Turquie : internet censuré et arrestations d'hommes politiques pro-Kurdes

Le co-leader du parti démocratique pro-kurde (HDP) Selahattin Demirtas a été placé en garde à vue. Photo AFP
Le co-leader du parti démocratique pro-kurde (HDP) Selahattin Demirtas a été placé en garde à vue. Photo AFP

Tayyep Erdogan continue sa grande purge à tous les étages de l’Etat et au sein de… l’opposition.

Les autorités turques viennent de franchir un nouveau pas dans la politique répressive lancée au lendemain du putsch raté. Elles ont interpellé dans la nuit de jeudi à vendredi les deux coprésidents du HDP, principal parti prokurde de Turquie, au cours d’une vaste opération "antiterroriste" qui intervient dans un contexte tendu dans le sud-est à majorité kurde du pays. Au même moment, plusieurs sites dont Twitter, YouTube et Facebook étaient inaccessibles, selon des internautes turcs.

Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag, qui sont également députés, ont été placés en garde à vue dans le cadre d’une enquête instruite par le parquet de Diyarbakir portant sur des liens présumés avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), selon l’agence de presse progouvernementale Anadolu. Au moins neuf autres députés du HDP (Parti démocratique des peuples), troisième force parlementaire en Turquie, ont été placés en garde à vue, et plusieurs autres étaient visés par un mandat d’arrêt, ont rapporté les chaînes d’information NTV et CNN-Türk.

Plusieurs personnes ont été blessées par une puissante explosion d'origine indéterminée qui s'est produite aujourd'hui près d'un bâtiment de la police à Diyarbakir, une ville à majorité kurde dans le sud-est de la Turquie, ont indiqué des responsables de sécurité.

"Vous êtes des bandits"

Ce vaste coup de filet nocturne intervient dans un contexte très tendu, notamment depuis le placement en détention des deux maires de Diyarbakir, "capitale" du sud-est à majorité kurde de la Turquie ensanglanté par des combats quotidiens entre forces de sécurité et membres du PKK, considéré comme un groupe terroriste par Ankara.

Une perquisition était en cours au quartier général du HDP à Ankara, selon les images retransmises en direct par la chaîne d’information NTV. Le HDP a posté sur son compte Twitter une vidéo qui semble montrer l’interpellation de Mme Yüksekdag à son domicile à Ankara. "Votre procureur est un bandit et vous aussi êtes des bandits !", crie la co-dirigeante du parti à l’endroit des policiers.

Le président Recep Tayyip Erdogan considère que le HDP est étroitement lié au PKK et a fait savoir qu’il ne considérait plus cette formation comme un interlocuteur légitime, qualifiant régulièrement ses membres de "terroristes". En mai, le Parlement turc a voté la levée de l’immunité des députés menacés de poursuites judiciaires, une mesure contestée visant notamment les élus du HDP.

Par ailleurs, 10 000 enseignants ont été licenciés, des milliers de policiers et militaires sont soit arrêtés et emprisonnés ou licenciés également. La liberté d'expression a pris un sacré coup également puisque plusieurs journaux et télévisions ont été suspendus et des journalistes mis en prison.

Avec AFP

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