Ces enfants de la nomenklatura...

Les hautes autorités offrent des privilèges à leurs progénitures
Les hautes autorités offrent des privilèges à leurs progénitures

A une question sur les inégalités sociales dans le pays, Abdelaziz Belkhadem a eu une fois cette étrange répartie : ‘’ Dieu a créé le riche et le pauvre !’’ ; la réplique, en donne fondamentale des religions monothéistes, devenait outrageante dans sa bouche car on venait d’apprendre que son fils possédait un hôtel et un restaurant en Espagne. Grossier usage du paravent de la religion pour camoufler une immonde et vile supercherie : l’existence d’une confrérie (à la population en constante progression) qui s’est substituée à Dieu pour sélectionner les riches dans ce pays, et les préserver de la misère du reste du peuple. Assertion que corroborent largement les faits suivants.

Ainsi, le fils de Bouabdallah Ghlamallah (ex-ministre des Affaires religieuses) a été cité à Chlef dans une affaire juteuse de trafic de passeports pour hadjis. On a parlé de l’acquisition par le fils de Hamid Melzi (puissant gestionnaire de la Résidence du Club des Pins) du restaurant, L’Hacienda, sis au sein même de l’établissement dont son père est directeur, et des travaux effectués pour le rendre chic et luxueux en vue de le fusionner à une ancienne boîte de nuit, La Sfina, dont la propriétaire fut expulsée des lieux ; de la fille d'Amar Saâdani (secrétaire général du FLN) possèdant un appartement dans le très chic XVIème arrondissement de Paris. On sait que Reda Bedjaoui (neveu de l’ancien ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui) fut cité dans l’affaire de l’autoroute est-ouest, tandis que Farid, son frère, est poursuivi par la justice italienne pour une affaire de pots-de-vin relatifs à des contrats pétroliers avec notre Sonatrach (preuve médicale administrée que toute une famille se retrouve infectée, aussitôt l’un de ses membres atteint par un virus). On a lu que la fille de l’actuel Premier ministre possèderait un appartement de luxe à Paris. On sait que Mohamed Bayou (qui géra la filiale SPC de Sonatrach à Londres dans les années 1990) et ses deux fils sont cités dans le dossier Sonatrach II, et que deux fils de Mohamed Meziane (ex-PDG de Sonatrach, et principal accusé dans l’affaire Sonatrach I traitée récemment) purgent une peine de prison pour leur participation dans la dite-affaire, aux côtés de deux fils de Hachemi Meghaoui, responsable de la banque CPA. On parle du neveu d’Ali Haddad (le puissant patron du FCE) en bénéficiaire favori de marchés de travaux publics. La fille et les deux garçons de Cherif Rahmani (ancien ministre, et ex-gouverneur d’Alger), sans compter son épouse, mèneraient une vie prospère, possédant de nombreux biens à l’étranger (dont trois pieds-à terre dans le XVIème arrondissement de Paris), en France et jusqu’aux Canaries, aux Bermudes et en Thaïlande, investissements diversifiés dans les vêtements, la lingerie, les chaussures, les importations de produits cosmétiques et parapharmaceutiques, mais aussi dans la gérance de cabinets de conseil et d’ingénierie. La fille du général Guenaizia ainsi que son mari occuperaient des postes au sein de la compagnie Air Algérie en Suisse, de même que la fille du général Ataïlia.

Les "Panama Papers" ont également cité un fils de Chadli Bendjedid qui posséderait une société offshore. La liste serait, bien entendu, incomplète sans Chakib Khellil et le fameux mandat d’arrêt international lancé contre lui, sa femme et ses deux fils, et bizarrement annulé pour vice de forme (le retour de celui-ci au pays, seul, signifie déjà que ce dossier réserve encore des surprises). Quant au fils de Ahmed Boustila (qui fut général-major en charge de la gendarmerie nationale), il s’accapara illégalement un terrain et en fit un port sec aux juteuses rentrées (il semblerait cependant que le tracé du métro passant par cet endroit, et une action en justice, sont arrivés à le condamner à démolir ses installations). Le fils d'Abdelkader Zoukh, wali d’Alger, possède un logement à Oran, mais parvient à obtenir un appartement à …Alger. Et cetera, et cetera …

