Abdelkader Haddouche : "La 5e colonne et le "parti de la France" sont l’obsession de certains politicards"

Abdelkader Haddouche
Abdelkader Haddouche

Abdelkader Haddouche est député FLN de l'émigration. Il est par ailleurs président de l'Union des universitaires algériens et franco-algériens (Ufac), association organisatrice de dialogues des cultures et civilisations, une rencontre régulière prévue samedi 12 novembre à Marseille. Voir plus bas.

Le Matindz : La 4e édition du dialogue des cultures et des civilisations à Marseille s’affranchit des thèmes de la mémoire pour lancer les débats sur des questions d’actualité. Pourquoi ce changement ?

Abdelkader Haddouche : En effet, ce colloque était prévu à l'occasion de la dixième édition des commémorations du 17 Octobre 1961 et pour rappel l'Union des universitaires algériens et franco-algériens (Ufac) que je préside est l'un des initiateurs de ces commémorations ces dix dernières années au niveau de l'hexagone. Mais toujours avec un esprit serein et apaisé dans un souci d’honorer la mémoire des femmes et des hommes valeureux qui ont mené un combat légitime et courageux pour une cause juste et noble afin d'affirmer le choix du peuple algérien pour la liberté, pour l'indépendance et pour la souveraineté sur son territoire et contre l’oppression, le mépris et l’indigénat exercée et imposée par la colonisation.

Notre engagement consiste à sensibiliser la société civile et la classe politique de la nécessité de l’écriture de manière objective l’Histoire commune entre l'Algérie et la France même si celle-ci est trop douloureuse pour le peuple algérien. C'est-à-dire, laisser les historiens historiciser l'Histoire et transcrire la mémoire loin de la manipulation des politiques et de l’instrumentalisation des États. Ça permettra sans doute de panser les blessures, de réconcilier les États et rapprocher les deux peuples algérien et français. Et notre combat d'aujourd’hui a comme objectif principal le rapprochement, la réconciliation et l'amitié algéro-française.

Cela étant dit, en plus qu'il faut éviter la redondance je ne pense pas qu'il y a contradiction entre la commémoration ou la célébration d'un événement historique tout en abordant des questions d'actualité qui sont pour nous d'une grande importance. Car, notre but est d'apaiser les esprits et le climat de tension entre les deux rives de la Méditerranée et par extension entre Occident et Orient. Car on constate de plus en plus qu'il y ait beaucoup d’amalgames entre religion et fanatisme, intolérance et violence. L’essentiel pour nous c'est d'apaiser de rapprocher mais aussi d'éteindre le feu que d'autres cherchent à provoquer par différents moyens.

Les relations entre l’Algérie et la France prennent une grande place dans les questions posées pourtant, le rôle de l’émigration est minoré au sein du gouvernement. Que pense le député que vous êtes ?

On part du principe que la relation entre l’Algérie et la France ne peut pas être banale et surtout ne doit pas l'être pour des raisons historique, culturelle, économique, politiques et géopolitique et stratégique. Je pense sincèrement qu'il y a besoin que la relation entre ces deux pays soit plus privilégiée pour asseoir un véritable partenariat d’exception.

A mon sens, l'axe Alger-Paris doit être davantage renforcé pour permettre une prospérité économique partagée qui ne peut être que bénéfique pour les uns et les autres mais aussi pour le bien et pour la stabilité sécuritaire politique de l'espace méditerranéen.

Quant au rôle que peut et doit jouer la diaspora pour l'essor et la modernisation du pays, il est primordial. Et le gouvernement ne doit pas et ne peut pas se passer de cette communauté qui est une force vive et une chance pour le pays et non pas l'inverse. Son implication est nécessaire pour que le pays puisse s'imposer comme un Etat moderne, émergent et pourquoi pas un modèle de puissance régionale dans l'espace méditerranéen.

Je n'ai pas besoin de rappeler où est né le mouvement national : Etoile nord-africaine et Fédération du FLN. La cinquième colonne et le «parti de la France» est l’obsession de certains politicards et combinards carriéristes en court d’arguments. Notre ennemi d'aujourd’hui et de demain c'est bien le sous-développement qui se caractérise par la médiocrité, l’incompétence, la corruption et l'insouciance. Et l'élan national citoyen est nécessaire pour pouvoir faire face aux nombreux défis économique, scientifique, écologique, démographie et de progrès.

Le débat sur la religion prend une grand part dans cette édition (un tiers du temps). N’y a-t-il pas là une volonté de remettre au centre la religion alors qu’il y a des problématiques très terre à terre auxquelles l’émigration attend des réponses ou des propositions? Que cela soit ici ou en Algérie.

Force est de constater que la religion est de plus en plus manipulée et instrumentalisée à outrance d'abord par des fanatiques extrémistes et ensuite par des politiques pour des motivations diverses. La religion ne doit pas être exploitée comme moyen de division entre les peuples et de fractionnement et de morcellement entre les communautés. Et à mon humble avis, ce n'est pas la religion qui pose problème mais plutôt certains comportements et quelques lectures rigoristes et littéralistes des textes sacrés qui sont problématiques. Cette interprétation émanant d'un courant plutôt archaïque et passéiste d'un côté et un discours fondé sur le choc entre les religions et entre les civilisations se nourrissent mutuellement. Ce qui alimente un processus générateur de dénigrement, de haine et de rejet.

