Pétrole: le rééquilibrage du marché devra attendre 2017 face à une offre qui croît à nouveau

Les États-Unis et l'Opep pompent davantage
Les États-Unis et l'Opep pompent davantage

Alors qu'ils s'affichaient encore au plus haut en huit et 11 mois début juin, les cours du Brent et du WTI ont depuis inexorablement dégringolé tandis que la crainte d'excédents persistants revient hanter les investisseurs.

Les deux contrats de référence du brut sont en effet officiellement entrés en territoire baissier en fin de semaine dernière après avoir chuté de plus de 20% depuis leurs sommets du 9 juin, le WTI étant même repassé lundi sous la barre des 40 dollars le baril.

Vers 16H00 GMT (18H00 à Paris), le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en octobre valait 41,61 dollars sur l'Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en repli de 53 cents par rapport à la clôture de lundi, tandis que sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de light sweet crude (WTI) pour livraison en septembre perdait 60 cents à 39,46 dollars.

Les mêmes facteurs qui ont entraîné les prix à un plus bas en 13 ans en janvier sont de nouveau en jeu: tout tourne autour d'un marché saturé d'offre, a relevé Hussein Sayed, analyste chez FXTM.

Si les interruptions de production intervenues au printemps, notamment au Canada, au Nigeria ou encore en Libye, ont un temps pu éloigner le spectre des excédents, permettant aux cours de dépasser brièvement les 50 dollars le baril, le retour à la réalité a été brutal en juillet, avec des prix désormais au plus bas en trois mois et demi.

Le rééquilibrage entre l'offre et de la demande, que la plupart des analystes anticipaient il y a quelques mois encore pour la seconde partie de l'année, n'est désormais plus attendu avant le début 2017.

Les prix du pétrole ont été soutenus initialement par l'anticipation d'une forte croissance de la demande et d'une offre chutant significativement, a rappelé à l'AFP Abhishek Deshpande, analyste chez Natixis, mais sur ces deux fronts, le marché a dû significativement réviser ses attentes.

La production interrompue (dans certaines zones) a repris, on s'attend à ce que l'offre de l'Organisation des pays producteurs de pétrole (Opep) augmente à des niveaux records et le nombre de puits de forage (en activité) a continué à progresser aux États-Unis, certains observateurs en faisant un indicateur avancé de la production, a détaillé M. Sayed.

Alors que la production des États-Unis n'a quasiment fait que décliner au premier semestre, donnant une lueur d'espoir au marché, elle donne depuis quelques semaines des signes de rebond, ce qui contribue largement à la déprime des cours.

Les États-Unis et l'Opep pompent davantage

Le marché s'inquiète de plus en plus d'une hausse de la production américaine de pétrole de schiste dans les prochaines semaines. En l'espace de seulement deux ans, d'impressionnants progrès techniques ont été réalisés outre-Atlantique permettant à certains puits dans le Dakota du Sud d'être rentables même autour de 20-25 dollars le baril, a indiqué à l'AFP Christopher Dembik, analyste chez Saxo Banque, soulignant que cela était de nature à entretenir la psychose à propos d'une offre surabondante.

Et la hausse conséquente de la production des pays membres de l'Opep en juillet, qui aurait augmenté de 100.000 barils par jour d'après une étude Reuters publiée vendredi, n'était pas de nature à apaiser les craintes des investisseurs.

A 33,41 millions de barils par jour, la production du cartel se situe ainsi à un plus haut multi-annuel, une hausse dont le Nigeria et l'Irak sont essentiellement responsables, ont noté les analystes de Commerzbank.

Outre ces principaux facteurs expliquant l'excès d'or noir, le résultat inattendu du référendum sur l'Union européenne (au Royaume-Uni) et les conséquences négatives probables qu'il va avoir sur la croissance mondiale ont également repoussé les attentes d'une reprise (durable) des prix du pétrole, a précisé M. Sayed à l'AFP.

Pour autant, la plupart des analystes croient toujours à un rééquilibrage du marché à moyen terme, même si celui-ci risque de prendre plus de temps que prévu.

L'équilibre entre l'offre et la demande devrait être atteint au début de 2017, plutôt que dans la seconde moitié de 2016 comme initialement attendu, en particulier quand les grandes entreprises vont réduire leurs investissements, a estimé M. Sayed.

C'est la raison pour laquelle nous pourrions voir les prix repartir en hausse plus tard cette année, l'actuel retour vers les 40 dollars le baril pouvant encourager les achats à bon compte d'investisseurs pariant sur un futur rebond des cours pétroliers, a-t-il conclu.

AFP

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