Georges Corm revisite l’origine des échecs du courant arabo-baathiste

Georges Corm.
Georges Corm.

Georges Corm vient de publier chez la Découverte «Pensée et politique dans le monde arabe», un ouvrage impressionnant qui englobe deux siècles de pensées et luttes politiques dans le monde arabe.

L’auteur avertit que ce livre est "écrit durant la douloureuse période –loin d’être achevée - du désenchantement quant au résultat de la grande vague révolutionnaire arabe". Sur plus de 400 pages, Georges Corm s’est employé à mettre en lumière "la riche pensée arabe", avance-t-il, "largement masquée et marginalisée dans la production académique et les médias". Aussi, en fin connaisseur, il rappelle quelques grandes figures de ce courant panarabiste. Et s’inscrit en faux contre ceux comme François Burgat, qui estime que la "réislamisation des sociétés arabes ne serait qu’une réaction somme toute légitime à la modernité européenne qui aurait violé depuis deux siècles la personnalité "arabo-musulmane"". Le colonisateur parti, les élites gouvernantes arabe qui lui ont succédé n’auraient fait que continuer l’œuvre de dépersonnalisation de leurs peuples à travers des dictatures dites nationalistes et laïques, considérées comme responsables exclusives des malheurs actuels du monde arabe et des violences qui le déchirent". Voilà le décor est planté.

Georges Corm voit en l’émergence de la référence islamique l’un des raisons capitales du déclin de la pensée arabe. Il parle de l’émergence de la pensée islamisante "antinationale". Avec notamment l’imposition du courant islamiste encouragé par l’Arabie saoudite au sein de l’espace géographique. "L’antinationalisme arabe de nature islamique va se développer à partir de la seconde moitié du XXe siècle dans le contexte qui n’est plus celui du colonialisme européen en plein dépérissement mais celui de la guerre froide et des dictatures arabes nationalistes et socialisantes qui dominent alors la scène arabe. Dans cette conjoncture est scellée une alliance qui dure jusqu’à aujourd’hui entre les Etats-Unis et les monarchies arabes dites conservatrices".

Le wahhabisme ne s’inscrit pas dans le courant réformiste islamique, observe l'historien et professeur d'universités. Aussi, Georges Corm insiste sur une mise en contexte de l’évolution du courant islamiste pour comprendre ses ressorts et la manière avec laquelle il a pris le dessus sur le courants arabo-baathiste. Il décortique sur de nombreux chapitres cet islam politique devenu le seul horizon indépassable pour les pays arabes et explique très justement que la lucarne islamique avec ses références est devenue la seule ouverture pour étudier et analyser les sociétés arabes. En s’imposant, l’islamisme a réussi à imposer son agenda socialo-politique à tout cet ensemble géographique.

Il y a une mise en pespective assez intéressante de la création de l'Etat d'Israël et la manne pétrolière en lien avec les errements des pouvoirs arabes. A eux deux, ils constituent deux éléments à ne pas négliger pour comprendre les alliances et les prétentions des régimes arabes.

Des grands penseurs qui auront marqué de leur empreinte moderniste la pensée arabo-ilsamique l'auteur Mohamed Arkoun et écrit : Mohamed Arkoun "a légué une oeuvre considérable visant à rétablir une "raison islamique" adaptée aux temps modernes en lieu et place de celle qui s'obstine à rester enfermée dans un passé régidifié". Georges Corm identifie six facteurs historiques contemporains qui ont présidé à la déunion arabe. Il pointe l'inexpérience des dirigeants arabes lors de l'effondrement du l'empire ottoman, la balkanisation de la société arabe, la guerre froide dont le Moyen-Orient est l'un des épicentres, observe-t-il, l'hégémonie américaine et son remodelage de cette région, l'émergence de l'Etat d'Israël et sa puissance militaire. Le sixième facteur, conclut l'auteur est "le bouleversement culturel, social et politique provoqué par l'immense pouvoir financier acquis par les grandes familles de souche bédouine dans la péninsule arabique régnant sur des ressources pétrolières géantes"

Hamid Arab

Georges Corm, "Pensée et politique dans le monde arabe – Contextes historiques et problématiques XIXe –XXe siècles" aux éditions La Découverte.

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Commentaires (2) | Réagir ?

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klouzazna klouzazna

L'effet des colonisations militaires et de peuplement sur les populations locales a été dévastateur... Quoi attendre de bon d'une colonisation des terres... mais aussi des esprits des enfants de ces terres !!! des identitiés déracinés et des esprits déboussoulés !!!

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Hend Uqaci Ivarwaqène

Chut ! si vous m’avez reconnu.

En direct de la Maison de la chimie à Paris. 20h 30

Je suis habillé, comme Qaci N’les Zoizos, et je slalome à travers les tables garnies de champagne. Les amis de Fillon sont très gentils avec moi. Pour l’instant les résultats sont plus qu’encourageants.

Le champagne coule à flots je n’aurais aucun problème à noyer mon chagrin.

Ardjaw quand j’aurais bien bu je vous enverrai mes impressions.