La politique en Algérie : un jeu de rôles, selon Ouyahia !

Ahmed Ouyahia
Ahmed Ouyahia

Le pays est, décidément, prisonnier d’un système qui, fatalement, conduira à une élection présidentielle où le léger comme l’incompétent pensent qu’il suffira de se présenter, ou de se retrouver au second tour face au candidat du pouvoir, pour gagner !

Les assurances des candidats à la candidature dont on devine par avance les noms, vont croissant à la faveur de la mise en place de la "démocratie apaisée" promise par le Président, Abdelaziz Bouteflika, dans sa lettre du 1er novembre 2015. Ils y croient, maintenant que les "mécanismes indépendants de contrôle et de gestion des élections", ont été constitutionnalisés, ce qui empêchera toute fraude et poussera plus d’un à s’investir dans la course vers El Mouradia !

Pour autant, la tâche ne sera pas facile pour tous les candidats parmi les chefs de partis et les personnalités nationales, désireux d’aller à la rencontre de leur destin. Comme l’ex-diplomate Lakhdar Brahimi par exemple, qui multiplie ses venues à Alger, pour rencontrer le président de la République, un véritable exploit à rendre jaloux les 19-3-1 ou ce qui en reste.

Il affirme, toutefois, qu’il ne lui sert pas d’alibi en faisant allusion aux six ou sept entrevues que ce dernier lui a accordées par le passé : "Je remercie le Président de la République de me recevoir de temps à autre ; cette (dernière) visite m’a permis de discuter avec lui et d’écouter ses avis et ses analyses sur tout ce qui concerne l’Algérie ainsi que la région".

Mais ce type de réponse ne semble pas satisfaire les observateurs de la sphère politique. Comme le politologue Rachid Grine qui, relayant une information publiée outre atlantique, affirme dans un entretien accordé au journal électronique "Tsa", que Lakhdar Brahimi est bel et bien candidat à la magistrature suprême : "il n’est pas parti pour faire 10 ans mais juste un mandat", révèle-t-il.

L’intéressé au courant certainement de toutes les rumeurs qui courent sur son avenir politique, a démenti le 15 février dernier, toute ambition présidentielle : «je vois le Président en tant qu’ancien compagnon et camarade ; nous avons travaillé ensemble très longtemps, il n’y a absolument rien d’autre !» a-t-il tenu à déclarer sur les ondes de «Berbère Télévision».

S’il n’a pas envie d’être le «Hamid Karzaï» algérien, se sont laissés dire certains, il doit être certainement investi d’une mission particulière justifiant ses aller-retour. Laquelle ? La réponse est, peut-être, à rechercher dans sa déclaration concernant le débat sur la «réouverture de la frontière terrestre algéro-marocaine» ? Se déclarant «maghrébin convaincu», il s’est dit «très affecté par le fait que les relations entre les deux pays ne sont pas ce qu’elles devraient être».

Lakhdar Brahimi médiateur entre Alger et Rabat ? Peut-être bien.

En attendant, gageons que le «docteur» Lakhdar et «Mister» Brahimi continueront à alimenter longtemps la chronique politique de notre pays, au fur et à mesure qu’on se rapproche de l’élection présidentielle !

Au même moment, Amar Saâdani, le secrétaire général du FLN rappelle avec persistance, que le Président de la République est bel et bien en poste, et qu’il a, plus que jamais, l’intention d’aller jusqu’au bout de son mandat. Message destiné certainement à ceux de l’opposition qui n’ont de cesse d’exiger l’instauration d’une période de transition. Est-ce à dire pour autant que les présidentielles ne sont pas à l’ordre du jour ? Pas si sûr, et le moins que l’on puisse dire pour l’instant, c’est que la scène politique risque de connaitre dans les mois à venir, quelques soubresauts, voire des surprises.

Avec tout d’abord, l’énigme Chakib Khelil. Ses tournées dans les zaouïas du pays, intriguent plus d’un. Elles ont même fait réagir la secrétaire générale du parti des Travailleurs qui pense «qu’elles n’ont rien à voir avec la religion ; il est en train de faire campagne pour briguer la magistrature suprême, avec l’appui de l’administration et du ministère des affaires religieuses».

