De la cooptation des "seigneurs" à la légitimité populaire….

Produits de cooptation, aucun des présidents algériens n'a été élu démocratiquement.
Produits de cooptation, aucun des présidents algériens n'a été élu démocratiquement.

Sur cette terre qui a vu s'écouler le fleuve de l'histoire du pays, sur cette terre qui a vu tant et tant d'intrus rivalisant pour la conquérir, sur cette terre à qui on a donné tant de noms… sur cette terre donc, sont nés des hommes et des femmes qui ont toutes les raisons de cultiver l'insoumission. Ils vivent dans les montagnes et les plaines, dans le désert et la mer,… où qu’ils soient, ils résistent à l’injustice et leurs cris brisent le silence pour rappeler aux locataires indésirables qu’ils ne sont pas les bienvenus…

Hier comme aujourd'hui, les envahisseurs et autres prétendants aux Koursi, s’évertuent à masquer leurs forfaitures au prix de truquages de l'histoire. Hier comme aujourd’hui, ils utilisent la force brutale en s’aidant de mots mielleux pour vanter, chanter leurs propres illusions. En face d’eux, des hommes et des femmes victimes des ruses d’une certaine histoire avaient cerné le pourquoi de leurs comportements. Ils ‘’cultivaient’’ la patience de peur d'abandonner dans leur précipitation certaines armes de leur riposte. Ils se sont ainsi mis à l’école de l’intelligence pour démêler les fils savamment tissés par ceux qui veulent faire passer la colonisation pour de la civilisation, c’était hier. Quant aux acteurs d’aujourd’hui, ils veulent faire croire que la cooptation, parmi les soient disant ‘’élites’’, a les mêmes vertus que la légitimité populaire.

Hier comme aujourd’hui, ces mauvais élèves de l’école de l’histoire, oublient qu’ils ont eu des ‘’ancêtres’’ qui se sont fracassés contre la muraille de Chine de l'Histoire. Oui mauvais élèves, car l’Histoire n'est pas née de la dernière pluie mais plonge plutôt ses racines dans la nuit du temps. Durant tout ce temps, la vieille dame qui porte le nom d’Histoire a été l’objet de séduction. Mais cette princesse de la vérité ne se laisse pas conter des balivernes par le premier séducteur venu.

Elle sait tout de suite repérer le comédien qui voile de ses ténèbres les événements qui le dérangent. En dépit de son âge, de sa très longue expérience, des individus, utilisant des mots qui vomissent le mensonge, continuent à vouloir ruser avec cette princesse des lumières de la vérité.

Il en a fallu du temps, du sang et des larmes pour que Dame Histoire oppose le sceau de sa légitimité aux gouvernants d’un pays. Il est des peuples, en dépit des sacrifices consentis, qui attendent encore pour jouir de la générosité de la dite Dame. Pour l’heure, ils subissent la règle de la cooptation politique, cet enfant naturel né de la technique peu douce de la césarienne.

Il est des idéologues qui expliquent doctement que la cooptation est un passage obligé. Ils oublient, par ignorance ou machiavélisme, que les facteurs subjectifs, en l’occurrence l’intelligence des hommes aide à construire d’autres chemins moins escarpés et plus verdoyants.

S’ils avaient du respect pour Dame histoire, ces idéologues devraient l’écouter. Ils apprendront alors que la maîtrise des rapports entre facteurs objectifs et subjectifs, leur éviterait bien de problèmes. Car cette négligence/ignorance plonge leurs victimes dans le silence du néant, dans un désert qui assèche l’esprit de l’homme. Cet esprit orphelin de l’ivresse de la vie se voit livrer alors aux seuls tourments de l’angoisse existentielle.

Sous ce paysage labouré par la dureté de la vie et l’ignorance de seigneurs autoproclamés, sommeillent des phénomènes qui un jour ou l’autre disent Barakat, Basta, ras-le-bol de cette technique de la cooptation comme gouvernance politique. Dans la vie sociale, hier comme aujourd’hui, ici et là, la cooptation est un mode de recrutement, pas franche du collier sans pour autant être illégale. Mais en politique, ce mode de désignation qui tourne le dos à la souveraineté populaire, ouvre la voie à de dangereuses aventures. Car la politique est un jeu complexe de rapport de force dont les règles ont été codifiées lors des conquêtes des libertés. La grande politique ne joue pas dans des arrière-boutiques mais sur la grande scène de l’Histoire, théâtre des tragédies qui ont fait écrire à Shakespeare dans Hamlet "il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark".

