"Aghmis u meslub" de Debza, ou le retour au pur théâtre katébien

"Aghmis u meslub" de Debza, ou le retour au pur théâtre katébien

C’est le retour tant attendu de la troupe Debza qui retrouve enfin les planches du théâtre après plusieurs décennies d’absence, "Aghmis u meslub" tel est le titre de la pièce que la troupe a présenté à l’occasion de cette 8e édition du festival national du théâtre amazigh de Batna.

Il s’agit d’une adaptation du texte de Nicolas Gogol "Journal d’un fou", mise en scène par Salim Bensedira et interprété par Merzouk Hamiane.

C’est l’histoire d’un fonctionnaire qui vit avec l’obsession du déclassement et qui tient un journal intime dans lequel il consigne ses sentiments à l’égard de la fille de son patron. Méprisé et rejeté par cette dernière, l’homme sombre peu à peu dans la folie.

Dans son délire, il ira jusqu’à parler la langue des chiens, oui, non seulement il parle cette étrange langue mais il l’a lis également, parce qu’un jour il réussit à intercepter les billets doux échangés entre la chienne de la fille du directeur et le chien du forgeron du village !

Sur la scène, au milieu d’un décor minimaliste formée d’un lit, d’un portemanteau et d’un bureau, Merzouk Hamiane déploie son art et une admirable énergie tout au long de l’heure et demi qu’a duré la pièce pour peindre toute la laideur de la bureaucratie algérienne. Le comédien a du savoir dans les tripes. Il joue avec une force indémentable.

Au contraire du fou de Gogol qui se croit le Roi de l’Espagne, celui de Debza est "l’Aglid n Ljoumhouria Albirouqratia" (roi de la république bureaucratique).

N’hésitant pas à changer les vêtements de ses personnages devant les spectateurs, Marzouk Hamiane arrive à nous embarquer dans les méandres de la folie de ce personnage aux prises avec ses démons et la peur du licenciement, qui, pour échapper à son misérable destin, se refugie dans un monde imaginaire.

"Aghmis umeslub" est finalement l’histoire d’un homme qui se cache derrière sa folie pour pourfendre les travers de la société dans laquelle il vit.

Diction parfaite, faisant respirer les silences du texte, Marzouk Hamiane accomplit ici une performance physique et théâtrale de première importance.

Durant la discussion qui a suivie la représentation, Merzouk Hamiane dira que la troupe Debza n’est pas venue à Batna pour les prix : "Si le jury nous donne un prix, nous le remettrons à un acteur amateur". Une attitude qui résume, à elle seule, l’esprit Debza qui est aujourd’hui, plus qu’une troupe de théâtre et de chanson, mais une école de l’Art et de la révolte en marche.

Jugurtha Hanachi

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