"Awal" : l’appel des racines du chanteur Malek Kenane

Le cinquième album de Malek Kenane
Le cinquième album de Malek Kenane

"Awal" est le cinquième album de Malek Kenane. Il est dans les bacs en France et en Algérie.

Après une longue pause musicale, l’artiste propose un album acoustique, thématique, à la fois personnel et fièrement engagé dans le devenir culturel de son pays, mais porteur d’une réalité sociale qui s’est exilée de son patrimoine. Il fait honneur à la musique et aux valeurs ancestrales et interroge une société en perte de repères. Et en exergue, un bel hommage à Cherif Kheddam.

Les admirateurs du jeune artiste Malek Kenane sont enchantés de découvrir dans les bacs en Algérie ce cinquième opus, "Awal", qui vient s’inscrire comme une continuité de son œuvre, mais remet parallèlement les compteurs à zéro en posant de nouveaux repères dans sa carrière. Marqués par des chansons telles que "Temzi-w", "Mliyi" ou encore Lkanun, son public de la première heure, ainsi que les nouveaux fans, trouveront leur bonheur avec des sonorités multiples, dans ce répertoire à la fois intellectuel et émotionnel.

Très respecté dans le milieu artistique, perfectionniste jusqu’au bout des doigts, cet enfant de la Kabylie profonde, originaire d’Ath Khelifa, a transposé, avec toute la sincérité qu’on lui connait, les reliefs et la chaleur de nos montagnes dans son nouvel album.

Composée de 11 titres, c’est une œuvre qui sort de l’ordinaire, à commencer par la pochette qui traduit à elle seule tout un art. Le décor planté, "Awal" s’engage sur deux fronts : réhabiliter le patrimoine musical kabyle dans sa richesse et sa diversité, et dresser des constats socioculturels capables d’initier de grands débats.

C’est le cas de "Taqbaylit", qui est un signal d’alarme sur le recul progressif de la langue berbère. "Zman n laghrur" et "Kif-kif" tirent à boulet rouge et stigmatisent avec inquiétude la décadence des valeurs morales et humaines et le devenir politique de l’Algérie, livrée à de sombres horizons. Pour contrebalancer ce tableau lugubre de notre société, Malek Kenane nous offre de belles compensations : un hommage à l’inégalable Cherif Kheddam et une petite gerbe de chansons d’amour hautement chargées en émotion, à l’image de "Adettugh", qui a ému les mélomanes sur les réseaux sociaux.

S’il est difficile de résumer cet album en quelques lignes, il est néanmoins aisé d’en dégager l’esprit. En deux mots, "Awal" est un album qui respire la Kabylie à pleins poumons ; il nous percute par sa portée culturelle et humaine.

C’est également un beau voyage musical auquel l’artiste nous convie. Véritable festival de musiques anciennes et modernes serties d’instruments ancestraux (bendir, flûte et cornemuse kabyle), l’album se veut d’une dimension multiculturelle. Composés sur fond musical typiquement algérien, certains morceaux sont des fusions de plusieurs sonorités locales qui donnent un bel assortiment de styles. Et d’un tel voyage, on revient forcément conquis.

Cependant, avec "Awal", Malek Kenane amorce un tournant dans sa carrière. Une petite rétrospection sur l’ensemble de son œuvre nous montre une trajectoire qui semble s’acheminer vers l’intellectualisation de son travail. Même si l’artiste est plus connu pour des morceaux sentimentaux qui ont marqué ses fans, le duel que se livrent le cœur et la raison dans le répertoire sentimental de Awal, appuyé par une prédominance des thèmes socioculturels, dessinent d'ores et déjà les futurs choix et orientations de l’artiste.

Enveloppé d’une diversité culturelle dans toutes ses gammes, "Awal" est l’album des défis. Déterminé, le jeune artiste tente un exercice périlleux : réconcilier le présent avec le passé. Néanmoins, sa lucidité l’emporte car il ne se fait pas d’illusions pour autant.

Après une longue absence, Malek Kenane retrouve son public dans son pays avec un album aux bons arômes de Kabylie. Les scènes de Michelet, d’Iferhounene, d’Alger ou d’ailleurs ont gardé de délectables souvenirs de ses talentueuses performances de jeune artiste. Après deux concerts en France, une halte artistique est envisagée en Algérie, une nouvelle qui fera sourire ses fans, dont certains le suivent depuis ses premiers pas dans la chanson. Quatre albums entre 1998 et 2003, en voilà déjà une performance lorsqu’on a l’âge de ses ambitions. Malek Kenane vivra sans doute ce retour au berceau comme un grand moment dans sa vie. En attendant, son album est sorti aux Editions Massinissa, une occasion de s’offrir un nouveau voyage dans l’univers de cet artiste authentique, avant de le retrouver sur scène.

Lila Aït Larbi

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