentes du Capsien, avec les gisememts plus anciens situés dans l'ouest de l'Algérie.", p 331. Par conséquent, la thèse orientalisante nécessite une critique plus radicale pour débarrasser l'Amazighologie des trop fortes influences extérieures. Nous avons exposé en partie une analyse critique sur la sujet.

46- A. Gautier, p 75.

47- Notre Autre histoire et la transformation linguistique, Le quotidien d'Oran, 2015.

48- J. Peyras, Les Libyens et les autres: Réflexions sur la notion d'"influence", L'Homme Méditerranéen, Mélanges offerts à G. Camps, Université de provence, Aix, 1995. A l'appui de l'indépassable

G. Camps, J. Peyras cite plusieurs auteurs pour étayer l'idée de l'influence allogène de la société berbére. Toutefois, nous préconisons qu'en plus d'une nette démarcation méthodologique, il est

absolument nécessaire de rester vigilants sur l'emploi de mots, acculturation, influence et occultation, et tout autre mot qui désigne l'effet exogène de la culture matérielle ou spirituelle.

49- idem

50- Notre Apulée ou le simulacre de l'identité paru sous le titre de "Apulée ou la mémoire antique de l'Algérie", le Quotidien d'Oran, 2016.

- Notre Saint Augustin et les Barbares, les effets de l'acculturation, le matin d'Algérie, 2016 .

51- Zamoum ou l'ambivalence de la figure, inédit.

52- A. Adam, Quelques constances dans le processus d'acculturation chez les Berbères du Maghreb, Actes du premier congrès d'études des culture d'inflence arabo-berbère; Malte,1972, Alger, 1973. p, 444.

53- Idem, p, 444.

54- S. Chaker,resistance et ouverture à l'Autre: le berbère, une langue vivante à la croisée des échanges méditérranéens, Actes du colloque L'interpénétration des cultures dans le bassin de la Méditérranée. Paris, Sorbonne, 2001. Voir les enfants abandonnés de la vache, E. Laoust, Contes berbères du Maroc, Editions Larose Paris, 1949.

55- J. d'Huy, le mythe ovidien de Pygmalion trouverait l'une de ses origines dans la berbérie préhistorique, Cahiers de l'AARS, no 15, Décembre 2011. Au besoin, la circulation des récits oraux nécessite une étude particulière afin d'établir les réseaux de communication et de diffusion au niveau de toute la zone d'influence amazighe.

56- J.D. Mattingly, Aperçu sur les Garamantes. Un Etat saharien? Antiquités Africaines T3, CNRS Editions, Paris, 2004.

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