"La Porte de la mer", un roman de Youcef Zirem

La couverture de l'ouvrage.
La couverture de l'ouvrage.

C’est par la porte du roman que l’écrivain et journaliste Youcef Zirem nous invite à entrer dans cette Algérie compliquée et violentée.

L’Algérie, les années de sang, de larmes, de terreur, l’amour, la révolution manquée… C’est la voix d’une jeune femme que l’auteur a choisi pour nous raconter ces épisodes qui nous parlent tellement.

Amina est née dans les tourments de ce pays. Très jeune, elle perd sa mère. Elle doit apprendre à être adulte seule et prendre en charge ses deux petits frères. Son père plonge dans l’islamisme radical et rejoint les groupes armés. Il en devient émir. C’est pendant ses visites furtives qu’il viole sa fille. Enceinte, Amina brave la société et refuse d’avorter. C’est son premier acte de rébellion contre cette société rétrograde et sans aménité pour la femme. Acculée, elle croise le fer contre son destin.

Amina gagne Alger pour poursuivre ses études. "La cité de jeunes filles attirait tous les requins de la ville et des environs. Ils venaient s’approvisionner en chair fraîche". Elle découvre le monde de la nuit et la violence des enfants de la nomenklatura. Cornaquée par Karima, elle se laisse entraînée, par nécessité, dans les rencontres tarifées.

Dans ces nuits sombres, Amina découvre aussi le courage d’un journaliste et l’amour d’un homme pour lequel elle aura tout donné. "Aimer est plus fort que d’être aimé", confie-t-elle.

Avec un style d’une simplicité et d’une justesse déconcertante, Youcef Zirem porte un regard implacable sur les ressorts cassés de la société. Ce roman écrit à la première personne nous replonge dans cette décennie noire ou rouge (c’est selon) qui a plongé le pays et le peuple dans une des plus violentes guerres civiles.

Si certains ont continué à profiter de la situation chaotique pour faire des affaires, il y en avait qui œuvraient pour un autre destin. Tout n’était pas pourri, heureusement. "Je saisissais, sur le coup, qu’à tous les niveaux il y avait des gens honnêtes qui faisaient correctement leur travail… Ces soldats de l’ombre ne criaient pas sur tous les toits leur patriotisme mais apportaient du concret à leurs concitoyens".

L’auteur a parsemé son roman d’escapades historiques pour donner sans doute au récit cette perspective tragique qui enserre le pays dans l’imposture et le mensonge. Il y a comme une volonté pressante chez l’auteur de faire savoir certains faits historiques, oubliés, tus ou méconnus. Outre le tableau d'une société aux prises avec ses démons qu'il dépeint, ce roman est aussi une des passerelles vers ce passé interdit à la mémoire.

Hamid Arab

"La porte de la mer" de Youcef Zirem aux éditions Intervalles

Plus d'articles de : Culture

Commentaires (1) | Réagir ?

avatar
elvez Elbaz

Zirem est un intellectuel pétri de TIRUGZA (dignité) !un MASS (monsieur) bien!

L'interview qu il a faite de notre cher pierre assouline dans laquelle il déclara SON AMAZIGHITE HEBRAIQUE nous a vraiment enchantés, car celà nous a rappelés les "bons momenst" passés à échanger des idees sur le site PASSOULINE de notre compatriote de TAMAZGHA.

Cher Zirem, nous lirons avec plaisir votre livre.

Tanemirt ik a mis's n' trugza!