L’intéressé insensible aux critiques laisse faire. Il se dit au service de son pays. Il ne remplit pas les conditions prévues par la constitution pour occuper le poste de chef de l’Etat, a tenu à souligner Hocine Malti dans une longue contribution remise à la presse. Mais pour le pouvoir, fait remarquer ce dernier, il y a le feu à la maison, il lui faut donc agir vite, sans trop se préoccuper d’arguties juridiques. Il n’attendra certainement pas 2019 pour mettre en place la relève, puis, la fin justifiant les moyens, il finira par trouver l’entourloupe qui lui permettra de rendre la candidature de Chakib Khelil possible.

A défaut, il lui confiera des leviers importants du pouvoir, conclu ce politologue. Il sera le «Chalabi» algérien a posté un internaute ! En Irak ce personnage a été introduit et embarqué «embedded» comme disait les américains. Et la suite on la connaît.

Il n’en reste pas moins que Chakib Khelil a trouvé en Amar Saâdani un soutien de poids, sans toutefois donner du crédit à ceux qui pensent que celui-ci est en campagne en perspective de 2019, voire avant. Il vient d’ailleurs de faire sa rentrée politique après une absence remarquée en déclarant : «Dieu, le peuple, le FLN et des hommes pieux et intègres sont avec le président de la république Abdelaziz Bouteflika. Personne ne pourra le forcer à partir !»

Mais à en croire un article publié par El Watan du 9 mai dernier, le chef du FLN commencerait à perdre pied, non seulement au sein de son parti, mais aussi auprès de ses principaux soutiens au plus haut niveau de l’Etat. Une pétition suggérant le retrait de confiance aurait récolté quelques 97 signatures de parlementaires en quelques jours seulement, alors qu’une campagne pour son élargissement aux cadres et militants du FLN est entreprise dans les 48 wilayas. Ce serait, semble-t-il, ses sorties médiatiques et surtout ses attaques contre le directeur de Cabinet de la Présidence de la République, qui lui auraient valu sa disgrâce et qui ont fini par irriter en haut lieu.

Le début de sa fin ? Oui, à en croire un sondage des lecteurs du "Soir d’Algérie" qui estiment à 65,10 % que le message de félicitations adressé par le Président de la République à Ahmed Ouyahia au lendemain de son élection à la tête du RND, sonne comme un désaveu à Saâdani ! Il faut dire aussi que la semaine a été florissante pour Ahmed Ouyahia qui a connu ses heures de gloire. Selon les observateurs, il peut, désormais, avancer "sans masque". Un blanc-seing lui a été délivré par Abdelaziz Bouteflika ; plutôt un «wait and see», tient à tempérer un éditorialiste qui rappelle que "la communication officielle étant, comme de coutume, un ensemble de messages sibyllins, on peut déceler dans le message du Président, quelques signaux en direction des acteurs politiques et aussi, éventuellement, une consolidation de l’ambition présidentielle d’Ouyahia".

C’est une lecture. Il n’en reste pas moins qu’après la brutale mise à l’écart d’Abdelaziz Belkhadem qui se voyait président avant l’heure, il ne resterait en définitive des hommes du Président, qu’Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia. Ce dernier sait attendre son heure. Il est maintenant presque admis que son rival d’aujourd’hui, le Premier ministre Abdelmalek Sellal, n’est pas en état de «challenger» le Président de la République. Pour autant, quelques questions se posent quant à l’avenir immédiat du secrétaire général du RND.

Quelles seront ses prochaines étapes ? va-t-il se consacrer, désormais, à fourbir ses armes en vue de la guerre de succession à El Mouradia ? Ou se prépare-t-il à réinvestir, une fois encore, le Palais du Gouvernement ?