La cooptation en politique avec ses règles ‘’particulières’’, n’est pas la mieux placée pour faire émerger une gouvernance apte à tenir le gouvernail du bateau nommé Etat. Et quand ce bateau tangue dans une mer démontée, le risque est grand de ne jamais voir le navire arriver à son port d’attache. La politique de cooptation croit pouvoir se contenter de gérer le présent. C’est mal connaître les forces qui s’agitent dans les entrailles d’une société. Car celle-ci renferme en elle le passé et exige que l’on anticipe le futur. Ignorer ces règles élémentaires des impératifs du politique, c’est abandonner la société aux pesanteurs du passé et faire faire du surplace au présent en l’amputant des utopies du futur qui finissent par devenir les réalités de demain.

Se poser ces questions évite de faire tenir le chapeau à la seule et trop facile malédiction, injuste et imprévisible. Les malheurs dans une société ont toujours avoir avec la nature du pouvoir en place qui se montre incapable de faire face ni aux outrages de l’histoire ni aux difficultés du présent. Le cas de notre pays aurait dû retenir l’attention de tous. Car la colonisation fut longue et la guerre de libération atroce. C’est du reste cette double caractéristique de notre histoire contemporaine qui a fait le lit de la cooptation en politique. Cette machine a été fabriquée évidemment sans l’avis des citoyens mais aussi sans celle de quelques acteurs de la révolution. Leur opposition a signé l’acte de leur mise à l’écart. L’on sait aujourd’hui que ces perdants n’ont pas été battus par la force de la loi mais par celle de la loi de la force des gagnants. Ces derniers ont ‘’légitimé’’ leur victoire par la rhétorique de l’histoire officielle. Heureusement les faits historiques sont têtus. Ils finissent par avoir les secours du temps qui s’est écoulé. Ce temps offre alors à l’histoire des vérités pour dire sa sentence. Et celle-ci a été alimentée parfois par des acteurs politiques retrouvant leur liberté de parole une fois éjectés du sérail. Le cours sinueux et parfois tragique de la guerre de libération a favorisé le silence. Les rivalités politiques et les contradictions idéologiques ont été quelque peu mises sous le boisseau au nom de l’unité face à l’ennemi. Mais une fois l’indépendance se profilait à l’horizon, les rivalités et contradictions éclatèrent devant l’opinion nationale et internationale.

Le congrès de Tripoli est à cet égard symbolique. Il fut un champ de bataille où l’on s’est étripé sans qu’une direction incontestée et incontestable ne soit élue à l’issue de ce congrès. On quitta Tripoli pressés de regagner Alger, car la bataille décisive pour la conquête du pouvoir ne peut se dérouler que sur le sol national.

Une fois installé à Alger les gagnants, sûrs de leur force se permirent d’arrêter Boudiaf qui connaîtra l’humiliation de la prison. Hocine Aït Ahmed qui exprima son opposition à la politique des gagnants, délaissa son fauteuil de député pour lui préféra la tenue de maquisard. Enfin Ferhat Abbas, le premier président du GPRA refusant les conditions de la rédaction et du vote de la première constitution du pays se voit cloitrer en résidence surveillée.

La cohabitation entre les gagnants se lézardait au fil du temps pour être enterrée un certain 19 juin 1965. Le pouvoir échoit alors à un militaire, colonel de son état qui avait commencé sa longue marche vers le pouvoir à la base de l’Etat-major de l’ALN à Ghardhimaou. En bon militaire, il avait dû élaborer minutieusement sa stratégie et ses implications tactiques sur le long terme et ce, en bon lecteur sans doute des écrits du Prussien Karl Von Clausewitz pour qui ''la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens''.

Au regard de ce survol historique certes rapide, on voit que la cooptation est un de ces cailloux charriés par les torrents furieux de l’histoire. Dans notre pays, la fureur du torrent a été ‘’excitée’’ par la blessure coloniale qui a figé les structures sociales du pays. Si l’on ajoute les déchirures du mouvement national, les sourdes rivalités politiques des groupes et l'ego des individus assoiffés de pouvoir, nous nous trouvons devant une pièce de théâtre shakespearienne où tous les coups sont permis.

