Ali Laïmèche raconté par un de ses anciens compagnons

Ali Laïmèche est décédé le 6 août 1945. Il n'avait que 21 ans mais une longue carrière de militant berbéro-nationaliste.
Ali Laïmèche est décédé le 6 août 1945. Il n'avait que 21 ans mais une longue carrière de militant berbéro-nationaliste.

Dans un passé récent, le village de Cheraïoua a offert à l’Algérie un grand militant visionnaire, qui, dès les années 40 a tracé la voix de la révolution, en menant un double combat visant d’une part, la libération de la patrie du joug colonial et d’autre part, la réhabilitation de la langue amazigh.

Durant tout son parcours de militant, Ali Laïmèche s’est distingué par ses potentialités le prédisposant à être le meilleur avec un trait caractériel qui suppose un nombre de vertus telles que :

  • La simplicité dans ses relations humaines.
  • Sa foi inébranlable envers les causes justes.
  • Sa droiture et sa fidélité en toutes circonstances.

On est en 1942, le lycée de Ben Aknoun fut occupé par les soldats américains, ce qui entraina le transfert des lycéens vers celui de Miliana. Faut-il rappeler à ce propos que Miliana était un fief du scoutisme dont le fondateur Mohamed Bouras fut fusillé par les colonialistes pour ses idées patriotiques. Ce transfert dans cette ville de l’intérieur du pays était l’occasion à de nombreux lycéens de s’inspirer de l’esprit scout.

En l’espace de quelques années, Ali Laïmèche et ses compagnons qu’il modela à son image adhérent aux idées du P.P.A devinrent les plus en vue avant et durant la révolution.

Avant même sa plongée dans la clandestinité en juin 1945, Ali Laïmèche au surplus de son engagement politique à Miliana mit déjà en place, en juin 1944 la première structure des S.M.A à Tizi Rached. A partir de cette structure, il essaima à travers d’autres régions de la Kabylie.

La création de cette structure a pour but d’assurer une base militante solide et engagée du P.P.A. pour la continuité du combat libérateur ; c’était aussi un outil efficace pour combattre les idées fanatiques qui ont plongé alors la population dans un vide espace culturel qui arrangeait à bien des égards les intérêts de la colonisation et du système caïdal.

Juste avant l’obtention de son bac, coïncidant avec les massacres de la population du mois de mai 1945 dans l’est du pays, Ali Laïmèche avait répondu à l’appel du P.P.A. du 23 mai 1945, portant sur le déclenchement de la lutte armée, malheureusement avorté à la suite d’un contre-ordre du même parti.

Aussi, comme les massacres de mai 1945 furent un tournant décisif et radical dans le parcours des lycéens de Miliana, Laïmèche et ses compagnons, appelés par le devoir national ont décidé d’abandonner leurs études pour rejoindre le maquis en juin 1945.

Imprégné fortement de l’amour de la patrie qu’il plaça au-dessus de tout et de son désir ardent de mettre fin à la colonisation, Ali Laïmèche et ses compagnons se consacrèrent corps et âmes pour, en un laps de temps court, à organiser et à structurer un certain nombre de militants courageux, dévoués et engagés, au sein des cellules. L’objectif final ? La réunion des conditions favorisant le déclenchement de la lutte armée, puisqu’étant le seule langage intelligible de la colonisation.

A la création du M.T.L.D par Messali en mai 1946, dont le programme préconisait une autre forme de lutte pacifique et à caractère électoraliste, le district de Kabylie n’était nullement d’accord avec cette nouvelle orientation puisqu’elle se trouvait être diamétralement opposée aux programmes tant de l’Etoile nord-africaine de 1926 et à celui du P.P.A de 1947, préconisant les moyens d’actions par la lutte armée pour la libération de l’Algérie.

A la lumière de cette fâcheuse situation créée, et afin d’éviter une cassure dans les rangs du P.P.A, un document a été confectionné par Ali Laïmèche expliquant les tenants et les aboutissements visant à l’extension des cellules des militants déjà rendues opérationnelles tant en Kabylie que dans les Aurès. Malheureusement, Ali Laïmèche trouva la mort le 06 août 1946.

Toutefois, en octobre 1946, à l’occasion de la réunion des cadres du PPA et du MTLD, tenue à Bouzareha résidence de Messali, la délégation du district de la Kabylie, conduite par Benaï Ouali a fini par imposé l’adoption du document confectionné par le chahid Ali Laïmèche.

En février 1947, L’O.S organisation clandestine a vu le jour à Belcourt coiffée par Mohamed Belouizdad, compagnon de lutte d’Ali Laïmèche, son successeur était Hocine Aït Ahmed, celui-ci étant frappé d’une longue maladie, auquel a succédé Ben Bella en septembre 1949 et dont l’OS a pratiquement était démantèle en mars 1950.

