Pourquoi le régime politique algérien a-t-il légalisé la médiocrité ?

Le palais du gouvernement
Le palais du gouvernement

La question est de plus en plus persistante et gagne de plus en plus le terrain intellectuel, si tant est que le mot intelligence ait encore un sens en Algérie.

Le projet de loi fixant les hautes responsabilités et fonctions de l'Etat exigeant la nationalité algérienne exclusive a été adopté, le mercredi 21 décembre 2016, par le Conseil de la Nation. De mon point de vue, le projet de loi qui compte parmi les nouveaux textes de loi prévus en vertu de la Constitution récemment amendée entame le principe d'égalité dans la prise des hautes responsabilités et fonctions de l'Eta ,tel que consacré dans la Constitution. Ce texte exclut l’Algérien tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, d'exercer des fonctions. Cette loi inique répond à une obsession, exprimée à maintes reprises, par le régime politique algérien de ne pas voir attribuer des hautes fonctions de l'Etat, à des personnes ayant d'autres nationalités en plus de la nationalité algérienne.

Selon le régime algérien, la loyauté envers la république dépend de la nationalité. Cependant, la mise en avant de ce projet de loi est en contradiction avec l’article 32 de la constitution algérienne qui indique que "les citoyens sont égaux devant la loi, sans que puisse prévaloir aucune discrimination pour cause de naissance, de race, de sexe, d'opinion ou de toute autre condition ou circonstance personnelle ou sociale."

Dans un Etat démocratique, il appartient au Conseil de la Nation "élu" d’adopter les lois. En Algérie, la médiocratie a pris le pouvoir politique. C’est l’ordre médiocre établi en modèle. Dans cet environnement médiocre, règne la combine, le commérage et le piston hissé au rang d’autorité intellectuelle. Sur le plan intellectuel, le régime politique algérien ne peut pas se remettre à lire un livre, car il est mentionné dans l’hymne national algérien que "le temps des palabres est révolu. Nous l'avons clos comme on ferme un livre". Ce régime balaye la valeur des concepts occidentaux et des identités comme s'ils étaient insignifiants. Jusqu'à quel sacrifice peut-on aller pour l'unité territoriale de son pays, pour la défense de la patrie, alors que le régime politique sépare la citoyenneté de la nationalité ? Pourquoi promouvoir le pays alors que la compétence des personnes ayant d'autres nationalités en plus de la nationalité algérienne n’est pas reconnue ? Comment le peuple algérien peut-il être uni derrière l’unité nationale ?

Aussi il est important de rappeler que le premier appel adressé par le Secrétariat général du Front de libération nationale au peuple algérien le 1er Novembre 1954, mentionne que "devant cette situation qui risque de devenir irréparable, une équipe de jeunes responsables et militants conscients, ralliant autour d’elle la majorité des éléments encore sains et décidés, a jugé le moment venu de sortir le mouvement national de l’impasse où l’ont acculé les luttes de personnes et d’influence, pour le lancer aux côtés des frères marocains et tunisiens dans la véritable lutte révolutionnaire." Ce texte rend hommage aux jeunes qui ont accompli dignement leur devoir.

La jeunesse ayant effectué leurs études dans les universités européennes de la première année de licence à la dernière année de doctorat n’a pas sa place en Algérie, car c’est la nationalité et non la compétence qui légitime les postes à haute responsabilité. Rien n’est fait pour inciter ces compétences à servir le pays. Ne dit-on pas que l’immigration est un exil forcé ? Généraliser et qualifier la jeunesse de paresseuse est une invective alors que cette jeunesse a acquis à l’étranger des formations que le réseau universitaire algérien ne propose pas. Une partie de la population algérienne est plutôt satisfaite voire euphorique de cette nouvelle loi car les intérêts des Algériens l’emportent, sur les personnes ayant d'autres nationalités en plus de la nationalité algérienne.

Les personnes ayant deux ou plusieurs nationalités sont injustement accusées d’influencer leurs concitoyens par les idées occidentales ? N’en déplaise à certains algériens, l’Algérie est un Etat membre de l’Organisation des Nations Unies (ONU) qui fut établi sous l'impulsion déterminante et lumineuse des Occidentaux promouvant l’élaboration des normes et la génération de connaissances en Algérie. En effet, une partie de la population algérienne aspire à se démarquer du modèle occidental par son histoire propre (l’histoire de l’Algérie n’est pas encore écrite), ses traditions (où commence la tradition et quelle est la définition de la tradition ?), sa langue. De mon point de vue, l’identité algérienne est un des enjeux de ces prochaines années : les symboles et les valeurs qui pouvaient préserver l’union nationale ont été détournés au bénéfice d’une lutte entre les citoyens et les nationaux algériens.

