Que reste-t-il de Jefferson ?

Que reste-t-il de Jefferson ?

Que c'est dur de survivre à ses propres mensonges ! Avec l'incarcération du blogueur et journaliste Mohamed Tamalt, Abdelaziz Bouteflika s'est donné une nouvelle occasion de découvrir à quel point les grands hommes sont inimitables.

Rappelons-nous cette tartarinade, en 1999, devant des journalistes étrangers admiratifs : «Je ne le répéterai jamais assez, je suis un fervent admirateur du président Jefferson, qui aurait préféré un pays où la presse est libre à un pays qui aurait eu un bon gouvernement.» Jefferson ? Le Président américain qui avait défendu la liberté de la presse dès le XVIIIe siècle par un authentique idéalisme humanitaire, au moment même où il rédigeait la Déclaration d’indépendance ? Jefferson qui a laissé la liberté de la presse comme le plus précieux héritage à la démocratie de son pays ? Oui, rien que ça ! Bouteflika aime à se comparer superficiellement aux grands hommes à condition que lui soit épargnées les servitudes de leur gloire. L'esbroufe est une façon de faire de la politique a bon marché.La piètre mémoire des hommes s'occupera du reste.

Jefferson a bâti la presse américaine, la plus libre de la planète, puissant contre-pouvoir qui, deux siècles plus tard, révélait le Watergate et faisait chuter Nixon. Chez nous, deux siècles après Jefferson, Bouteflika en est encore à incarcérer des blogueurs et des dessinateurs et fomenter des lois scélérates pour étouffer l’embryon de liberté d’expression dans un pays qui n’a jamais eu droit à la parole. Mohamed Tamalt subit ce qu'a subi, avant lui,Abdelghani Aloui, autre jeune blogueur de 24 ans, originaire de Tlemcen, jeté en prison en septembre 2013 pour avoir publié sur Internet de caricatures du président Bouteflika et de son Premier ministre, Abdelmalek Sellal. Comme chacun le sait, ces deux augustes personnages ne sont pas encore prophètes ou alors, dans leur pays seulement, ce qui n’empêcha pas

Abdelghani Aloui d’être accusé d’"outrage à corps constitués", d’"atteinte à la personnalité du président de la République" ainsi que d’"apologie du terrorisme", parce que la police aurait trouvé chez lui une écharpe portant l’inscription "La ilah illa Allah" (il n'y a de dieu que Dieu, ndlr).

Il encourait jusqu'à dix ans de prison.

Il en a fait presque deux.

Et que dire de De Gaulle, l’autre fascination de notre président et dont il aime à dire et à répéter qu’il est l’un de ses autres modèles en politique.De tous les chefs d’Etat français de la Ve République, de Gaulle a été celui que les caricaturistes ont le plus malmené, pastiché tantôt en Louis XVI par le dessinateur Moisan, tantôt en amant de la Marianne par Faizant ou en CRS bastonnant les manifes-tants de mai 68 par Le Canard enchaîné. Le général, du haut de sa stature, ne s’est jamais offusqué. En vrai républicain, il avait compris le rôle immense du dessin de presse qui incite au rire exorciste, qui libère des angoisses et des peurs. Et c’est ainsi que se sont épanouis Cabu, Wiaz, Gébé, Plantu, Wolinsky («je ne m’intéresse pas au con qui gouverne mais aux millions de cons qui ont voté pour lui») et tous les talentueux dessinateurs qui ont fait le délice de la presse française. Bouteflika n’est ni Jefferson, ni de Gaulle, ni Mitterrand. Quelle artillerie juridique aurait sorti le Président algérien pour écraser la presse de son pays, représenté en Kermitt, la grenouille arrogante du Bebête Show ? Que serait-il advenu de la démocratie française si elle s’était amputée de ses Guignols ?

Le régime de Bouteflika a un retard de plusieurs siècles sur le monde actuel. En 1791 déjà, le roi Louis XVI, déconsidéré après la fuite à Varennes, était dessiné en cochon par les caricaturistes de l’époque alors que Napoléon III, dès 1865, était maltraité par la presse, comme ce cruel dessin du journal La Charge qui le montrait, au début de 1870, cirant les bottes du roi de Prusse Guillaume Ier, après la proclamation de la République, ou cette caricature restée célèbre, symbolisant l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, par une grue, synonyme de prostituée, la même impératrice ayant par ailleurs été représentée dans les bras du principal ministre de Napoléon III, Emile Ollivier.

Oui, que c'est dur de vouloir imiter les grands hommes et de rester dans l'histoire comme grenouille, pas la Kermitt du Bebête Show, mais l'autre, celle qui voulant égaler le boeuf en grosseur, enfla si bien qu'elle creva, inspirant à Jean de La Fontaine cette morale que nos dirigeants gagneraient à méditer :

Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :

Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,

Tout petit prince a des ambassadeurs,

Tout marquis veut avoir des pages.

M.B

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Commentaires (4) | Réagir ?

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haroun hamel

Pour accepter la caricature il faut avoir de l'esprit, or un parvenu genre Bouhef, complexé et obsédé par sa petite taille au point de dire qu'il a un centimètre de plus que Napoléon 1er (1, 6m) pensant certainement que c'est la taille qui fait la grandeur. que c'est triste pour notre pays!

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khelaf hellal

On dit aussi que : "le ridicule ne tue point ", il a même de beaux jours devant lui pour nous faire rire sous cape de ce qui lui assure sa longévité.

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Rabah IBN ABDELAZIZ

Le gros problème de bouteflika la brouette est : qu'il se prend "Dieu sur terre ", alors qu'il est qu'une mauviette sur terre comme tout son clan de mafieux.

Regardez un de ses ministre : louh quand il parle, il se prend vraiment pour un super acteur qui joue un super role : mais le bien regarder, en remarque sa façon, ses mimics et ses yeux d'un merluchon pourri.

Mais, pour eux quand ils sont devant leurs maitresses et amantes, ils se considère pour des rois avec des couronne du genre bokassa 1er. Quelle bandes de ridicules sans intérêt.

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