Que peut l’histoire devant ces notions (malédiction, passage obligé etc) devenant de lieux communs qui empêchent de réfléchir avec la tête pour préférer la soumission aux frissons de la peur …? L’histoire peut beaucoup si on se donne la peine de l’écouter, de la lire et de comprendre sa complexité.

Aujourd’hui, les mutations dans le monde d’aujourd’hui et leurs conséquences ont cloué le bec à ceux qui prédisait la fin de l’histoire. Toutes les rengaines des discours dominants qui squattent le champ idéologique en nous vantant les "nécessaires" et rugueuses cooptations politiques, héritage du tribalisme et du clanisme… Ailleurs la chanson de la société libérale avancée à la Giscard d’Estaing ou bien le social libéralisme à la sauce de Cohn-Bendit parait plus ‘’moderne’’. Toutes ces contorsions idéologiques ne font plus recette car l’Histoire continue sa marche en avant sans demander l’avis des naïfs ou des cyniques.

Ali Akika
Cinéaste

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Commentaires (4) | Réagir ?

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moh arwal

Ils se sont demasqués tous les quatre avec cette photo.

Un proverbe dit :Qui s 'assemble se ressemble.

Des planqués durant la guerre de libération qui n'ont eu de révolutionaire que leur soif de pouvoir.

Les heros sont tombés les armes a la main tandis que ceux la, ils sont des poules moullées qui se cachaient pour survivre à la guerre et prendre le pouvoir à

l'indépendance. Preuve en est que Lord Zeroual , les méprise leur et pour cause il ne veut pas se se faire prendre en photo avec des individus de ce genre.

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elvez Elbaz

Les arabes vus par Iben Khaldoun (LA MOQADDIMA D'IBN KHALDOUN)

... Précurseur de la sociologie moderne, Ibn Khaldoun est une référence incontournable dans le domaine de la réflexion sur l'histoire sociale des peuples et civilisations méditerranéennes. En réponse aux arabo-staliniens et aux arabo-intégristes, qui érigent les arabes et leurs "civilisation " en modèle "universaliste ", nous publions un extrait d' "AI Muqaddima" d'Ibn Khaldoun qui parle, justement de cette civilisation arabe et des arabes. Notre objectif est de lutter contre l'amnésie et permettre à nos lecteurs de se faire leur propre opinion. Ce serait ainsi que les arabistes seront invités à davantage de modestie et de relativisme, à se remettre en question et à se situer "objectivement" dans le concert des civilisations....

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Ibn Khaldoun

Voici un extrait du livre de l'historien Ibn Khadoun (que les gens d'orient ont naturalisé Arabe, ainsi que les autres savants tels que Avicenne, Averroes, Elkhawarizmi... etc) consacré à l'étude sociologique des Arabes qu'il a vus à l'oeuvre en Afrique du Nord, et qu'il juge avec une grande lucidité. (bonne lecture)

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DE TOUS LES PEUPLES LES ARABES SONT LES PLUS INCAPABLES DE GOUVERNER.

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La cause en est qu'ils sont les plus bédouin de tous les peuples, celui qui erre le plus profondément à l'intérieur des déserts, celui qui sait le mieux se passer des objets de première nécessaire et des grains des régions cultivées, tant ils sont accoutumés à une vie dure et grossière, si bien qu'ils se suffisent à eux-mêmes. Leur goût et la rudesse de leurs moeurs font qu'ils n'acceptent que difficilement d'être soumis les uns aux autres; lorsque leur chef fait appel à eux, c'est le plus souvent à cause de l'esprit de corps qui les pousse à assurer leur commune défense, et il est obligé de n'exercer son autorité qu'en les ménageant et se garder de les contrarier, de peur de voir cet esprit de corps lui manquer, ce qui serait sa perte et la leur : or l'art de gouverner un empire ou un royaume exige que celui qui gouverne contienne par la force ses sujets dans leur devoirs, sinon il ne gouvernera pas correctement. En outre, il est du naturel des Arabes, comme je l'ai déjà dit, d'arracher aux autres ce qu'ils possèdent en propre, et ils ne s'occupent de rien d'autres. Si donc ils deviennent les maîtres d'un peuple quelconque, le but qu'ils assignent à leur domination est d'en profiter pour lui prendre ce qu'il possède, et ils négligent tout autre souci gouvernemental. Souvent ils remplacent par des amendes pécuniaires les châtiments corporels destinés à punir les mauvaises actions, se proposant d'augmenter par là leurs revenus et de profiter d'avantage : pareille pratique est incapable de contenir les hommes dans leur devoir, et souvent même elle pousse au mal, car celui qui a dessein de mal faire considère ce qu'il doit débourser de la sorte comme de peu d'importance en regard de ce que lui assure la réalisation de son dessein; , les crimes se multiplient, ce qui amène la ruine de la civilisation. Un tel peuple reste donc comme s'il était dépourvu de gouvernement, chacun cherche à voler le voisin, la civilisation ne peut plus se développer correctement et est rapidement ruinée par l'anarchie, comme j'ai déjà dit.