Installer une citoyenneté à deux vitesses est devenu ainsi l’enjeu de divisions, qui caractérisent la société actuelle alors que l’unité du pays a été forgée par le rassemblement de ses composantes arabe, africaine, andalou, méditerranéenne et hébraïque. La perspective que je propose : La communauté nationale établie à l’étranger, notamment autour du bassin méditerranéen, devra constituer un lobby algérien dans le but d'influencer le choix de la politique étrangère de l’Algérie. L'influence de ce lobby sera proportionnelle aux ressources propres de l'organisation et devra entretenir des contacts permanents avec les personnels politiques étrangers, avec tous les pays membres de l’Union pour la Méditerranée, sans exception : 28 États membres de l’Union européenne et 15 pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée. Ce lobby sera chargé notamment de la migration, des affaires intérieures, de la citoyenneté et de la paix, car une question demeure pour l’heure sans réponse : Comment lutter efficacement contre le terrorisme alors que le lien entre la citoyenneté et la nationalité est rompu en Algérie ? Une résolution sur la prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents pouvant conduire au terrorisme, a été adopté lors de la XVIe Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), tenue à Antananarivo (Madagascar), les 26 et 27 novembre 2016. Ce texte mentionne notamment que les chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage appellent "l’OIF, l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) et les opérateurs directs de la Francophonie à se mobiliser autour d’actions concrètes et concertées en appui aux initiatives gouvernementales et multilatérales portant sur la prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents pouvant conduire au terrorisme, à favoriser l’émergence d’initiatives citoyennes de prévention ainsi que les partenariats de recherche visant à mieux appréhender ces phénomènes au sein de notre espace "rappelons que l’Algérie a participé aux assises de cette conférence sous le thème "Croissance partagée et développement responsable: les conditions de la stabilité et de l'espace de la francophonie".

L'Algérie est un pays francophone et pourtant elle ne fait pas partie de la Francophonie, est-ce un paradoxe ? Il est utile de rappeler également aux pseudos analystes et contributeurs pour la presse francophone, que selon l’OIF, la République Démocratique du Congo (RDC) compte plus de francophones que l’Algérie, n’en déplaise aux patriotards algériens. A partir de la révision constitutionnelle qui a eu lieu en Décembre 2015, est examinée la question de la délimitation du périmètre de la citoyenneté en Algérie. La citoyenneté est un concept qui contient plusieurs niveaux d’implications nationale et supranationale. Pour mieux saisir sa signification, elle nécessite d’être associée à d’autres notions comme celle de nationalité. La citoyenneté est créatrice de devoirs et de droits. A l’interrogation "quelles identité pour les Algériens ?" correspond la question suivante : "Quelle citoyenneté pour l’Algérien ?". Désormais, la nationalité représente le rapport privilégié voire exclusive, de l’édification d’une communauté politique en Algérie. Le régime politique algérien n’a rien trouvé mieux pour écarter toute compétence susceptible de démasquer leur médiocrité dans la gestion des ministères que de séparer la citoyenneté de la nationalité. Si l’acquisition de deux ou plusieurs nationalités contient la graine de la trahison, exclut toute forme de droiture et rend le patriotisme suspect, le fait de détenir une seule nationalité n'est pas un gage de loyauté non plus.

Qu’attendre d’une gérontocratie qui se maintient à ce pouvoir "révolutionnaire" qui n’écrit aucun livre, et ne publie aucune analyse géopolitique dans leurs médias étatique ? Le régime politique algérien a institué le mépris et l’arrogance comme mode de gouvernance. Cette loi permet de faire des économies : mobiliser ses compétences pour défendre les pays, qui ont accueilli et formé les Algériens ayant d'autres nationalités en plus de la nationalité algérienne. Par exemple, il est plus facile de défendre la cause démocratique syrienne en France qu’en Algérie.

Le régime politique algérien a institué le mépris et l’arrogance comme mode de gouvernance. Cette loi aurait pu permettre aux personnes concernées de faire des économies : mobiliser ces compétences au service des pays, qui ont accueilli et formé les Algériens ayant d'autres nationalités en plus de la nationalité algérienne. Il en a décidé autrement.

Mohamed-Salah Benteboula, géographe

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