La presse plus que jamais confrontée aux caprices du pouvoir

Le Matin a été suspendu pour avoir osé dire la vérité.
Le Matin a été suspendu pour avoir osé dire la vérité.

Aujourd’hui samedi 22 octobre 2016, nous fêtons la journée nationale de la presse, née par décision du Président de la République Abdelaziz Bouteflika lorsqu’il a décrété le 3 mai 2013 à l’occasion de la journée internationale de la Liberté de la Presse une autre journée spécifique à l’Algérie qui coïncide avec le 22 octobre de chaque année, en l’honneur de la publication le 22 octobre 1955, du premier numéro du journal "El-Mouqawama El-Djazairia".

Cette décision a été prise après la tenue du séminaire pour le développement d’une presse africaine indépendante et pluraliste. Ce séminaire qui s’est déroulé en 1991 à Windhoek, capitale de la Namibie (Afrique), a vu l’adoption de la Déclaration de Windhoek sur la promotion de médias indépendants et pluralistes. Cette déclaration exigeait l’établissement, le maintien et la promotion d’une presse pluraliste, libre et indépendante et mettait l’accent sur l’importance d’une presse libre pour le développement et la préservation de la démocratie au sein d’un État, ainsi que pour le développement économique. La Journée mondiale de la liberté de presse est célébrée le 3 mai de chaque année, date à laquelle ladite déclaration a été adoptée.

L'historique s'impose. La presse algérienne est née dans la douleur, c’est une vérité indéniable. Durant la glorieuse guerre de Libération, elle a relevé le défi. Elle a réussi à faire entendre la voix de l´Algérie en lutte contre le colonialisme français. Malgré les contraintes des moyens, la presse algérienne a défendu la cause nationale et a réussi à faire face à la stratégie de propagande menée par la France coloniale. Depuis, le combat n´a jamais cessé. Après ce grand rôle joué pendant la glorieuse Révolution, la presse algérienne a connu une chappe de plomb qui aura duré jusqu’à la répression sanglante des manifestations populaires d’octobre 1988.

Par la force populaire le champ médiatique s´ouvre sur le pluralisme aussi. C´est ce qui a permis l´émergence de titres “indépendants”. Les premiers titres paraissent en 1990. Après l’arrêt du processus électoral, le terrorisme a fait payer très cher la presse algérienne la poursuite de son travail. Plus d’une centaine de journalistes et professionnels de la presse ont été assassinés par les groupes armés. Plusieurs quotidiens ont subi également pression et des journalistes ont été arrêtés, bastonnés, et des titres furent interdits.

Des interdictions et des fermetures

Depuis l’arrivée de Bouteflika au pouvoir, la presse subit de nombreuses pressions. Les leviers utilisés sont multiples pour faire taire la presse. La publicité est octroyée à l’aune de l’allégeance au pouvoir. Certains titres, même à tirage insignifiant sont gratifiés de pages de pub, et les plus impertinents sont mis au régime sec.

Des journaux ont été suspendus. Le Matin a été le premier à subir la colère du pouvoir après ses enquêtes sur la corruption. Son directeur, Mohamed Benchicou, a payé de deux de prison son courage et sa liberté d’écrire. Depuis, rien n’a changé. D’autres journaux et des chaînes de télévision ont été fermés. Des télévisions, comme KBC, sont menacés de fermeture. Et des centaines d’employés risquent de se retrouver au chômage.

La presse, sens et raison

L'expression presse écrite désigne, d'une manière générale, l'ensemble des moyens de diffusion de l’information écrite, ce qui englobe notamment les journaux quotidiens, les publications périodiques et les organismes professionnels liés à la diffusion de l'information.

Le mot presse tire son origine de l'utilisation d'une presse d'imprimerie sur laquelle étaient pressées les feuilles de papier pour être imprimées. Parler de presse écrite est donc un pléonasme, même si cette expression sert désormais à différencier la presse par rapport aux autres médias que sont la radio et la télévision. La liberté de la presse est considérée par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) comme une composante de la liberté d'expression (article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme). La protection des sources d'information des journalistes, sans exceptions ni restrictions, est considérée comme (l'une des pierres angulaires de la liberté de la presse). Par ailleurs, chaque année, l'ONG Reporters sans frontières établit une liste des pays du point de vue de leur Liberté de la presse. L'Algérié a été classée à la 129e place loin derrière des pays comme la Tunisie (96e) ou le Liberia (93e). Nous nous arrêtons là pour rappeler combien les discours sur cette liberté de la presse sont loin de répondre aux réalités.

Le chemin est encore long pour arriver à cette presse libre et indépendante du pouvoir et des magnats.

Abdelmadjid Benyahia

Plus d'articles de : Mémoire

Commentaires (0) | Réagir ?