Fouad Gasmi : "Les autorités locales de Baghaï doivent protéger et restaurer la statue de Dihya"

Fouad Gasmi devant la statue de Dihya lors du rassemblement du Mouvement culturel chaoui.
Fouad Gasmi devant la statue de Dihya lors du rassemblement du Mouvement culturel chaoui.

Après le rassemblement de protestation contre la tentative de vandalisme de la statue de Dihya à Baghaï, l’un des organisateurs et membre du Mouvement culturel chaoui, Fouad Gasmi, revient avec nous dans cet interview sur les circonstances particulières dans lesquelles ce rassemblement s’est déroulé, ainsi que les actions que le mouvement culturel dans l’Aurès compte entreprendre dans le futur.

Le Matindz: Peut-on savoir si vous connaissez les personnes qui ont commis l'ignoble forfaiture à l’encontre de la statue de la reine Dihya ?

Fouad Gasmi : Il est manifeste que les autorités locales n’ont pas jugé utile de chercher les coupables, nos informations parlent d’un groupe de jeunes délinquants sans motifs idéologiques qui ont tenté de saccager la statue. Cependant, il y a d’autres donnés qui sont troublantes : par exemple, comment peut-on vandaliser une statue qui se trouve à moins de 10 m de la caserne des gendarmes de la ville ? Ces individus n'ont pas eu peur de commettre leur forfait tout près de cette caserne ! Plus révoltant encore c'est l'indifférence des autorités locales. Comment se fait-il qu'elles n’aient pas bougé pour nettoyer la statue et la repeindre avant notre mobilisation ?
Nous nous posons ces questions qui me semblent légitimes, en tant que citoyens épris de leur région, et ce, même si l’hypothèse du groupe de jeunes délinquants reste plausible.

Autre fait saillant suite au vandalisme dont a été la cible la statue de Dihya : vous avez été obligés d’interrompre le rassemblement que vous avez organisé à Baghaï, pourquoi ? Pouvez-vous nous décrire les circonstances de son déroulement ?

Effectivement, le 20 août, nous avons organisé un rassemblement de protestation contre cet acte de vandalisme. Lorsque nous sommes arrivés à Baghaï nous avons été accueillis par une foule de curieux intriguée par notre présence.

Nos militants ont pu discuter avec ces citoyens et ont réussi, non sans mal, à dissiper leurs appréhensions. Faut-il rappeler que la situation à Baghaï est toujours tendue après les affrontements survenus le mois dernier entre deux familles.

Cependant, un petit groupuscule de jeunes excités n'a pas voulu ce calmer. Lorsque je suis monté sur le piédestal de la statue afin de lire le communiqué au nom de Mouvement culturel chaoui, ce groupuscule de nervis a commencé à me jeter des bouteilles en plastique, et certains même ont voulu me faire descendre en usant de la force. Sentant que les choses allaient dégénérer, j’ai préféré interrompre ma lecture et descendre prestement.

Ce qu’il faut noter ici c'est que les services de sécurité (police et gendarmerie) ont brillé par leur absence. Pourtant, trois jours avant le rassemblement, j’ai personnellement averti la commissaire de police d’El Hama dont dépend administrativement Baghaï, avec laquelle j’ai eu une discussion de plus d’une demi-heure. Nous avons également averti de notre action, le chef de la gendarmerie de Baghaï. Nous voulions faire les choses dans les règles mais nous n'avons pas été suivis.

Concrètement, qu’est-ce que vous attendez des élus locaux de Baghaï et de Khenchela ? Quelles sont vos revendications ?

Nos revendications sont simples : nous demandons que les autorités locales, comme le stipule la loi, assurent la protection de la statue, mais surtout sa restauration en faisant appel à des spécialistes et non pas à des simples ouvriers. Nous exigeons également le changement de la plaque du monument en introduisant tamazight.

Sur le niveau national, je peux résumer nos revendications comme suit. Nous sollicitons l’intervention de la Présidence de la république, afin de mettre en place un projet de développement touristique qui s’appuiera sur la mise en valeur du patrimoine archéologique de la région et notamment le palais de Dihya, appelé aussi Kser L’kahina. Les pouvoirs publics doivent œuvrer pour sa sauvegarde et mettre à la disposition des spécialistes les moyens qu’il faut pour engager des fouilles urgentes. Il y va de l'histoire nationale.

Avez-vous prévu d’autres actions ?

Nous prévoyons effectivement un ensemble d'actions pour remettre en marche la vie culturelle locale et valoriser le patrimoine millénaire chaoui. Nous rendrons publiques nos actions en temps voulu.

Entretien réalisé par K. B.

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Commentaires (3) | Réagir ?

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Amnay Djennadi

" Nous sollicitons l’intervention de la Présidence de la république", et "les pouvoirs publics qui ont le devoir ... " etc., quelle naïveté ! j'espère ^pour eux que ce langage ne relève que du "politiquement correct",

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klouzazna klouzazna

Les autorités et élus locaux ont pour obligation d'assurer la sécurité des biens et des personnes dont ils ont la charge... c'est leur devoir... comme ils sont tenus de la réparation des dommages causés et de la recherche des personnes responsables de ces vandalismes pour les sanctionner pour atteinte aux symboles de la nation et destruction de biens publiques... c'est la mission des pouvoirs publiques...

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deradji nair

Il s'agit d'un symbole de la nation? On invente une saloperie qu'on implante comme on veut implanter cette langue d'oiseau d'amazigh et oin nous parle d'atteinte aux symbole de la nation alors qu'on fait voler d'autre couleurs que ceux de l'emblème national. Il ne s'agit au fait que d'une invention car cette statue ne représente au fait ni la Kahina qu'on ne connait aucune photo et encore moins Leila Khadidja.