Le fait religieux est une réalité culturelle et sociétale et semble avoir de plus en plus une importante influence sur la vie sociale et quotidienne des gens des deux côtés de la Méditerranée. Ceci m’amène à dire que nous devrons nous intéresser de manière objective et réaliste à ce fait et lui accorder de l’intérêt toujours de manière pondérée et rationnelle. Nous nous devons de donner des outils d’analyse moderne et claire pour aller de l’avant et nous départir des oripeaux des discours rétrogrades.

Vous remarquerez que la Méditerranée tient une place de choix dans les débats, il y a aussi les rapports algéro-français et en fin la corrélation entre Islam, République et laïcité. Des sujets d'actualité et sensibles notamment dans ces contextes électoraux caractérisés par différentes formes d'amalgame et de surenchères.

Pour ce qui est des intérêts de l'émigration, ça dépend des choix et d'une volonté politiques du gouvernement, de la capacité des parlementaires représentants cette dernière de s'imposer comme force de propositions et de réflexion et tout cela doit être renforcé par une prise de conscience et un accompagnement citoyen. Ce sont, pour ma part, trois conditions nécessaires pour une implication entière et positive de la diaspora dans le développement et le parachèvement de l'Etat national stable, prospère et moderne. Entant que de député de la majorité représentant des Algériens de l'hexagone, je n'ai pas le moindre complexe de dire et sans langue de bois qu'il y a encore beaucoup à faire en la matière.

L’assemblée nationale vient de voter une loi qui ferme la porte à des responsabilités importantes pour ceux qui sont détenteurs de double nationalité et ainsi la participation de l’émigration à l’édification de l’Algérie. Quelle est votre position sur cette loi ?

Les initiés connaisseurs et observateurs de la vie politique et parlementaire algérienne connaissent parfaitement ma position qui n'a pas changé d'un iota sur ce sujet assez délicat dans un paysage politique qui demeure à mon humble avis loin d'exprimer les aspirations des Algériennes et des Algériens. Je suis donc favorable pour ce qui est du poste de président de la république et chef de l'Etat. Pourquoi pas pour les responsabilités régaliennes mais pas pour le reste non je ne suis pas d'accord évidemment. C'est ma conviction profonde que j'exprime et que j'assume pleinement à hémicycle et en dehors de ce dernier.

Le gouvernement fait peu pour l’émigration. Nous avons tous le souvenir de ces longues chaînes aux consulats, ou l’annulation du projet de Maison de l’Algérie….

Ce n'est qu'un mauvais souvenir dans la plupart des Consulats algériens en France, ce problème est presque totalement réglé. La question des passeports biométriques est résolue à une moyenne statistique dépassant les 80% dans tout l'hexagone.

En effet, on se souvient tous de quelques scènes dans certaines de nos institutions consulaires qui n'étaient pas belles à voir même si les raisons sont à la fois endogènes et exogènes. Pour ne pas paraître comme nihiliste ou populiste mais plutôt raisonnable, juste et objectif, il faut rendre hommage aux employés dans certains consulats qui ont travaillé jusqu'à très tard dans la soirée, durant plusieurs week-ends et pendant les fêtes de fin d'année afin d'optimiser le processus de délivrance des passeports biométriques. De nouveaux sièges de consulats ont été inaugurés ces dernières années à Montpellier, à Toulouse, à Lyon, à Grenoble, à Paris et très récemment à Marseille. Il s'agit bien de beaux acquis pour notre communauté que nous devrons préserver.

Pour ce qui est des espaces culturels ou des Maisons de l'Algérie, droit constitutionnel des nationaux établis à l'étranger à l'accès à la propriété immobilière via la formule (logement participatif pour les non-résidents) et autres, j'en ai fait mon cheval de bataille mais la balle est dans le camp de l’exécutif même c'est le nouveau contexte économique et financier de notre pays me laisse penser que certains de ces projets seront encore repoussés.

Les députés de l’émigration sont peu visibles, on ne les entend pas assez sur des questions qui touchent la communauté qu’ils sont censés représentés. Comment expliquez-vous ce manque de proximité entre les élus et leur territoire ?

C'est un reproche qui revient assez souvent et c'est presque légitime. Mais ce n'est pas pour autant que l'on doit renoncer sur son engagement politique ou abdiquer sur son combat d'idées. Car ce combat est noble et nous avons je dirais le devoir de le mener comme il se doit c'est-à-dire dignement et courageusement. Pour le reste, il s'agit plutôt d'un problème qui dépend à la fois de l'étendue de la compétence territoriale ou plutôt de la circonscription électorale qui couvre pour ce qui me concerne l'équivalent de 59 départements français plus les moyens budgétaires et logistiques qui font défaut. Ce qui fait que chacun cherche à honorer son mandat parlementaire en essayant de faire la part des choses entre assister aux plénières et être en contact avec sa communauté via les différents supports de communication.

Entretien réalisé par Hamid Arab

L'Ufac vous convie à une conférence-débat sur le dialogue inter-méditerranéen et enjeux géopolitiques (4ème édition du Dialogue des Cultures et des Civilisations) qui se tiendra au:

CRDP, 31, boulevard d’Athènes 13001 Marseille (en bas du grand escalier de la gare Saint-Charles)

Samedi 12 novembre à 14 heures.

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Commentaires (1) | Réagir ?

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azrael cambyse

objectivement le fait religieux n'est pas tout à fait vécu de la même façon d'un coté et de l'autre de la méditerranée. Autant la France est devenue largement athée que l'Algérie construit son identité sur l'Islam. Autant dire que la méditerranée est devenue un gouffre entre deux peuples.