La mort de Bouteflika plongerait l’Algérie dans le chaos !

Le président risque de léguer un pays instable en proie à d'impitoyables luttes de succession
Le président risque de léguer un pays instable en proie à d'impitoyables luttes de succession

La disparition d'Abdelaziz Bouteflika pourrait causer une guerre civile en Algérie. C’est ce que soutient le très sérieux magazine politique anglais Pro-conservateur "The Spectator" (*).

La succession du président octogénaire n’étant pas tranchée. La lutte pour le pouvoir ferait rage. La situation est telle qu’après 17 ans de règne sans partage, d’affaiblissement d’institutions et de compromissions avec les islamistes, le décès du président risquerait de plonger le pays dans un véritable chaos. "Une guerre encore plus sanglante que celle qu’avait connue l’Algérie durant les années 1990, qui avait causé la mort de plus de 150 000 personnes" pouvait-on lire dans l’article de Stephen Pollard (**).

L’éternel danger islamiste

Il y a une évidence : les islamistes se sont refaits une virginité sous l'ère Bouteflika. Le danger pour cet analyste politique qui signe régulièrement des papiers pour The Time et Daily Mail, viendrait surtout des islamistes, qui selon lui, ont infesté les rouages de l’Etat. Avec l'aide de certains segments du pouvoir, ils se prépareraient à s’emparer du pouvoir qui leur "reviendrait légitimement après l’arrêt du processus électoral en 1992". Rien que ça ! Ce constat n’est pas loin de la réalité, tant l’intégrisme, favorisé par Bouteflika, a réussi à se replacer subtilement dans l’espace publique, contrôlant et moralisant le quotidien des Algériens. "L’emprise est telle que 70% des femmes dans le pays sont voilées, et plus de 90% hors des villes", constate l’auteur de l’article, avant d’ajouter que "les programmes scolaires ont été particulièrement ciblés, et les cours d’éducation islamiques sont assurés sur l’ensemble du cursus scolaire". La grande mosquée d’Alger à un milliard d'euros est un autre signe d’allégeance envers la mouvance islamiste, considérait-il.

Si on analyse froidement ces propos, on peut aisément reconnaître une grande part de vérité dans la lecture de la situation politique algérienne. On peut même ajouter que la tactique islamiste consiste actuellement à investir des secteurs, épargnés jusque-là par les affres théocratiques tels que les médias de masses audiovisuels ou écrits. Des chaînes de télévision et des journaux, aux financements occultes, se permettant des couvertures de proximité, nécessitant des moyens humains et matériels colossaux, offrent en continue, des tribunes de choix à des prédicateurs douteux, afin d’initier le peuple à leur doctrine obsurantiste, voire djihadiste. L’avertissement qu’a émis dernièrement l’ARAV (Autorité de régulation de l’audio-visuel) à l’encontre, entre autres, des chaînes Ennahar, El Bilad, et Echourouk, est en soit une preuve du pourrissement du quatrième pouvoir en Algérie par l’hydre islamiste. Pas seulement, il constitue l'autre bras idéologique du courant islamiste après avoir gangréner le secteur de l'Education nationale.

Aussi, la stratégie vise à fanatiser des régions du pays comme la Kabylie, que l’on pensait hermétiques aux discours dépravés des Wahhabites, en témoignent les larges offensives salafistes enregistrées ces dernières années. Des procédés qui passent toujours par les femmes, les ciblant par des campagnes de "voilement", ouvrant même des boutiques qui offrent gracieusement hidjab et niqab. L'inquiétante pénétration de cette région par les courants salafistes ces dernières années, encouragée par l'école et le pouvoir en est la meilleure preuve. Comme si cela ne suffisait pas, le pouvoir a redoublé des campagnes d’arabisation sous couvert de l’éradication de l’analphabétisme, pour distiller un discours fanatisant aux populations de ces régions reculées. Le décor est planté. Il faut annihiler les résistances, expressions qui échappent au courant islamo-baathiste. En cela, comme en d'autres, les islamistes sont en phase avec le clan au pouvoir.

Personne ne se doute de rien en Algérie !

