Bombino: "C'est en Algérie que ma carrière artistique a commencé"

Bombino sur scène.
Bombino sur scène.

Bombino, un humble artiste et un talent musical exceptionnel. Fier de ses racines et sa culture touarègue, Omara Moctar, plus connu sous le nom de Bombino, vit jusqu'à ce jour dans sa ville natale d'Agadès au nord du Niger, cependant, il voyage en continu pour faire des tournées dans les plus grandes villes au monde. C'est une performance fulgurante que ce guitariste touareg a partagé avec une foule de fans, dimanche 29 mai, à l'occasion du grand festival World Village (en finnois Maailma kylässä) qui se déroule chaque année à Helsinki, en Finlande.

Quelques minutes après sa grandiose prestation, Bombino nous a accordé ce petit entretien en estimant que "partout où nous allons dans le monde, nous devons transmettre notre culture". Pour lui, l'Algérie est une partie importante dans sa carrière artistique car tout a commencé à Tamanrasset.

Le Matin d'Algérie : Il y a juste deux semaines, vous vous êtes produits sur scène à Alger, quel souvenir gardez-vous de ce pays qui vous a déjà accueilli pendant des années ?

Bombino : Mes rapports avec l'Algérie remontent, en effet, à plusieurs années, et ma ville natale Agadès, au nord du Niger, n'est pas loin d'In Guezzam et de la frontières algérienne. Par exemple, il y a des proches à moi qui sont Algériens, comme oncles ou un cousin à papa. De plus, j'ai un proche à Tamanrasset qui est de la même famille qui habite au Niger. Au-delà des frontières, nous sommes donc proches, et je dis que je suis venu d'une région qui, justement, partage beaucoup de choses avec d'autres villes en Algérie, au Mali mais aussi en Libye.

Enfin, j'ai vécu auparavant de très bons moments en Algérie, et je vis aujourd'hui dans ma ville natale à Agadès. Aujourd'hui, je garde toujours des meilleurs souvenirs d'Algérie, d'une époque qui me rappelle effectivement de mes premiers pas vers la musique. C'est un pays qui m'a beaucoup inspiré.

Je vois que vous êtes très attaché à l'Algérie. Qu'est-ce qui vous a inspiré pendant votre séjour dans ce pays ?

Ma première inspiration en Algérie était bien ma guitare. Je me souviens en Algérie, il y avait des cousins qui venaient nous rendre visite, et ils ramenaient souvent leurs guitares. Dès que mes cousins sortent pour prendre l'air, je faisais semblant d'aller à l'école alors que je me cachais dans une chambre pour jouer de la guitare et profiter de ce bon moment-là. Il faut dire que la guitare n'était pas pour les enfants (rires). J'avoue alors que tous mes premiers débuts ont commencé a Tamanrasset. C'est dans cette ville que j'ai vu pour la première fois une guitare, et c'est là que j'ai appris à jouer.

En outre, des grands artistes m'ont beaucoup inspiré pendant cette époque-là en Algérie, à savoir Ali Farka Touré, et bien sûr Jimi Hendrix, Mark Knopfler et Dire Straits. Ces artistes m'ont tous marqué pendant que j'étais en train d'ouvrir mes yeux sur la musique.

Vous travaillez avec des artistes africains et occidentaux en même temps. À quel point cette harmonie renforce votre inspiration ?

Je pense que cela est toujours une expérience à avoir et à partager. Avoir une expérience de plus avec d'autres artistes est absolument quelque chose qui nous inspire et qui nous ouvre de nouvelles perspectives. Quoi qu'il en soit, un artiste, même s'il n'est pas touareg, il crée toujours une homogénéité et une certaine connexion avec d'autres artistes dans le groupe pour faire de bonnes musiques. La musique n'a pas de frontières, et les artistes partout dans le monde se rencontrent pour qu'ils se connaissent et partagent leurs expériences. Cela promeut toute sortes de musiques dans le monde.

À cet égard, il y a de très bons artistes au désert qui jouent bien, cependant, en Occident il y a plus d'accès au matériel. Dans le désert, c'est une évidence malheureusement, ça manque, on n'a pas les mêmes moyens pour aider les jeunes à développer leurs talents.

Vous avez récemment sorti votre dernier album "Azel". Pouz-vous nous donner un aperçu de votre travail pour sortir cet album ?

"Azel" est un travail de continuité mais aussi de connexion. Nous n'avons sorti aucun album depuis trois ans. D'autres part, il y a un nouveau batteur qui joue maintenant avec nous, et un nouveau bassiste mauritanien dans le groupe. On est donc une troupe qui partage des envies et des espérances communes de l'Afrique du Nord comme de partout. C'est bien tout cela, car, pour moi, la musique est comme un espoir qu'on porte pour changer ensemble le monde. Et si on arrive à se connecter bien avec quelq'un sans voir d'où il vient, je crois que l'objectif est déjà atteint.

Dans l'abum "Nomad", sorti en 2013, le producteur Dan Auerbach nous a beaucoup aidé dans sa production. Il faut dire qu'il était notre support pour aller de l'avant. Par ailleurs, le travail avec Dave Longstreth dans notre dernier album "Azel", était aussi bon. Il y avait une très bonne connexion entre les artistes et le producteur qui a réussi à travailler avec notre musique.

Comment voyez-vous aujourd'hui la culture touarègue dans le monde ?

Pour moi, c'est une mission absolument à faire. Si je me rends par exemple au Maroc, en Amérique ou n'importe où dans le monde, je pense toujours que je dois transmettre ma culture. Je dois porter quelque chose de notre culture qui montre nos anciens souvenirs. Ceci dit, même si on est là en Europe, on porte un costume ou un jeans, je pense qu'il faut toujours porter quelque chose qui reflète notre identité, d'où nous sommes venus...etc. Il faut donc promouvoir par tous les moyens notre culture touarègue.

Un dernier mot aux fans de Bombino qui attendent votre retour pour se produire sur scène en Algérie.

Je dis à tous mes fans d'Algérie, je souhaite vraiment revenir pour un autre concert. Ce sera assurément un grand plaisir de les revoir encore une fois. D'autant plus, c'est en Algérie que Bombino a commencé sa carrière, et c'est là que toute mon histoire avec la guitare est née. L'Algérie est toujours un pays important pour moi, qui m'a beaucoup inspiré.

Enfin, permettez-moi de vous ajouter un mot: au-delà de la politique, je ne comprends pas pourquoi on doit avoir un visa à chaquer fois qu'on veut se rendre en Algérie. Nous sommes pourtant des frères (sourire). Mes salutation à tout le monde !

Entretien réalisé à Helsinki par Hamza Amarouche

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