Une ville, une histoire : Bethioua

Les derniers vestiges du passé millénaire de cette ville.
Les derniers vestiges du passé millénaire de cette ville.

L’Algérie, d’est en ouest et de nord en sud, est riche en villes qui, au fil du temps, témoignent de l’histoire de notre pays et les civilisations qui y sont succédé.

De ces villes algériennes,on citera celle de Bethioua située dans l’Ouest algérien à 40 km de la ville d’Oran. C’est une ville algérienne, située dans le daïra de Bethioua et la wilaya d'Oran. La ville s'étend sur 108,6 km² et compte 18 215 habitants depuis le dernier recensement de la population. La densité de population est de 167,8 habitants par km². Elle est entourée par Aïn El Bia, Marsat El Hadjadj et Hassi Mefsoukh. Economiquement, Bethioua dispose d'un port gazier, d'installations pétrochimiques, d'une station de dessalement d’eau de mer, et d'exploitations de salines dans la sebkha d'Arzew.

Fondée sur les ruines d'une ville phénicienne, elle est devenue ensuite Portus Magnus, village portuaire romain avec ses trente hectares de superficie, l’une des plus grandes villes de la Maurétanie césarienne. C’est aujourd’hui un site archéologique et un patrimoine historique de grande envergure, pas seulement au niveau local, mais régional, national et même maghrébin. Elle est connue depuis le Ve siècle (Xe Grégorien) sous le nom de Rziou (Arzew) devenu à l'époque de la colonisation française la commune de Vieil Arzew, puis Saint-Leu et finalement Bethioua. Différents historiens ont décrit plus ou moins l’histoire de cette ville qui a connu la succession de multitudes de civilisations laissant sur elle indéniablement des traces indélébiles. Parmi eux, j’ai choisi Ibn Khaldoun qui cite que le nom de Bettioua est, à l'origine, celui d'une grande confédération ayant pour habitat la région du Rif, ce nom se trouve tantôt écrit Botouïa, tantôt Battouya, tantôt Bettioua. Il s'agit d'un rameau des Berbères sédentaires des Sanhadja, dits "fondateurs d'empires", dont le rameau sédentaire se trouve dans les Kabylies et dont parmi les principales de leurs réalisations figure l'empire fatimide, la Qalaa des Beni Hammad, le royaume de Bougie ou encore l'empire almohade. Parmi les principales familles sanhajis d'Alger figure les Botouïa aux côtés des Beni Mezghena. Les Bettioua, en berbère Ibettiwen, sont issus donc d'une puissante tribu berbère du même nom, et qui avait prêté ses armes aux Beni Merin contre les Beni bou-Hafs. En 1370 les Bettioua suivirent le sultan mérinide Abd el-Aziz dans son expédition contre les Berbères du nom des Maghraouas dans leur capitale de Mazouna. Ils se fixèrent après leur défaite sur ce même territoire, près de Mostaganem, tout en maintenant un certain courant d'échanges avec leurs congénères rifains.

Du temps des Ottomans, Bethioua était un fief administratif, gouvernant l'ensemble de la région à l'ouest de la Macta. Le petit hameau a toujours été un centre d'exportation de blé et de bétail grâce à son port "El Marsa" devenu ensuite Arzew le port. Son port servait au stockage de blé et d'orge. Dès le XVIIIe siècle le plateau où se situe le village de Bethioua est habité principalement par les Bettioua, une population berbère majoritairement rattachés à deux clans, Beni Tmait et Zegzaoui, dont les ancêtres auraient quitté la rivière du Kert au sein des Ayt Said et Temsamane. Le village de Bethioua était divisé en deux parties, la principale au sud était formé par la branche Zegzawa de la tribu, la deuxième partie au bord de la mer rassemblait les autres fractions de la tribu (Beni Tmait).

Au début de la colonisation française et durant la guerre qui opposa l’Émir Abdelkader aux troupes françaises, les Bettioua durent quitter leur ville et se réfugier temporairement près de Mostaganem et notamment à Mazagran où ils étaient à l'origine installés. La plupart de leurs descendants vivaient encore au XIXe siècle sur les ruines de la cité romaine. Plus tard, les autorités françaises par l'ordonnance des 4 et 31 décembre 1846 crée le centre de population de Saint-Leu en lieu et place de Vieil Arzew qui sera érigé en commune de plein exercice en 1873. En effet, un centre de population européen est fondé en 1846 à quelque distance de la tribu des Bettioua sous le nom de Saint-Leu, le nom d'Arzew ne désignant plus alors que le port à quelques kilomètres au nord-ouest. Ce centre est compris parmi les colonies agricoles aménagées en 1848 dans le cadre du décret de l'assemblée nationale du 19 septembre 1848. Il est érigé en commune de plein exercice en 1873, la commune englobant la tribu des Bettioua et le site de Portus Magnus

La commune de Bethioua, du fait de son histoire, possède un important patrimoine archéologique représenté par le site de Portus Magnus. Le site du "vieil Arzew" ne fut identifié comme étant Portus Magnus qu'à partir de 1858 par Berbrugger, après la découverte d'un document épigraphique mentionnant son nom abrégé. Le site archéologique "Portus Magnus" renferme de nombreux vestiges et monuments, un port qui, malgré les aléas du temps et l’œuvre destructrice de certains citoyens, suscite encore la curiosité et autres interrogations tant il est vrai qu’il renferme des trésors d’histoires ensevelis sous les pierres et autres inscriptions latines nécessitant des fouilles archéologiques. Sa muraille et son forum surtout renseignent sur le rôle qu’il a joué, comme l’attestent des écrits qui lui présentent comme capitale régionale, à l’époque de la Maurétanie césarienne. Il faut donc entamer, en urgence, une véritable politique de préservation de ce site, qui renferme des mémoires centenaires. Il est à constater que ce patrimoine architectural authentique, étant laissé à l'abandon, connaît une dégradation avancée en raison également du comportement de certains citoyens, qui ignorent la valeur inestimable de ce site. Il est à dénoncer la dégradation de ce lieu touristique et historique qui est intimement liée à celle du Maghreb, depuis l’époque berbère jusqu’à l’avènement de l’Islam et enfin la période ottomane. Il faut surtout sensibiliser la génération nouvelle sur l’histoire de cette cité antique.

Mohamed Benotman

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