Le supporter algérien entre le rêve des tribunes et la réalité de la rue

Le stade est un exutoire pour les supporters afin de dégager le trop-plain d'oppression subie.
Le stade est un exutoire pour les supporters afin de dégager le trop-plain d'oppression subie.

"Certains croient que le foot est une question de vie ou de mort ... Je vous assure c'est beaucoup plus sérieux que ça". Non, il n'a pas tort Monsieur Shankly, le foot est une question sérieuse, et on ne pourra le constater que depuis les tribunes .

Peu importe si la façon d'aimer est loin d’être poétique, peu importe si la rage est souvent plus grande que la joie, la passion est là, elle retient tout le monde devant sa télé, les rues sont vides, les cœurs sont branchés sur la même onde, le sujet est le même, la diversité c'est bien, mais quoi de plus beau et bon à une communauté que des points communs.

Parmi les rendez-vous qui ont le plus mobilisé le supporter algérien celui de 2009, où du Caire la délégation algérienne a pénétré le cœur de l'Afrique montant avec le Nil jusqu’à Omdourman, rattrapée plus tard par une vague humaine.

Les avions militaires viennent épauler ceux d'Air Algérie et lui prêter main forte, le pont aérien est mis en place, il ne reste qu’à le charger.

- Tu vas au Soudan ?
- Fais-moi monter en avion, il parait que c'est aussi simple que le car !
- Attends, je te préviens, le climat est électrique, il y aura peut-être une guérilla en terre inconnue.
- On s'en fou, je serai martyre pour le pays…

Bien sur le dialogue n’est nullement authentique.

Les Algériens ont rempli le devoir du 12e homme, et ils ont atterri à Boufarik billet au Mondial en main.

Comment le soutien peut augmenter en volume et en intensité ? Comme réponse le monde a vu naître aux années 1960 le Mouvement Ultra, un regroupement qui unifie les supporters les plus actifs, souvent ils prennent place derrière le but, ce qu'on appelle "Le virage", ou plus communément La Curva, dans un stade comme il y a deux buts, y en a systématiquement deux Curva, sud et nord, l'ultra se manifeste par le biais de deux moyens; l'animation gestuelle où drapeaux, tifos, banderoles fumigènes et feu de Bengale sont les principales couleurs de la palette, et aussi par l'animation sonore; commençant par l'hymne et faufilant dans divers genres de chants avec tambours, derbouka et applaudissements comme instruments.

L'Ultra est un regroupement comme un autre, il exige des sacrifices, beaucoup du temps accordé; un tifo peut prendre des mois de préparation pour être présente l'espace d'une minute. L'Ultra a aussi une hiérarchie, plusieurs chefs dispersés dans la tribune occupée, ils sont dos au stade, leur préoccupation est de maintenir les supporters à fond durant les 90 minutes, on les appelle El Capos. Comme pour la Renaissance, l'Italie est le berceau du mouvement Ultra, ce qui explique pourquoi le lexique emprunte ses mots à la langue de Dante. L'influence des ultras est plus ou moins forte d'un pays à l'autre, le monde a pu voir comment un Capo en Serbie est descendu des tribunes, s'est dirigé vers le capitaine et lui a enlevé le brassard.

Comme la Pizza le mouvement Ultra a fini par atterrir en Algérie à la fin des années 2000, on compte plusieurs Utras à travers le pays.

En Algérie on dit que le spectacle a fui le terrain pour gagner les tribunes, de sorte que le match est loin de commencer que le public chante déjà, il bouge, il bouillonne, on prend place à côté des Usmistes dans un match anodin, on les appelle "Msam'iya" (fins auditeurs), on est déjà au vif du sujet, on tente un "échange" (une pratique où une partie du public chante un couplet et une autre partie répond par le couplet suivant) pour vérifier que les tribunes sont bien liées, le terrain est bien ceinturé et de tout coin ; l’âme du club bat son plein.

Le match commence très bien, les gorges sont bien rodées, la foule chante, "les vrais supporters", un chant où ils invitent leurs semblables à plus de fidélité, dans un romantisme marquant et une naïveté sincère on peut écouter (la traduction est approximative) "le joueur est éphémère, il vient et finit par partir. Nous, nous sommes tes fils. Notre drapeau est rouge et noir, sur lequel on veille et on pleure ... Oh ! Mon cœur n'a jamais battu aussi fort. Seule l'USMA peut contenir mon amour, Non sans intérêt sans profit" puis ils enchaînent en rappelant que la richesse de leur club ne pourrait jamais les remplacer. "Seul le vrai amour compte, l'argent n'a jamais fait le bonheur, faut toujours être derrière toi (l’USMA)... Les vrais supporteurs".

Le match est ennuyeux ? Tant pis, les supporters continuent de chanter, au fait c'est pour ça que tout le monde est là, s'exprimer... Cette existence spirituelle qu'offre la passion permet à l’âme de se dégager d'une asphyxie qui l’oppresse sans cesse. De temps à autre on peut entendre un chant politico-social : "Il n'a pas de progéniture, il s'ennuie, il ère, et le pays va mal. Les enfants du pouvoir prennent plaisir à Ibiza. Nous ! Que Dieu nous aide à traverser sans visa. Ah ! le cœur est gros, la vie est un calvaire, je n'ai plus de patience, prie pour moi ma mère".

D'un chant à l'autre le sifflet final surprend et ramène le public à la réalité, le spectacle est terminé, le stade est à nouveau vide, triste. C'est vrai ! y a quoi de plus triste qu'un amoureux largué ou un stade vide ?

Hicham Meradji

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