"Awal d Wawal", la nouvelle publication de Mohand Naït-Abdallah

Mohand Naït-Abdallah
Mohand Naït-Abdallah

Après un premier recueil de poésies «Adref» le sillon, sorti en 2013, le poète d'expression amazigh, Mohand Naït-Abdallah, vient de récidiver avec une deuxième publication : "Awal d Wawal" des mots et des paroles.

Pour Mohand Naït-Abdellah, être poète c'est avant tout assumer son Etre social dans toutes ses dimensions. Sa poésie et sa vie se confondent dans un même mouvement où le verbe et l'action se conjuguent pour agir, raconter, éveiller, témoigner, dénoncer et rendre hommage à ceux qui se battent pour construire un monde meilleur. Ces vers de Paul Eluard, dédiés à l'honneur des poètes de la résistance résument bien sa vision poétique :

- Je dis ce que je sais

- Ce que je suis

- Ce qui est vrai.

Ce leitmotiv de la poésie engagée est porté dans les poèmes de Mohand Naït-Abdellah en étendard, sans trop altérer les codes esthétiques d'une poésie qui se construit dans la recherche du beau, de l'harmonie et de la perfection. Etant déjà dans sa dimension naturelle une langue poétique, tamazight offre un instrument qui se prête idéalement pour ce genre de composition et l'aède en joue comme avec une lyre.

Enracinée dans le vécu, sa poésie raconte le pays, ses maux et ses racines. Elle fustige les dictatures, les guerres, les injustices et les trahisons, elle s'élève contre la misère, l'ignorance et la bêtise, elle chante la vie et blâme la mort absurde. C'est un cri du cœur qui ne se dérobe pas à la raison. La sensibilité qui s'en dégage émeut, exalte et transpire un retour aux fondamentaux humains.

Fils de chahid, Mohand Naït-Abdellah a connu, orphelin, les affres de la domination coloniale française et celles non moins terribles sous les couleurs arabo-musulmanes après l'indépendance. C'est donc en connaissance de cause qu'il s'engage à poursuivre le combat de son père, mort en héros pour la dignité et la liberté. Dans la foulée, il s'instruit de la souffrance et des aspirations de ses compatriotes qu'il porte haut dans un verbe flamboyant. Des immigrés en butte au racisme et à l'exploitation aux jeunes en perte de repères, aux femmes dépouillées de leurs droits élémentaires, le poète exhorte à la prise de conscience et à la lutte, car c'est par cette seule voie que les peuples arrivent à briser leurs chaînes.

Si certains poèmes sont dédiés en hommage à quelques personnalités de l'histoire et de la culture, c'est moins pour en cultiver le culte que pour nourrir une mémoire collective qui doit tendre à l'affirmation et à la permanence d'une identité portée par les actes ou le génie de ces grandes figures. Le concept d'identité doit être compris ici, dans son sens le plus large et le plus noble. Il intègre les valeurs de solidarité qui transcendent les étroitesses idéologiques pour se fixer dans l'Homme universel. Qu'il s'agisse du colonel Amirouche, de Lounis Aït Menguelet, de Lwenes Matoub, de Aïssat Idir, de Mouloud Mammeri, de Kateb Yacine ou de militants anonymes, ces personnalités que le poète d'expression amazigh encense, participent par leurs oeuvres au combat émancipateur, en marche vers l'humanité et la liberté. Par le cœur et par l'esprit, Mohand Naït-Abdellah souscrit à cet engagement et tente avec ses mots d'en souligner l'impératif.

Infirmier de profession, Mohand Naït-Abdellah a milité depuis 1977 dans plusieurs associations et organisations politiques : Front Uni de l'Algérie algérienne (F.U.A), Mouvement Culturel Berbère (M.C.B) Association des fils et filles de chouhadas (Tighri), Agraw Adelsan Amazigh (Fédération), Fédération des fils et filles de chouhadas (F.F.C). Il a été détenu en 1980 à la prison de Boufarik et de Berrouaghia dans le cadre du printemps berbère.

Mokrane Gacem

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