"Vote Off", un documentaire sur la présidentielle d'avril 2014, interdit à Bejaia

"Vote Off", un documentaire sur la présidentielle d'avril 2014, interdit à Bejaia

Le documentaire "Vote Off", qui traite de l'élection présidentielle d'avril 2014, a été interdit de projection aux 14e rencontres cinématographiques de Béjaïa, a affirmé mardi 6 septembre Abdenour Hochiche, président de Project’heurts, l'association organisatrice de l’événement.

Silence on interdit ! C'est le lot du film documantaire de Fayçal Hammoum. Programmé pour jeudi 8 septembre à 17 heures, "Vote Off" produit par Thala Films, n'a pas obtenu le visa culturel du ministère de la Culture, nécessaire pour sa projection, contrairement à tous les autres films programmés. Un refus qui suggère une interdiction de projection dans les salles sombres algériennes.

Aucune explication n’a été avancée aux organisateurs. De fait, l’association organisatrice du festival se voit contrainte d’annuler la projection du film "Vote Off".

"Contrainte par la loi n° 11-03 du 17 février 2011 relative à la cinématographie, décret 13-276. L’association Project’heurts se voit dans l’obligation d’annuler la projection du film", a informé la mort dans l’âme, l'association organisatrice dans un communiqué.

"Nous sommes tristes, indignés et en colère... Notre film "Vote Off" ne sera pas projeté demain aux Rencontres Cinématographiques de Bejaia... en effet le Ministere de la Culture a délivré a l' Association Project heurt's l'autorisation de diffuser tous les films sauf celui-là... Nous sommes désolée pour le publique de bejaia...", écritt Abdenour Hociche sur son compte Facebook. Tout en exprimant son incompréhension, Abdenour Hochiche a annoncé que la projection a été remplacée par un débat sur la loi sur le cinéma et sur la liberté de création en Algérie, en présence du réalisateur et du producteur de "Vote Off".

La 14e édition des rencontres cinématographiques de Béjaïa a été lancé le 3 septembre et se poursuivra jusqu’au 9 septembre avec la projection de nombreux documentaires, courts et longs métrages.

L.M.A.

Lettre du réalisateur de Vote Off, Fayçal Hammoum :

Mesdames, messieurs

"Artistes, journalistes, spectateurs, curieux, citoyens amoureux de la culture et amis de tous bords, c’est avec une grande tristesse que je m’adresse à vous aujourd’hui."

En effet, il y a quelques jours, j’ai reçu un appel de Abdenour Hochiche, directeur des Rencontres Cinématographiques de Bejaia. Il m’annonce avec surprise que mon film documentaire «Vote Off», tourné il y a deux ans à Alger lors du dernier scrutin présidentiel, et produit par Thala Films, ne pourra pas être projeté ce jeudi 8 septembre dans le cadre de ces rencontres, comme cela était initialement prévu. La cause : le ministère de la culture refuse de délivrer une autorisation de projection. Ce documentaire, traitant des élections présidentielles, étant le seul de toute la programmation à ne pas obtenir cette autorisation (dont la mise en place, rappelons-le, est toute récente), on ne peut que se rendre à l’évidence et appeler les choses par leur nom : Il s’agit la d’un cas flagrant de censure !

Etant jeune cinéaste comme d’autres sont médecins ou boulangers, et faisant comme eux, modestement, ce que je sais faire de mieux, ce bras de fer constant avec le ministère de mon pays et autres autorités «suprême» de la culture commence à me fatiguer. Et je suis, de la même façon, fatigué d’avance de devoir demander grâce pour un film condamné à mort par la censure.

Comme je suis, pour ma part, condamné à l’espoir, je vais vous parler d’un film, d’une liberté et d’une jeunesse. Ce film s’appelle "Vote off". Il aurait tout aussi bien pu s’appeler «Il était une fois un mois d’avril 2014» ou "A quoi rêvent wled houmti". Il s’agit avant tout d’un film fait avec des Algériens, en Algérie, avec, certes, des moyens de productions modestes, mais une énergie monstrueuse.

C’est un voyage électoral ou plutôt une balade où se côtoient le doute, la peur, l’espoir. À la manière d’un facteur, je suis allé faire du porte-à-porte ; j’ai passé du temps avec des amis et en ai rencontré de nouveaux ; j’ai capté des moments intimes ; je voyais ces hommes et ces femmes sortir de chez eux pour aller travailler, rêver, se battre, et j’ai eu envie de les filmer, de les aimer, d’accompagner chacun de leurs moments de vies et de construire avec eux une histoire qui est devenue, à l’arrivée, un film, mais aussi une parcelle de notre mémoire collective. Cette mémoire que l’on léguera à nos enfants.

Au-delà des parcours individuels de mes personnages, qui sont au centre du projet, j’ai aussi fait ce film pour une raison simple et sans doute un peu naïve : Je veux croire que l’Algérie peut et doit devenir aussi démocratique que possible.

Interdire ce film, c’est interdire la croyance qui en est à l’origine. La croyance en un pays de droit où l’expression d’une idée n’est pas vécue comme une menace mais une chance.

Interdire ce film, c’est interdire par avance tous les films qui voudront affirmer cela. C’est, qu’on le veuille ou non, avouer que rien ne changera.

Les chemins de la liberté ne sont pas toujours simples et c’est pour ça qu’il ne faut jamais les perdre de vue. On peut toujours enterrer un film mais jamais la parole et encore moins la pensée des hommes.

Merci à tous

Fayçal Hammoum
Cinéaste & producteur

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