Le populisme, architecte des murs de la haine

Donald Trump, 45e président des USA et populiste à souhait.
Donald Trump, 45e président des USA et populiste à souhait.

La politique tombe bien bas dans la planète des populistes quand ils veulent résoudre les problèmes en s’appuyant sur la haine et le mensonge. Il faut dire qu’ils ont oublié la noblesse de la politique qui est selon Aristote l’art suprême.

Oui, ils ont oublié que l’homme est un animal politique et leur idéologie fait régresser l’humanité vers les bas-fonds des temps immémoriaux, quand l’Homme vivait dans une jungle où le concept de "POLITIQUE" n’était pas encore inventé. Construire des murs n’est-ce pas un paradoxe de la part de ces idéologues qui, hier encore, chantaient que la circulation des hommes et des marchandises, c'est-à-dire le commerce et les salariés, sont nécessaires au développement économique. Alors que la mondialisation et Internet abolissent les frontières mêmes "invisibles", voici que la folie furieuse de ces populistes leur fait construire des murailles pour empêcher, non pas les marchandises mais les hommes et les femmes de circuler. Ils ne sont pas évidemment fous au point d’entraver l’import/export des marchandises, lesquelles marchandises se transforment on le sait en monnaie sonnante et trébuchante.

Quant à la circulation des hommes et des femmes, c’est une autre histoire car ces derniers ne sont pas des objets que l’on échange mais des sujets libres depuis que l’esclavage et le servage ont été abolis. Il faut donc essayer de comprendre le revirement d’un système qui choisit le repli sur soi plutôt que l’ouverture vers le monde. Et ce revirement trahit son incapacité à gérer des crises aigues. Aujourd’hui la dynamique engendrée par la mondialisation lui échappe et de nouveaux acteurs se sont invités sur le champ de bataille, acteurs qu’il ne peut plus faire taire avec la politique de la canonnière d’antan. Il n’est pas inutile de s’attarder sur le populisme qui déferle dans les pays riches pour saisir la nature profonde de la crise qui les secoue et les tentatives parfois désespérées pour surmonter la crise en question.

C’est pourquoi le cas de l’élection de Trump est plein d’enseignements car il concerne le pays le plus puissant qui se targue d’avoir accouché de la première et grande constitution moderne qui fait la fierté des Américains. Des articles pertinents, certes avec un peu en retard, ont été écrits dans la presse(*) expliquant les raisons objectives et subjectives qui ont incité les Américains à élire Trump. La violence et la vulgarité de la campagne électorale sont une sorte de cache-sexe pour masquer la nature et l’importance des enjeux qui se confrontent sur la scène nationale américaine et dans le monde. Ces enjeux sont tels et la crise mondiale si aigue que d’aucuns pensent à la crise de 1929 qui a "accouché" plus tard d’un certain caporal dans l’Allemagne des années 1930. Comparaison n’est pas raison certes, mais on ne peut s’empêcher de faire un lien entre les chocs provoqués par la mondialisation à l’intérieur des pays et entre les pays qui se livrent une compétition féroce pour ne pas devenir des vassaux de grands espaces économiques. Les tensions qui existent dans l’Union européenne (Brexit), la menace de Trump de ne plus être lié par les accords à l’intérieur de l’espace des pays du Pacifique, le désir et l’objectif des pays du BRICS de ne plus utiliser le dollar dans leurs échanges, sont les indices de cette féroce et dangereuse compétition.

Comme les USA donnent le tempo en matière de modèle et de puissance économiques, il est intéressant de saisir la politique qu’ils pratiquent pour maintenir leur hégémonie et leur tentation isolationniste.

Pourquoi donc le recours à un populisme qui n’est pas "digne" de leur démocratie tant vantée ? Il faut croire que les bases militaires éparpillées dans le monde, la suprématie du dollar dans les échanges ne suffisent plus à maintenir l’hégémonie en question. Donald Trump, hier inconnu dans son propre parti, a battu les stars du Parti républicain dans les primaires et s’est payé le luxe de se faire élire contre la volonté des "dinosaures" de ce parti. Il doit bien y avoir des raisons pour rameuter derrière lui des forces qui l’ont hissé au sommet de l’Etat américain.