Pour tous ces motifs, le naturel des Arabes les rend donc incapables de gouverner un empire : ils n'y peuvent parvenir qu'après avoir modifié leur caractère sous l'influence d'une religion qui efface d'eux tous ces défauts, leur fasse trouver un frein dans leur propre conscience, et les pousse à protéger les hommes les uns contre les autres, comme j'ai déjà dit.

A titre d'exemple, considère ce qu'il en fut de leur pouvoir lorsque, devenus musulmans, la religion leur offrit une base ferme de gouvernement dans la Loi et celles de ses stipulations qui sauvegardent, aussi bien d'une manière externe que d'une manière interne, les intérêts de la civilisation : les califes d'alors appliquant les uns après les autres ces prescriptions, leur empire devint considérable et leur pouvoir très fort. Lorsqu'il vit les musulmans se rassembler pour la prière, Roustem s'écria :«'Omar me ronge le coeur : il enseigne aux chiens la bonne éducation!» Par la suite, des tribus cessèrent de prêter leur appui au pouvoir et négligèrent les préceptes de la religion, si bien qu'elles désapprirent l'art de gouverner et revinrent à leurs déserts, oubliant à la longue, du fait qu'elles n'étaient plus soumises à qui que ce fût et ignoraient les devoirs gouvernementaux, qu'elles aient jamais fait cause commune avec les représentants de l'autorité gouvernementale : elles retournèrent ainsi aux moeurs grossières qui avaient été les leurs auparavant, et le mot «empire» n'évoqua plus pour elles autre chose que leur communauté d'origine et de race avec les califes. Lorsque la puissance du califat disparut sans laisser de traces, les Arabes perdirent toute autorité au profit exclusif des races étrangères : ils demeurèrent alors dans les solitudes de leurs déserts, ne sachant plus ce que c'est qu'un empire et l'art de le gouverner, ignorant même, pour leur plus grand nombre, qu'ils avaient autrefois possédé un empire, quand aucun peuple au monde n'eut jamais empire comme celui que détinrent leurs tributs, témoins les dynasties de `Ad, de Thamoud, des Amalécites, de Himyar, et des tobba' du Yemen, puis au sein de l'Islam la dynastie modarite : Omayyades et Abbassides. Ils sont devenus incapables de gouverner lorsque, oubliant les préceptes de la religion, ils sont revenus à leur bédouinisme originel : il peut arriver parfois qu'ils s'assujettissent des États faibles, comme c'est aujourd'hui le cas au Maghreb, mais ils n'aboutissent alors qu'à ruiner la civilisation des pays dont ils se sont emparés, comme nous l'avons dit : Dieu donne à qui il veut Sa puissance souveraine.

UN PAYS CONQUIS PAR LES ARABES EST BIENTÔT RUINÉ

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C'est là, en effet, un peuple farouche, chez lequel la rudesse de moeurs s'est ancrée au point de devenir leur tempérament propre et leur naturel; et ils s'y complaisent, parce qu'elle leur permet d'échapper à l'emprise de l'autorité et à la sujétion à un gouvernement. Un tel naturel est incompatible avec la civilisation, et leur interdit de se développer, car errer et être les plus forts sont les seuls buts que leur assigne leur manière de vivre, ce qui interdit la vie sédentaire, de laquelle dépend la civilisation, et est incompatible avec elle. Si, par exemple, ils ont besoin de pierres pour caler leurs marmites, ils en arrachent aux constructions, les ruinant pour en avoir; de même, s'ils ont besoin de bois pour faire des poteaux ou des piquets pour leurs tentes, ils démolissent des toitures pour en avoir : la nature de leur existence est donc incompatible avec l'art de construire, qui est la base de la civilisation. Voilà comment il en va d'eux en général.