Ces informations, qui ont été relatées par la presse nationale, et pour partie, par celle occidentale, ne constituent point, par conséquent, le travail d’une investigation de notre part ; leur compilation nous a semblé, en revanche, judicieuse pour fournir une base à une réflexion sur ce qui s’apparente à un véritable fléau. Brice Hortefeux, ami sans faille de Sarkozy, et dont le racisme n’est pas à démontrer, fit le commentaire suivant à propos des immigrés maghrébins : "quand il y en a un, ça va, c’est quand ils sont nombreux que ça pose problème !" On pourrait s’en inspirer pour dire, concernant le sujet qui nous intéresse, qu’au vu du nombre des cas évoqués plus haut (certainement à peine la partie visible de l’iceberg), il y a problème, et grave. Force est, en effet, de croire que nous sommes en présence d’une ignoble pratique, érigée en règle chez nos responsables, d’acquérir des biens, principalement à l’étranger, au profit de leurs progénitures; mais pire, on s’aperçoit, effarés par l’ampleur du phénomène, que ces dernières, point du tout angéliques, participent gaiement à l’activité charognarde de dépeçage du pays initiée par leurs parents depuis l’indépendance. D’où cette odeur de putréfaction avancée de nos institutions de contrôle qui prend aux nez, cette nausée que des enfants puissent avoir été élevés dans le même esprit de prédation que leurs parents pourris, excluant l’amour ou l’intérêt du pays (on a, durant le procès Sonatrach, eu loisir d’étayer ce sentiment épouvantable, en réalisant le peu de scrupules qu’ont eu les enfants de Meziane cités plus haut, quand ils se mirent à tordre le bras de leur géniteur pour favoriser la société allemande qui les avait recrutés). Richesses qui ne sont donc pas fruit d’études ou d’initiatives entrepreneuriales honnêtes, mais indûment accaparées à l’ombre des hautes fonctions des géniteurs en question ; il est particulièrement révoltant de savoir que ces enfants sont parfaitement conscients de l’origine de leurs privilèges d’habiter Paris ou de leurs comptes bancaires, mais peut-on ingénument attendre de l’un d’eux qu’il interpelle son géniteur sur le caractère frauduleux de son bien-être? En octobre 2009, Jean, le fils de Nicolas Sarkozy (alors président de la France), brigua la présidence de l’EPAD (Etablissement Public pour l’Aménagement de la région de la Défense), mais dut se retirer de la course en raison du tollé que son ambition suscita ; le message de l’opposition à sa démarche était clair : la réussite devait dériver de l’école et du travail dur, et non pas de la naissance. Belle leçon, mais là-bas, c’est l’Occident!

La compilation écoeure de sa réalité, elle enlaidit l’image du pays en réduisant celui-ci à une consternante pompe à fric qui aspire la rente pétrolière, la transforme en prébendes que les nantis du pouvoir se chargent de réinjecter dans d’autres pays, principalement la France, au profit de leurs familles ; en autorisant ces usages jusqu’à en faire une tradition honorable, l’Etat crée des castes (cette expression de la volonté divine, si commode et si chère à A.Belkhadem), accentue l’écart entre celles-ci et la masse des parias issus des couches pauvres, au lieu de stimuler l’émulation par le mérite et la promotion de l’esprit créatif. A la moindre information, quel que serait le moyen par lequel celle-ci parviendrait à leur attention, le fisc et la justice des pays développés allient leurs forces pour sévir. Notre système politique est ainsi bâti qu’il musèle ces services de répression pour autoriser ses serviteurs, laudateurs et thuriféraires, à aller encore plus loin dans la saignée ; nous en avons eu récemment des preuves avec le silence de la justice concernant la citation d’un de nos ministres par les Panama Papers (en attendant la date du 9 mai qui mettra les listes complètes de cette investigation internationale à la connaissance du public), ou le retour sur le sol national d’un homme sur lequel continuent de peser des soupçons graves d’avoir perçu de faramineux dessous-de-table.

L’on ressent, dans un premier temps, le désir de rappeler à Abdelaziz Belkhadem que Dieu différencie aussi le Licite de l’Interdit, et a créé à cet effet le Paradis et l’Enfer ; l’on a aussi envie de lui rapporter, ainsi qu’aux géniteurs indélicats, que la France vient de saisir une partie des biens de la famille Bongo, information qui devrait inciter à se méfier des pays de l’ouest accueillant à bras ouverts les fortunes douteuses pour les geler au gré de leurs intérêts politiques ; il y a ceci de malsain dans l’attitude de la France (parce que c’est la destination de prédilection de nos ex-responsables pour leur deuxième vie, leurs fortunes, et leurs familles) qu’elle entretient une ambiguïté dans sa relation à notre pays où la connivence (ou complaisance) se mélange à une sorte de chantage maffieux d’ancien colonisateur dont l’Histoire nous révèlera les secrets un jour. Il y a lieu également de rappeler au souvenir de nos méprisables équarrisseurs que certains de nos compatriotes, exilés parfois pour des raisons autres qu’économiques, peuvent leur demander des comptes (le cas des ennuis judiciaires auxquels Khlaed Nezzar s’est trouvé confronté en France renseigne sur leur capacité de nuisance). Enfin, il serait bon d’avertir leurs enfants que vivre dans ces pays de l’ouest nécessite une culture des normes qu’il leur sera difficile de se pénétrer : tout ce qui, de ce côté-ci de la Méditerranée, est permis quand on est bien né, se paie cher sur l’autre rive où l’on perd de facto les privilèges du nom. Acheter ou vendre avec facture, s’acquitter de ses impôts, payer l’essence, l’électricité et le gaz à leurs prix réels, sans compter le racisme que les attentats de janvier et de novembre 2015 ont inscrit durablement dans l’esprit gaulois, devrait donner à réfléchir à ces pourris bruns, ‘’grands et petits, chacun par son nom’’ ; quand à ceux qui sévissent encore ici, de nombreux indices enseignent que la fin de l’ère du passe-droit est en phase d’aboutissement. A bon entendeur !

Bacha Ahmed

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Commentaires (1) | Réagir ?

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khelaf hellal

On ne sait plus lequel est le plus à blâmer : celui qui vole la part de richesse et le bien des autres ou l'autre qui se laisse arnaquer et voler sa part de dignité et sa chance dans la vie sans dire mot. Il y a comme un accord tacite entre le voleur et le volé, entre le pauvre et le riche, aucune conscience de classe ni d'en savoir plus sur ces inégalités toues faites, ces clivages sociaux, ces aberrations du sort que l'on veut imputer à la religion et la fatalité divine.