Akli Drouaz : le soleil éternel des cheminements de jadis

Akli Drouaz.
Akli Drouaz.

Deux romans, une foule de quêtes précieuses, un désir de revenir sur les cheminements de jadis. Akli Drouaz a un parcours impressionnant : né en Kabylie, en pleine guerre, il s'installe à Alger, dans une époque chargée de promesses et de rêves ; un pays était à construire, après bien des blessures.

Mais l'ailleurs l'appelle : il décide alors de quitter les siens pour bourlinguer en Europe ; en Allemagne, en Angleterre et en France. La vie est un éternel apprentissage ; parfois, elle est insaisissable, incompréhensible, déroutante ; parfois, elle est simple, douce, harmonieuse. Dans ses deux romans, parus aux éditions Apopsix, Rêves d'exil et Cacahuète, Akli Drouaz fait promener son lecteur dans le temps et les différentes contrées. Les personnages de ces deux romans sont attachants même s'ils sont fuyants, voyageurs comme les mots de l'écrivain. Ces deux livres sont hantés par un pays, la Kabylie et surtout l'âme kabyle.

L'écrivain raconte ses proches, il tente de dire leur réalité, avec ses hauts et ses bas ; il le fait souvent avec tendresse et lucidité. Dans Cacahuète, dédié à celles et à ceux dont le rêve de liberté a coûté la vie, un cameraman arrive en pays kabyle pour filmer une manifestation. "Pour la première fois depuis l'indépendance, la lutte des Kabyles n'est pas celle d'une tribu confinée dans les temps anciens, cherchant seulement à se protéger d'une ultime invasion, mais bien celle d'un peuple aspirant à la liberté".

Se voulant discret et en retrait des événements, le cameraman reçoit cependant un manuscrit d'un certain Mokrane. Tant de souvenirs reviennent alors dans la mémoire du cameraman, tant de peines, tant d'errances aussi. "Le village situé en contrebas du fameux massif des Ait-Jennad est régulièrement victime des colères de la montagne, éboulements et neige incessantes. Les chacals y rôdent jusque dans les cours des maisons". Akli Drouaz confie dans ces textes la sincérité d'un écrivain, sa vision des territoires de son enfance, sa philosophie. "(…) J'aimerais dire aux miens, combien je me suis amusé en pensant à eux, malgré mes critiques excessives et sans limites", écrit-il. Pour Akli Drouaz, les Kabyles restent un peuple de poètes. Cacahuète est parsemé de personnages attachants, c'est le cas de cette femme envoûtante, Malha.

Dans Rêves d'exil, Akli Drouaz continue ses multiples quêtes de ce temps qui s'enfuit, de ces repères qui s'effilochent. C'est encore un autre voyage qui fait démarrer ce roman : le narrateur s'embarque à Orly vers l'île de la Réunion, en suivant l'itinéraire de Mokrane. Encore une fois la chronologie se disperse, le temps n'a plus aucune importance et les lieux s'en vont et s'en viennent. "Ma vie de jeune opérateur à la télévision nationale ne m'offrait aucun horizon. J'ai pourtant filmé le président, les domaines autogérés, les réalisations révolutionnaires. J'ai même eu droit à un voyage à Conakry". Mais les événements de la Kabylie, cette révolte de 1963, contre l'autoritarisme et la confiscation de la révolution, font comprendre au narrateur se qui se passe dans le pays. Ce sont toujours ces moments difficiles qui cristallisent la conscience des uns et des autres.

Bien des années plus tard, la Kabylie est toujours en mouvement, toujours en quête du meilleur, toujours insoumise, toujours en attente d'une vraie réconciliation avec elle-même et ses valeurs. Les mots vrais, l'écriture, la sagesse des uns et des autres, la lucidité des uns et des autres, la tolérance, l'amour, la fraternité, la science, le respect, les luttes sincères, apporteront un jour, ou un autre, cette belle réconciliation tant attendue.

Youcef Zirem

Plus d'articles de : Culture

Commentaires (0) | Réagir ?