Pour l’éditorialiste Stephan Polland, les services de renseignements de plusieurs pays européens s’attendent à ce que l’Algérie implose, mais personne en Algérie ne semble voir venir le désastre. Il prédit, s’appuyant sur des analystes, que des millions d’Algériens tenteront de fuir le pays. "Une guerre civile algérienne va générer un grand nombre de réfugiés. Un analyste m’a confié qu’il estime le nombre de 10 à 15 millions d'Algériens qui vont essayer de fuir". Ce qui va avoir un impact sans précédent sur la stabilité de la région, l’Europe et particulièrement la France. "Considérant l'histoire de l’Algérie, ils s’attendraient à être secourus par une seule nation : La France". Avant de lier le sort politique de celle-ci, a cette hypothétique tragédie algérienne, prédisant une sortie de la France de l’UE (le Franxit) et l’avènement de Marine Le Pen au pouvoir.

Un scénario qui minimise l’influence des militaires

Ce qu’on peut reprocher à cette analyse c’est sa minimisation du rôle de l’armée algérienne. Car même si les islamistes sont depuis toujours en embuscade (encore plus depuis l’amnistie que Bouteflika leur a accordée), l’article ne fait absolument aucune allusion au puissant pouvoir militaire du pays.

Mais même en faisant intervenir cette variable dans la grande équation inconnue de l’Algérie post-Bouteflika, les choses ne seraient pas meilleures. Les ambitions politiques à peine voilées du général Gaïd Salah, qui se heurtent à celles des puissants frères de Bouteflika vont dans le sens de l’analyse "apocalyptique" du magazine bihebdomadaire "The Spectator".

Une lutte qui a fait réagir la grande muette à travers un numéro de novembre 2016 de sa revue d’El Djeïch, pour rassurer le clan présidentiel quant à d’hypothétiques ambitions politiques. "Dans un passé très proche, certaines voix, mues par des intérêts étroits et des calculs personnels, s’étaient élevées, pour appeler ouvertement l’Armée nationale populaire à violer la Constitution et la loi afin qu’elles puissent réaliser ce qu’elles n’avaient pu obtenir par des voies constitutionnelles, légales et démocratiques", pouvait-on lire notamment. Ce genre de discours ne dupe personne. Bien au contraire, il vient confirmer, à son corps défendant, ces luttes intestines dans les hautes sphères du pouvoir que plusieurs sources et rapports observent et avancent.

Il y a quelques semaines, l’American Entreprise Institute, classait l’Algérie comme le troisième pays le plus à risque d’instabilité dans le futur proche.

L’étude précisait que plusieurs indicateurs étaient annonciateurs de périodes troubles, parmi lesquels la menace qui pèse sur le Sud algérien "qui représente un refuge pour le groupe terroriste armé AQMI", l’instabilité politique du pays et les problèmes de "succession non réglés à la tête de l’Etat". L’AEI prédisait également une insurrection des islamistes «afin de mettre la main sur un pouvoir dont ils réclament la légitimité."

Hebib Khalil

Renvoi :

(*) L’article du The Spectator : How Algeria could destroy the EU

The Spectator est un magazine politique hebdomadaire britannique, créé en 1828. De tendance conservatrice. Il revendique le titre du plus ancien magazine en langue anglaise publié sans interruption. La tradition veut que diriger la rédaction du Spectator permette d'accéder à un poste élevé dans la hiérarchie du Parti conservateur

(**) Profil Wikepedia de Stephen Pollard.

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Commentaires (10) | Réagir ?

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Mourad BENKALFATE

Il n'en sera rien.

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Hend Uqaci Ivarwaqène

On en est encore à traire des bœufs, Ya boureb !

Quels ignares ! Comment plonger quand on coule ?

Décidément, même si on a vu ce que valent les prévisions de ces grandes institutions, on retombe dans la même crédulité dès qu’ils crient au loup.

N’importe quel algérien sait que ce n’est pas Boutef qui tient les rênes même si on le laisse croire que c’est lui qui conduit.

Croire que la mort de Boutef changera quoi que ce soit alors qu’il a été pêché comme d’autres c’est méconnaitre les capacités de l’usine à fabriquer des présidents chez nous.

La mort de Boutef ne changera rien car le fait que nous coulons ne date pas de son règne. Avec ou sans lui, nous continuerons notre descente bi idni allah.

Et si nous n’avons pas encore atteint le fond c’est juste parce que celui-ci s’éloigne quand il nous voit arriver.

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