Tout porte à croire, en effet, que son travail ne fait que commencer ! Après avoir assuré ses arrières en se faisant élire pour 5 ans, il s’est acquis une base fidèle et des relais forts ; il s’est débarrassé de tous ses détracteurs. Il fait figure, désormais, de favori pour la course à la présidentielle. Maintenant plus que jamais, d’autant plus qu’il a entre les mains «l’appareil», la redoutable machine électorale du RND. Mais, bizarrement, les observateurs avisés accordent plus d’attention aux petits pas de Chakib Khelil qui vient, semble-t-il, coup sur coup, de faire sa déclaration de patrimoine et d’accorder un entretien de plus de deux heures à la chaine «Ennahar TV», proche des cercles du pouvoir : il dit se tenir à la disposition de son pays !

L’homme c’est vrai dispose d’un carnet d’adresses des plus étoffés, en plus de son expérience indéniable dans le monde du pétrole.

Devant la persistance de la crise, les autorités, dit-on, réfléchissent sérieusement au retour au premier plan de Chakib Khelil et d’Ahmed Ouyahia au gouvernement, dans un premier temps. Il est tout aussi clair que ces deux hommes sont programmés pour jouer des rôles importants, du point de vue desdites autorités, dans une situation économique et sécuritaire, très difficile, tant à l’intérieur qu’à l’international :

  1. L’ancien ministre de l’énergie, parce qu’il bénéficie d’un préjugé favorable des institutions financières internationales, le FMI notamment, et qu’il serait susceptible d’en obtenir les meilleurs conditionnalités en cas de retour du pays à l’endettement externe.
  2. Le directeur de cabinet à la présidence de la république, parce qu’il est l’homme à poigne indispensable pour conduire un gouvernement de crise. Et forcément impopulaire !

En définitive, et il faut se rendre à l’évidence, ce n’est pas tant le «nouveau modèle économique» qui préoccupe présentement les autorités en charge des affaires du pays, mais la mise en place du décor pour la présidentielle de 2019. Tout le savoir- faire du pouvoir semble avoir été investi dans cette entreprise politique devant assurer une succession au pouvoir en place. Au lieu et place d’une alternance comme souhaitée par l’opposition.

D’ailleurs, ceux de l’ISCO ne cachent plus leurs desseins et aussi leurs divergences. Par exemple, Ali Benflis, le candidat malheureux des dernières élections qui se dit opposant au Président et en même temps affirme qu’il respecte profondément l’homme, dont il sera, à coup sûr, le challenger en 2019. Il peine, pour le moment, à s’affirmer comme le chef de file de l’opposition. Le titre lui est contesté par le chef du MSP, lui-même en butte à Djaballah qui, apparemment, a choisi sa cible en la personne de Mokri qu’il accuse d’avoir un pied dans l’opposition et l’autre dans le pouvoir, manière de se légitimer comme unique chef des islamistes. Quant à Louisa Hanoune, elle reste fidèle à elle-même, et s’entête à s’opposer à l’opposition.

Dans le rang des personnalités, il y a Mouloud Hamrouche qui l’a joue solo, pensant être l’homme du consensus, tout comme Ahmed Benbitour et bien d’autres. Et pour compléter cette chorégraphie, l’inénarrable Rachid Nekkaz, continue, comme à son habitude, d’amuser les foules.

Mais si tout cela n’était qu’un jeu ? "Plutôt un cirque, aurait affirmé Ahmed Ouyahia à Réda Malek attablé avec lui à l’occasion d’un diner familial ! Oui, a-t-il ajouté, un montage de mensonges, un simple jeu de rôles entre nous, pour tromper les autres !" (*)

Cherif Ali

Renvois

(*) "Stratégies d’Ouyahia" de Kamel Gueroua. In Le quotidien d’Oran du 8 mai 2016.

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Commentaires (13) | Réagir ?

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klouzazna klouzazna

Et lui qui n'a sans cesse précipité pour se faire endosser l'habit de "clown" de service !!! ou plutot des services...

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khelaf hellal

On l'a compris M. Ouyahia : Un jeu de rôles et de clin d’œil au porte-feuille. On n'est pas dupes, on sait où réside le soi-disant patriotisme dont vous vous gargarisez chaque jour. Le défunt inspecteur Tahar vous a filé le tuyau : Ce que vous ne pouvez pas proférer par la bouche , vous ne perdez rien à le faire par un autre canal. Vous voyez ce que je veux dire : gare aux fuites de patriotisme.

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