Désolé, la machine est en panne !

Les walis ont fort à faire avec la bureaucratie en Algérie.
Les walis ont fort à faire avec la bureaucratie en Algérie.

L'ordinateur ne marche pas, l'imprimante est en panne, l''électricité coupée, le réseau informatique encombré, le débit internet très faible, ou seulement, cette réplique, combien brutale et décourageante, de "makache" (il n'y en a pas) jetée à la face de quiconque s'entêtant dans sa réclamation d'un service ou d'une prestation quelconque auprès d'une administration publique en Algérie.

En voici, exposées ici, quelques-unes des nombreuses parades bureaucratiques utilisées par les nôtres, à différents niveaux de responsabilité, pour repousser les requêtes de leurs compatriotes! Serait, sans doute, menteur quiconque affirmant ne pas s'être heurté, au moins une fois dans sa vie, à ce mur de refus déguisé sous divers prétextes devant un guichet ou un bureau d'une administration. Mais pourquoi tend-on plutôt à punir l'usager qu'à le servir dans nos dispensaires, hôpitaux, mairies, daïras, etc? Est-ce le résultat d'une incompétence gestionnaire ou ce n'est qu'une mécanique instinctive découlant du «comportement dégénéré de l'Algérien de nos jours" ? Pour l’anecdote, chaque fois que je me rends au siège d'une municipalité à laquelle est rattaché mon lieu de naissance pour y établir des documents d'état civil, ces mots cognent dur contre les tympans de mes oreilles. Je peux même agrémenter ce chapelet par d'autres excuses qui prêtent confusément à rire, du genre : "les freins des camions ne tiennent pas" pour reporter par exemple le ramassage d'ordures ménagères de la ville ou "les pneus du bus communal sont crevés" pour annuler le ramassage scolaire dans les écoles, etc.

C'est que, avec la complicité active de tous, tout est à l’arrêt ou presque dans notre pays, lequel ne rêve ni ne veut rêver pour son avenir. En même temps, tout est licite, voire légitime pour "justifier, sans honte ni état d'âme, l'injustifiable". De même s’aperçoit-on que les Algériens sont, plus que jamais, servis par une terminologie religieuse "nuisible" (Mektoub et ses frères), transformée en mode-pub à large échelle. Ce qui les assure dans leur "opération d'auto-sabotage" et l'enracinement durable de leurs mauvaises habitudes. Enfin, l'islamisme n'est-il pas cette roue de secours qu'usent certains pour saper la raison et rendre l'absurde comestible pour tous? Hélas, nos handicaps sont devenus des tentacules de sphinx qui ne meurent jamais. Quoiqu'on fasse, on serait dans ce pays où lorsque l'on essaie de courir derrière ses droits, on nous flanque par "désolé, la machine est en panne... reviens demain!"» et ainsi de suite. Car, bien évidemment, la réponse se répète de la sorte presque tout le temps.

Ayant vécu la même situation l'an dernier face à un préposé de bureau de la Grande Poste à Alger qui sort le même argument pendant environ une semaine, j'ai fini par trouver cette jolie pirouette :- "Aujourd'hui pas de crédit mais demain oui!» Lançai-je tout de go à son égard "comment ?", me répondit-il déstabilisé «eh oui! C'est un commerçant de mon village pourtant serviable et gentil qui l'aurait écrit sur une affiche collée sur le mur de sa boutique". "Tu te fous de ma gueule ou quoi ?". "Tu crois?" "Oui". "Tant pis alors ! C'est la réponse du berger à la bergère!".

Kamal Guerroua

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