Le président Erdogan veut un référendum pour s'arroger les pleins pouvoirs

Erdogan se veut le nouveau sultan de la Turquie.
Erdogan se veut le nouveau sultan de la Turquie.

Recep Tayyip Erdogan, président, veut désormais les pleins pouvoirs et surtout s’affranchir des mandats pour se maintenir au pouvoir jusqu’en 2029.

Le dirigeant turc se voit en hyperprésident avec des pouvoirs sans précédents. L'AKP au pouvoir en Turquie a soumis samedi 10 décembre au Parlement une réforme de la Constitution qui vise à instaurer le régime présidentiel voulu par le chef de l'État, Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier souhaite organiser un référendum au printemps prochain, après un vote parlementaire pour lequel il attend le soutien des nationalistes.

Si la réforme qu’il souhaite est adoptée en l'état, Recep Tayyip Erdogan obtiendra ce qu'il réclame depuis plus de deux ans, depuis qu'il est devenu le premier chef de l'État turc élu au suffrage universel. A savoir : un président fort, à la tête d'un exécutif sans Premier ministre, maintenant ses liens avec son parti, nommant lui-même les ministres, émettant des décrets. La réforme devrait entrer en vigueur en 2019, l'année de la fin du mandat d'Erdogan. Elle est censée surtout lui permettre de se représenter à la présidentielle, puisque mandat actuel ne sera pris en compte.

Autre nouveauté : la responsabilité pénale du président pourra être engagée à l'issue de plusieurs étapes, dont la dernière - l'envoi devant la Haute Cour - requerra l'aval des deux-tiers des députés, dont le nombre passerait de 550 à 600.

Ces mesures, et quelques autres, sont le résultat de deux mois de tractations entre l'AKP, et les nationalistes du MHP- soutien indispensable pour adopter le texte.

Celui-ci va maintenant suivre la procédure parlementaire, mais ne sera pas discuté tout de suite, les élus étant accaparés par les débats sur le budget. L'AKP table sur une adoption en séance début 2017, pour un vote populaire organisé avant l'été. Si le "oui" l'emporte, les changements n'interviendront pas avant novembre 2019, date de la prochaine élection présidentielle.

Résistance des principaux partis d'opposition

"C'est la fin de l'ère des coalitions, le début d'une ère de pouvoir politique fort et de stabilité". C'est ainsi que le Premier ministre Binali Yildirim a commenté la réforme constitutionnelle qui aura pour principal effet, si elle est adoptée, de supprimer son poste, celui de Premier ministre. Cette révision fait du président le chef de l'exécutif, une figure partisane, aux pouvoirs renforcés.

L'AKP peut compter sur le soutien des députés nationalistes pour adopter le texte, mais il va devoir affronter la résistance des principaux partis d'opposition - le CHP social-démocrate et le HDP pro-kurde. "Nous lutterons contre ce projet qui abolit 140 ans de tradition parlementaire", a réagi Levent Gök, chef du groupe CHP. Tandis qu'Ayhan Bilgen, porte-parole du parti pro-kurde - dont dix députés sont en prison depuis début novembre - a ironisé sur le fait que la réforme comportait un "manque" : celui de ne pas indiquer «comment le sultanat se transmettra de père en fils".

Avec RFI.

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