Petit et bref détour par l’histoire du parti républicain pour cerner les ressors de la mission de la restauration de la grandeur de l’Amérique claironnée par Trump. Une mission revenue à un homme qui n’a jamais fait de politique mais un homme d’affaire plutôt prospère. Le "great old party" donc, le vieux parti républicain a un passé glorieux symbolisé par le premier et grand président républicain, Abraham Lincoln, vainqueur de la guerre de Sécession. C’est donc le Parti républicain qui bénéficia de la victoire contre les Sudistes esclavagistes. Grosso modo, cette guerre a opposé le Nord industriel qui avait besoin de la main-d’œuvre contre le Sud agricole et esclavagiste qui voulait garder dans les plantations de coton "ses" Noirs taillables et corvéables à souhait. Pour aller vite, on retiendra que le Parti républicain a représenté et représente encore la grande industrie métallurgique et pétrolière (la famille Bush a fait sa fortune dans le pétrole), industrie qui est aujourd’hui "malmenée" par la financiarisation de l’économie(**). Les partisans de celle-ci n’ont rien à cirer du "patriotisme économique" protégeant une industrie nationale qu’ils préfèrent déménager là où le taux de profit est maximum. Cette nouvelle économie est représentée par Wall Street (les échanges boursiers à la vitesse de la lumière) et la Sillycon-Valley (Google, Apple et tutti quanti de l’économie numérique) qui soit dit en passant, ont tous voté pour Hilary Clinton. On comprend dès lors pourquoi Donald Trump le républicain veut rapatrier les usines "chez lui" et pourquoi la première mesure qu’il a annoncé est la dénonciation du traité de commerce des pays du Pacifique, ses bêtes noires et notamment la Chine qui inonde l’Amérique de ses produits et qui possède un portefeuille de Bons de Trésor américain qui peut mettre à genoux les USA si jamais la Chine venait à demander leur remboursement. "Rapatrier" les usines, ne pas se laisser enfermer dans des accords internationaux, Trump vise évidemment à rétablir la puissance industrielle du pays. Trump d’une pierre fait deux coups, il "sauve" "son industrie" et récupère la base électorale des classes moyennes mais aussi ouvrières qui disparaissaient peu à peu au milieu des ruines d’usines (les images des films vues à la télé sur Détroit capitale mondiale de l’automobile sont impressionnantes).

Voyons à présent ses objectifs sur le plan international. Trump veut restaurer un certain rapport de force qui lui permette à la fois de garder la place de premier de la classe sur la scène internationale car celle-ci favorise ses objectifs de politique intérieure.

La Russie, face à cette grande puissance, il ne peut pas fanfaronner. Les pressions exercées par Barack Obama et l’Europe n’ont pas impressionné ce pays. Ce sont les USA qui ont besoin de la Russie dans le guêpier Irak/Syrie. De plus, la Russie n’embête pas les USA sur le plan économique puisqu’elle n’écoule pas beaucoup de produits sur le marché américain.

Avec la Chine, c’est tout le contraire. Ce pays a deux atouts qui peuvent faire mal aux USA. Les produits chinois sont de redoutables et concurrents sur le marché américain. Rappelons la masse énorme des Bons de trésor américain détenus par le trésor chinois. Sur les bords du Pacifique, la Chine est vécue comme une menace pour les alliées de l’Amérique (Australie, Japon, Taïwan). D’une façon générale, les USA n’apprécient pas la conduite de la Chine dans le Pacifique à la recherche de la moindre petite île qui renferme du pétrole. Avec la Chine donc, Trump à la différence de Nixon, aura besoin d’autres choses qu’un match de ping-pong(***) pour affronter ce pays devenu la deuxième économie mondiale.

Avec l’Arabie saoudite, Trump, quelque peu méprisant avec ce pays dont la sécurité dépend des USA, sera intraitable car l’Arabie a ruiné l’industrie pétrolière du gaz de schiste américaine en décidant de baisser le prix du pétrole. Politique de l’Arabie saoudite qui visait à mettre à genoux la Russie qui l’empêche de concrétiser ses fantasmes en Syrie et l’Iran qui lui donne des insomnies. Pour sauver son industrie du pétrole, Trump vient d’annoncer de gigantesques investissements dans les régions de gaz de schiste et tant pis pour l’écologie qui ne doit pas être sa tasse de thé.

