Offense à la vie

Mohamed Tamalt.
Mohamed Tamalt.

Un journaliste algérien emprisonné est décédé suite à sa grève de la faim alors qu’il protestait contre sa condamnation à deux ans de privation de liberté. Une peine infligée pour offense à l’image du président de la République. Au lendemain du satisfecit prononcé par le diplomate de renommée mondiale, Lakhdar Brahimi, appréciant l’évolution des droits de l’homme dans le pays, la mort d’un «détenu d’opinion» vient contredire la propagande.

Parce qu’on pourra raconter ce qu’on veut dans les rédactions caporalisées, le jeune Tamalt a payé de sa vie ses idées irrévérencieuses à l’égard du président, des opinions qu’il a peut-être exprimées avec trop de fiel mais qui ne justifient pas le sort que la justice lui a réservé.

Mort idiote, mort cruelle. Une amende, une réparation financière pour diffamation, une condamnation au dinar symbolique, le juge aurait pu faire valoir le droit sans les excès auxquels conduisent le zèle et l’esprit vindicatif d’un appareil judicaire contre un pauvre individu. Décision de justice ou abus de pouvoir, le peuple souverain au nom duquel les jugements sont rendus ne peut pas approuver la main trop lourde de magistrats contre la plume de citoyens opposants au régime.

Offense à la citoyenneté, offense à la liberté, offense à la vie. Les détails ayant trait à la dégradation de l’état de santé du défunt n’expliquent rien. Son refus de s’alimenter étant la conséquence et non pas la cause de la tragédie. Cette bavure de trop nourrit un sentiment de colère et de honte chez les Algériens qui lisent les innombrables commentaires de désapprobation d’étrangers sur les réseaux sociaux.

Compassion sincère ou récupération politicienne des ennemis traditionnels de l’Algérie, la critique n’en demeure pas moins fondée sur une réalité : la régression de l’Etat de droit dès que le pouvoir est contrarié. Journalistes, militants politiques, artistes, hommes d’affaires, ministres ou chômeur, l’Algérien qui ose heurter les "princes" s’expose non pas à l’application de la loi mais à la vengeance.

C’est contre cette règle politique pire que celle du Talion que nous devons nous insurger en déclarant tous notre indignation, quels que soient nos désaccords avec les propos ou les convictions politiques et idéologiques de feu Mohamed Talmat. Non à l’omerta, non à l’enfermement des opposants pacifiques ! Que notre compatriote repose en paix. Condoléances les plus attristées à tous ses proches.

Nordine Mzalla, journaliste offensé

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Commentaires (2) | Réagir ?

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Xan Berri

Ce serait quand même le comble d’apprendre qu'ils aient essayé de réguler son diabète avec du RHB de Toufik Zaibet, ils en auraient été capable.

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Hend Uqaci Ivarwaqène

Il a deux endroits où il ne faut aller en Algérie: les prisons et les hôpitaux... et les autoroutes... et partout ailleurs, hassoun !