Les cinq vérités du porte-parole de Talaie El Hourriyet

Ali Benflis, président du Talaie El Hourriyet.
Ali Benflis, président du Talaie El Hourriyet.

Ahmed Adimi, le porte-parole de Talaie El Hourriyet, nous a fait parvenir cette déclaration qui remet les pendules du pouvoir à l'heure et rappelle quelques-unes des responsabilités de celui-ci.

"La décision prise par Talaie El Hourriyet de ne pas participer à la prochaine échéance législative a manifestement fait très mal au régime politique en place. Après trois éditoriaux produit sur commande, coup sur coup, par son organe officieux et ciblant directement notre Parti et son Président, voilà que le Ministre de l’Intérieur lui-même monte au créneau et se distingue par des déclarations à tout le moins affligeantes et très peu inspirées. Ces déclarations ont dévoilé une vision paternaliste de l’opposition, une infantilisation de l’action politique et une transformation des élections en transaction. Ces déclarations témoignent, aussi d’une volonté du régime politique en place de faire franchir un nouveau cap à sa tentation de régenter toute la vie politique nationale. De telles déclarations ne surprennent pas car elles émanent d’un régime politique qui n’est jamais autant inspiré, créatif et imaginatif que lorsqu’il s’agit de brimer les libertés, de restreindre les droits civiques et politiques et de vider le pluralisme politique de son sens et de sa raison d’être.

Nous aurions tant souhaité que cette inspiration, cette créativité et cette inventivité soient à l’œuvre pour éloigner notre pays de l’impasse politique vers laquelle il a été conduit, pour apporter les réponses qui se font attendre à la crise économique qui s’aggrave et pour conjurer les périls que la monté des tensions sociales fait peser sur notre pays.

Si le régime politique en place ne se distingue pas par la performance de sa gouvernance, il est un orfèvre dans le choix de boucs émissaires à ses frustrations et à ses déboires.

Nos gouvernants ont un besoin urgent de mettre un peu d’ordre dans leurs esprits car ces élections qui comptent tant pour eux sont de très peu d’intérêt pour ceux que préoccupent au plus haut point les défis politiques, économiques et sociaux qui assaillent notre malheureux pays de toutes parts et qui restent en jachère.

Le régime politique en place excelle dans l’intimidation et la menace, mais l’intimidation et la menace, seules, ne suffiront jamais à rendre les élections moins problématiques et moins controversées dans notre pays.

A propos de ces élections, il y a quatre vérités qui s’imposent d’elles-mêmes tant elles sont connues de toutes les Algériennes et de tous les Algériens depuis bien longtemps. Il est opportun de les rappeler.

La première vérité est que la création de partis politiques n’est pas une aumône dont s’acquitte l’administration au profit des citoyennes et des citoyens. Elle est un droit constitutionnel tout comme elle est un droit que l’Algérie a pour devoir de respecter au titre de ses engagements internationaux et en premier lieu la Déclaration universelle des Droits de l’Homme qui constitue le premier engagement international de l’Etat algérien indépendant.

La deuxième vérité est que la participation ou la non-participation aux processus électoraux est un mal récurrent de notre système politique. Ce phénomène n’est pas inexplicable. Il s’explique par la tricherie politique et la fraude électorale notoires dont sont systématiquement entachés tous ces processus. Aussi longtemps que persistera ce mal, il induira la désaffection de nos concitoyennes et de nos concitoyens à l’égard de la politique tout comme il continuera à amener, à chaque échéance électorale, les partis à s’interroger sur le bien fondé de leur participation ou de leur non participation à des processus électoraux aussi pervertis et aussi dévoyés.

La troisième vérité est que les partis politiques sont des entités souveraines. Contrairement à notre pays, tous les Etats de droit ne soumettent pas les partis à un agrément et optent pour le principe déclaratif. Ils ne soumettent pas les programmes, les statuts et les règlements intérieurs à un droit de regard et à un quitus de l’administration. Ils ne tolèrent pas que leur vie politique nationale dépende étroitement du bon vouloir et du bon plaisir des exécutifs en place.

Non content de soumettre déjà les partis politiques à tous ces diktats, nos gouvernants annoncent, sans le moindre sens de la mesure, leur intention de faire les choix politiques à leur place et de les contraindre à prendre part à des compétitions politiques opaques, injustes et déloyales et à être présents dans des scrutins marqués du sceaux des faux et de l’usage du faux et de l’arbitraire.

La quatrième vérité est que notre pays n’a pas besoin d’un code pénal électoral. Le problème de la participation ou de la non participation aux élections cessera définitivement de se poser dès lors que la compétition politique aura été réconciliée avec les valeurs de justice, de loyauté et d’égalité des chances et que les scrutins auront retrouvé les qualités qui devraient être les leurs c'est-à-dire la sincérité, la régularité et la transparence.

Nos gouvernants savent pertinemment ce qu’il faut faire pour cela. Et s’ils l’ignorent, le monde entier et même notre voisinage immédiat leur offrent des modèles d’instances de préparation, d’organisation et de contrôle des élections dont ils pourraient utilement s’inspirer.

La cinquième vérité est que l’idée du "donnant-donnant" émise par le Ministre de l’Intérieur n’honore pas l’Etat. Elle révèle la vision mercantiliste que le régime politique en place a de l’action politique. Elle ne reflète pas la hauteur de vues qui doit prévaloir dans la gestion des affaires de l’Etat. En effet, réduire l’action politique à un marchandage se matérialisant à travers un agrément administratif donné en contrepartie d’une participation aux élections, c’est de la part de nos gouvernants l’aveu de leur incapacité à s’élever à hauteur de leurs missions nationales et de leur déphasage par rapport à l’envergure des responsabilités d’Etat qu’ils assument".

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