En outre, leur naturel est d'arracher aux autres ce qu'ils possèdent : leurs moyens d'existence sont à la pointe de leurs lances, et ils ne connaissent, pour ce qui est de prendre le bien d'autrui, aucune limite à laquelle ils se tiennent; au contraire, chaque fois que leurs yeux tombent sur un troupeau, un objet, un ustensile, ils se l'approprient de force. Si, ayant pris le dessus et s'étant adjugé l'autorité souveraine, ils ont toute latitude de se comporter ainsi, il n'est plus aucun moyen administratif de protection de la propriété, et la civilisation est ruinée.

Également, ils obligent les artisans et les corps de métier à des travaux sans leur en verser le salaire et le juste prix. Or le travail est, comme je l'exposerai, la véritable source de la richesse; si donc le travail est vicié, du fait qu'il n'est pas plus profitable, l'espoir en la richesse s'évanouit, les bras cessent le travail, l'ordre établit se dérange, et la civilisation se corrompt.

De plus, ils n'ont aucun souci de gouverner, d'empêcher les gens de mal faire et de les protéger les uns des autres : la seule chose dont ils se préoccupent, c'est ce qu'ils arrachent aux autres, soit par le pillage, soit par des extorsions. Parvenus à ce but, ils ne voient pas loin : nulle préoccupation d'améliorer la situation de la population, de veiller à ses intérêts, d'empêcher certains de mal faire. Souvent, il est vrai, ils infligent des amendes pécuniaires, espérant en tirer profit, en exigent des sommes considérables, comme ils s'y entendent, mais cela ne suffit pas pour empêcher de mal faire et arrêter ceux qui ont de mauvais desseins. Au contraire, car en la matière une amende pécuniaire pèse en regard de la réalisation des desseins.

C'est pourquoi leurs sujets restent, sous leur domination, comme privés de gouvernement, sans personne pour les régir, et l'absence de gouvernement est la perte de l'humanité et la ruine de la civilisation, en vertu de ce que j'ai exposé, à savoir que l'existence de l'autorité souveraine convient particulièrement à l'homme, et lui est naturelle, et qu'il ne peut avoir en dehors d'elle d'existence et de vie sociale.

En outre, tous parmi eux aspirent à commander : il est extrêmement rare que l'un d'eux consente à abandonner l'autorité à un autre, fût-il son père, son frère, ou le principal de sa famille, et encore n'agit-il ainsi qu'à contre-coeur et par respect humain. Si bien qu'un grand nombre d'entre eux sont pourvus d'autorité et de pouvoir, qui pressurent et tyrannisent concurremment leurs sujets, et c'est la ruine et la fin de la civilisation.

Un Arabe venu en députation auprès de `Abdalmalik, comme celui-ci s'informait auprès de lui d'al-Hajjaj, lui répondait (et dans son esprit c'était là faire l'éloge de la manière dont il gouvernait et rendait prospère sa province) : « Quand je l'ai quitté, il ne faisait de tort qu'a lui-même».

Aussi, considère tous les pays qu'ils ont conquis et assujettis depuis la Création : tu verras combien leur civilisation est disloquée, leurs habitations appauvris; leur terre elle-même est transformée. Au Yamen, tous les établissements sédentaires sont ruinés, à l'exception de quelques villes. Dans l'Irak Arabe il en va de même : la civilisation que les Perses y avaient développé est ruinée pour sa plus grande part. En Syrie, de nos jours, il en va de même. En Ifriquiya et au Maghreb, depuis que les Banou-Hilal et les Banou-Soulaïm y sont passés, au début du Ve siècle, et se sont acharnés sur ces pays pendant 350ans, toutes les plaines sont ruinées, alors qu'autrefois su Soudan jusqu'à la Méditerranée tout était cultivé, comme l'attestent les vestiges qui s'y trouvent : monuments, constructions, traces de fermes et de villages.

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