11 janvier 1992, un quart de siècle après

l’islamisme et les bureaucraties autoritaires préfèrent le compromis conservateur à la potentielle victoire populaire
l’islamisme et les bureaucraties autoritaires préfèrent le compromis conservateur à la potentielle victoire populaire

Un quart de siècle nous sépare du 11 Janvier 1992. L’évènement semble s’être estompé des mémoires, balayé par l’œuvre «impérial» de M. Bouteflika. Pourtant, le coup d’arrêt au processus électoral/démocratique (selon les appréciations) paraissait être un moment majeur voire même «historique».

Assurément, le 11 janvier 1992 n’a pas changé le contenu profond du processus politique engagé aux lendemains des évènements d’octobre 1988. Dual, ce contenu empruntait les formes et formules d’une véritable transition démocratique, tout en marginalisant les démocrates ; et cultivait l’audace du maintien du système tutélaire sur la société y compris par la promotion de ce qu’elle recèle de plus passéiste. A ce type de jeu, le dérapage est inévitable. Et c’est ce qui est arrivé. Coopté en 1988, l’islamisme a tenté de se saisir du pouvoir.

Or ce n’était pas là la mission que les régents assignaient à cet ultra populisme de droite. Tout juste devait-il capter et dévoyer la montée de la contestation populaire qui montait depuis le printemps Amazigh de 1980.

S’il fallait éviter la prise de pouvoir par le Fis, l’impératif pour le pouvoir restait la marginalisation des démocrates. Il fallait continuer à les affaiblir et à les éloigner de tous les accès au pouvoir. Fort de ses expériences passées, dont la moindre n’est pas le coup de force de l'été 1962, le système a réalisé l’une des plus grandes mystifications de l’histoire politique du genre humain. L'arrêt des législatives scélérates de décembre1991 passait pour être le sauvetage de la "République" et de la "Démocratie". Nous savons ce qu’il en est aujourd’hui.

La confrontation générale, violente, sanglante avec l’islamisme n’était pas pour le système militaro-bureaucratique une confrontation à mort. On le voit bien, y compris dans les expériences récentes (Tunisie, Turquie, etc…), l’islamisme et les bureaucraties autoritaires préfèrent le compromis conservateur à la potentielle victoire populaire. Ils peuvent se contester et se disputer le pouvoir, mais ils ne peuvent jamais souffrir la moindre possibilité que s’établisse un pouvoir démocratique.

Pour autant, l'élan de résistance à l'islamisme a été puissant, généreux, mais bien trop désintéressé ; ou, osons le mot, naïf. Les actes de courage ont été nombreux, les sacrifices aussi, mais, avec le recul, nous pouvons aussi parler de manque de lucidité, d’absence de projet. Il ne faut pas renier l’engagement admirable des femmes et des hommes qui se sont levé pour défendre l’idée républicaine, l’idéal démocratique, pour protéger la liberté et la vie. Il faut le célébrer et en cultiver la mémoire. Mais il faut aussi procéder à l’examen critique des postures qui ont émaillé la dispersion des républicains et qui ont entretenu la flamme de leurs divisions.

Ce quart de siècle peut éclairer aussi bien notre actualité que celle de nombreux peuples aux prises avec les deux monstres que sont l’autoritarisme (despotisme, néo-patrimonialisme) et la théocratie islamiste. Un regard lucide sur ce quart de siècle est de nature à éclairer les luttes d’aujourd’hui. Le combat reste à continuer et les lendemains meilleurs à faire.

La défaite consommée du pôle démocratique – dans ses différentes composantes et dans la diversité de ses positionnements, tactiques et stratégies- ne doit pas nous empêcher d’avoir une pensé profonde et émue pour tous ceux qui sont tombés parce qu'ils étaient des obstacles devant la théocratie ou des ennemis à abattre pour les cercles occultes qui régulent le système (Une oligarchie militaro-bureaucratique qui régente un État, un pays, à son profit). Un hommage à tous les résistants ; citoyens républicains qui continuent de porter, chevillée au corps, la quête d'émancipation qui est à la source de notre mouvement de libération nationale ; résistants en armes qui, aujourd'hui sont des laissés pour compte ; simples citoyens qui sont restés debout face à la menace et à la dévastation ; journalistes, hommes de culture et de lettres, artistes,… qui continuent d’être les cibles de l’intolérance et de l’arbitraire.

Que ceux qui sont tombés au combat ou qui nous ont quitté reposent en paix. Le combat continue.

Mohand Bakir

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Commentaires (4) | Réagir ?

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albert smail

Tagui taquissit n Moh (and) comme disait Slimane Azem... la même rengaine qu'on nous ressasse depuis tjrs... 25 ans après ces douloureux évènements, logiquement c'est aux historiens de faire leur job.

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khelaf hellal

Que reste-il encore des officiers Janviérites ? Ceux qui ont décidé que l'islamisme politique, ses ruses et son aliénation des masses et son lavage de cerveau ne passeront pas. Les plus téméraires et les plus réfractaires ont été soit incarcérés soit écartés de leurs postes de commandement ou tout simplement mis à la retraite. Les survivants ont été réduits au silence par une loi scélérate qui leur impose l'omerta et le black-out total sur ce qui s'est réellement passé durant la décennie 1990. Une loi qui les livre en pâture à l'intox des partisans du "Qui-tue-Qui " et qui les empêche de rétablir la vérité.

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