Avec l’Iran qui a signé un accord international sur le nucléaire qui engage les Etats-Unis, Trump a dit son hostilité sans trop s’étaler sur le contentieux avec ce pays. Un motif qui ne doit être absent de son opposition à ce traité, c’est cette sorte d’allégeance à Israël propre à toute la classe politique américaine. Son amitié avec Netanyahou, américain de naissance et si on ajoute l’entourage du président qui va occuper la Maison-Blanche, composé de fervents défenseurs et de fidèles amis d’Israël, il ne faut sortir de West Point (la prestigieuse école militaire américaine) pour évaluer le poids de cette allégeance à l’égard d’Israël.

Inutile d’égrener la liste des pays avec qui l’Amérique de Trump doit réévaluer sa politique. Il faut avoir en tête qu’elle n’a plus les moyens de faire le gendarme partout dans le monde. Trump va identifier avec précision avec qui il va utiliser le bâton ou la carotte pour se faire entendre. On verra son comportement à l’œuvre quand il sera face à la Russie, la Chine, l’Iran, l’Europe. Quant à la Palestine, dans sa tragique et haute solitude, elle va faire les frais du soutien illimité qu’il promet à Israël comme par exemple le déménagement de l’ambassade US de Tel Aviv à el Qods (Jérusalem).

La vague de populisme que l’on constate est un symptôme visible et agressif d’un phénomène engendré par une crise devenue si aigue qu’on ne peut la ‘’résoudre’’ avec les recettes habituelles, pensent "nos" populistes. La tâche est d’autant difficile que le système qui a produit la thèse fumeuse de la fin de l’histoire (sous entendue l’histoire s’arrête avec le capitalisme) empêche ses idéologues d’imaginer et de pondre d’autres solutions. Il ne reste selon eux que le traitement de cheval pour sortir les crises dites cycliques qui seraient "normales" dans pareil système économique. Et pour faire avaler la pilule de ce genre de traitement, on jette des os à ronger aux classes populaires. On fait appel aux préjugés, au racisme et on stigmatise l’étranger car il est plus facile de mettre sur le dos de ce paria, ce bouc émissaire, cette tête de Turc, tous les malheurs du monde. Les puissants de ce monde ne veulent surtout pas entendre parler de l’exploitation des hommes et des peuples, de la concurrence sauvage propre à l’économie de marché, bref il leur plait de détourner les regards pour faire oublier la nature des contradictions de chaque époque historique qui sont à l’origine des crises. Il faut dire que la ‘’mystérieuse’’ dialectique de l’histoire leur passe par-dessus la tête, au mieux elle est une simple théorie qui amuse les étudiants à l’université, théorie vite oubliée quand les mêmes étudiants devenus adultes retrouveront le sens du ‘’réalisme’’ et des affaires…. On se rassure comme on peut.

Ali Akika, cinéaste

Renvois

* La quasi-totalité des médias en Occident n’ont pas vu venir la victoire de Trump pas plus que celle de Fillon. Ils ont essayé de rattraper leur aveuglement en ouvrant les colonnes à des spécialistes à qui auparavant on leur refusait la parole. On comprend pourquoi cette presse est détrônée par les réseaux sociaux qui eux n’obéissent pas aux propriétaires de presse et ni aux recettes de la publicité etc….

** Il est évident qu’il n’y pas de frontières étanches entre l’économie ‘’classique’’ et la ‘’financiarisation’’. Il y a des ponts entre elles et l’existence des lobbys surtout aux USA fait partie du jeu d’un système pour spéculer ou bien pour être au premier pour sentir les bonnes affaires.

*** Pour renouer avec la Chine, Nixon avait été précédé par une équipe de ping-pong pour disputer un match avec une équipe chinoise. Ce geste amical voulait symboliser une confrontation pacifique en pleine guerre du Viêt-Nam. Nixon avait besoin de la Chine pour favoriser les négociations de paix avec le Viêt-Nam.

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Commentaires (1) | Réagir ?

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klouzazna klouzazna

C'est le grand zéle des laxistes qui fait le lit de l'anarchie qui pousse les sociétés à chercher un peu d'ordre du coté opposé... chez les radicaux !!! l'élection de Trump n'est qu'une sanction de la ploutocratie qui s'alterne au pouvoir sans rien changer au destin de leurs citoyens !!! qui se ruinent de plus en plus...