Malgré cette hécatombe, les quelques dizaines de militants qui ont continué à militer dans la clandestinité avaient fini par redresser la situation puisque c’est grâce à eux :

  • Que le C.R.U.A a vu le jour en mars 1954 au moment où une fracture dans les rangs du M.T.L.D a vu le jour.
  • Que 4 mois après, suivant la naissance du C.R.U.A, en juillet 1954 est survenue la décision d’avoir recours à la lutte armée.
  • Que les premières salves du 1er novembre 1954 n’avaient cessé qu’à la reconnaissance du droit du peuple algérien de disposer de lui-même.

En conséquence de tout ce qui précède, il est légitime de croire en la vision prémonitoire du défunt Laïmèche Ali, puisque en effet :

  • Partant de la première cellule de militants politico-militaire, créée par Laïmèche à Tizi-Rached rendue déjà opérationnelle le 23 mai 1945, pour attaquer la caserne de Fort National (Larbaa Nath Irathen), à défaut du contre ordre du parti.
  • Que suite à la naissance du MTLD c’était grâce au dossier élaboré, par Laïmèche de son vivant, qu’il a été rendu possible la création de l’O.S.
  • Que malgré le démantèlement de l’O.S en 1950, c’était grâce aux militants rescapés de cette organisation clandestine qui ont eu, au fil du temps à entreprendre des mesures qui ont permis le déclenchement de la lutte armée du 1er novembre 1954.

Enfin, il est à rappeler que durant toute la période de son combat, Ali Laïmèche a toujours usé des pratiques démocratiques, car sachant qu’elle est l’unique option pour bâtir un état de droit afin d’atteindre le progrès et la prospérité, tout en usant de la liberté d’expression permettant l’épanouissement de la société en général et devant avoir pour finalité l’instauration d’une justice sociale offrant ainsi l’égalité des chances entre tous les citoyens.

En outre pour terminer, Ali Laïmèche avait toujours prêché l’unité d’action dans la cohésion tout en évitant de faire le jeu de l’ennemi et de ses auxiliaires. Il conseille l’émulation vers le bien en évitant le mal. La solidarité agissante de manière à faire front à toute éventualité et surtout il encourage la communication entre militants politiquement adversaires puisque le dialogue franc et sincère vise à une meilleure compréhension des choses favorisant ainsi dans la plus part des cas un rapprochement tout en apportant un éclairage au niveau des idées. Et c’est ainsi que fut le profil de Laïmèche Ali jusqu’au dernier jour de sa mort intervenue le 06 août 1946 à fleur d’âge 21 ans, au village Aït Zellal.

Aussi, paradoxalement que cela puisse paraitre, la valeur du grand militant, organisateur et son aura ont été mises en exergue le jour de ses obsèques. Des centaines de personnes entre militants et maquisards ont accompagné sa dépouille jusqu'à la demeure de ses parents à Cheraioua.

C’était dans la nuit de mardi à mercredi, huitième jour du carême que les villageois furent réveillés par les chants patriotiques déclamés à haute voix par les compagnons d'Ali Laïmèche qui l’ont transporté la nuit depuis Aït Zellal où il trouva la mort. Durant la journée de mercredi, des milliers d’autres militants venus de différentes contrées en cars et voitures ont également rendu l’hommage à Ali Laïmèche

Alors exposé dans sa demeure entouré de ses scouts comme aussi la direction du parti PPA/MTLD ont envoyé une délégation officielle composée de Lahouel Hocine, secrétaire générale et de Si Ahmed Bouda, cadre éminent du parti.

A la cérémonie d’inhumation ont pris, tour à tour, à la parole, Lahouel Hocine, Si Ahmed Bouda ainsi que Hocine Aït Ahmed alors maquisard. Durant 2 heures, moment durant lequel Il a été mis en relief le parcours de son combat depuis l’âge de17 ans jusqu’à sa morte au maquis en qualité de premier chahid pour le combat libérateur de l’Algérie.

Aussi le meilleur hommage à rendre à ce grand homme exceptionnel, c’est de continuer son combat tel qu’il le menait jusqu’à l’indépendance nationale.

En résume, il est bien démontré, d’une manière concrète, que l’engagement d'Ali Laïmèche depuis l’âge de 17 ans, qu’il a su mener à travers son double combat sur le terrain a été consacré entièrement pour le bien-être et le salut de l’Algérie tout entière.

A ce titre, nous devons ajouter, à l’occasion de la célébration de 70e anniversaire de sa mort qu’il se trouve déplorable et incompréhensible, que ce combattant exceptionnel de la première heure, puisse encore de nos jours, demeurer dans le strict anonymat.

En effet, il s’avère que la portée et la signification de son double combat, n’a pas encore dépassé la circonscription territoriale de la Kabylie. Aussi c’est pourquoi qu’il est temps qu’Ali Laïmèche soit connu sur l’étendu de L’Algérie pour laquelle il avait combattu dans sa totalité lors de son vivant.

Mohand Lebbal

Elève scout d'Ali Laïmèche

Plus d'articles de : Mémoire

Commentaires (1) | Réagir ?

avatar
klouzazna klouzazna

Les grands hommes laissent derrière eux des sillons indélibiles face au péripéties de l'histoire !!! paix à leurs âmes...

-1