Réunion des pays OPEP/non-OPEP : pas de remontée des cours à attendre

La réunion de Doha n'apportera pas de grands bouleversements sur le marché pétrolier.
La réunion de Doha n'apportera pas de grands bouleversements sur le marché pétrolier.

Pour la prochaine réunion des pays OPEP/non OPEP, le 17 avril 2016, il faut éviter les analyses euphoriques bien que le cours du pétrole du fait des tensions géostratégiques notamment entre l’Iran/Arabie Saoudite et des incertitudes de l’économie mondiale bien que le cours a subi une légère remontée et a été coté le 14 avril 2016 pour le WIT américain à 41,59 dollars le baril et le BRENT à 43,89 dollars avec un cours euro/dollar de 1,1383 dollar un euro. Il n’y aura pas une remontée spectaculaire, étant entendu que c’est un gel de la production et non une diminution, l'excédent s'étant chiffré à 2,52 millions de barils par jour au premier trimestre 2016.

Qu’en sera-t-il du grand absent, les Etats-Unis d’Amérique qui est un des plus grand producteur et bientôt un des plus grand exportateur , des cas spécifiques de l’Iran qui prévenu qu'il comptait avant toute chose atteindre une production de 4 millions de barils par jour et n'envisagerait un gel de sa production qu'une fois ce seuil atteint, également de l’Irak et la Libye qui ont besoin de financement pour reconstruire leurs économies et le plus grand producteur l’Arabie Saoudite ? Pour étudier l’évolution des prix dans le secteur de l’énergie, on doit s’en tenir aux fondamentaux en plus des enjeux géostratégiques, le cours du pétrole ayant subi certes une légère remontée et été coté le 13 avril 2016 le WIT américain à 41,62 dollars le baril et le Brent à 44,24 dollars mais avec un cours euro/dollar de 1,138 dollar un euro. Car le Fonds monétaire international (FMI) dans son dernier rapport du 12 avril 2016, révise à la baisse les perspectives de croissance de l’économie mondiale de 3,1 à 3,2% pour 2016 contre une prévision de 3,4% et de 3,5% en 2017

Dans un discours prononcé devant le who’s who de la finance mondiale réuni à Washington pour les traditionnelles réunions de printemps du Fonds et de la Banque mondiale, M. Obstfeld, ancien conseiller économique du président américain Barack Obama, n’a pas caché son inquiétude soulignant avec force que "nos prévisions sont de moins en moins optimistes". Malgré les politiques monétaires accommodantes (taux d’intérêt presque zéro) tant de la FED que de la BCE, la demande, qu’il s’agisse de la consommation ou de l’investissement, est en berne. Les différents scandales révélés au niveau mondial par le «Panama papers» mais qui concerne d’autres paradis fiscaux qui devraient être dévoilés prochainement impliquent l’amélioration du fonctionnement du système monétaire international, la stabilité financiers des marchés, et surtout la moralité des relations internationales par une plus grande coopération internationale qui touche également la lutte contre le terrorisme qui est une, menace planétaire. Le Brésil plongé dans une grave crise politico-financière, et la Russie, devraient connaitre la récession en 2016/2017 avec un PIB en recul en 2016 respectivement de 3,8% et 1,8%. La Chine n’aurait qu’une croissance de 6,5% avec le risque de créer de nouvelles turbulences financières. Le FMI prévoit une croissance faible pour les économies avancées : ses estimations pour les Etats-Unis comme la zone euro sont encore plus faibles que prévues (-0.2 point), avec une croissance de 2,4 et 1,5 % respectivement et même le Japon devrait connaitre une récession en 2017.

D’une manière générale, selon le FMI , la faiblesse de l’activité manufacturière et du commerce ne s’explique pas seulement par l’évolution de la Chine mais aussi par le caractère «modéré» de la demande et de l’investissement en général. "Les tensions financières dans de nombreux pays exportateurs de pétrole réduisent la capacité de ces pays à atténuer le choc, ce qui entraîne une baisse considérable de leur demande intérieure." Les investissements dans l’extraction de pétrole et de gaz ont diminué, "ce qui ampute aussi la demande globale". Aussi les perspectives n’incitent pas à l’optimisme. "Les risques sont plutôt de nature baissière", selon le FMI les listant : un ralentissement plus net de la Chine, une appréciation plus forte du billet vert et un durcissement des conditions de financement à l’échelle mondiale, une poussée de l’aversion au risque à l’échelle mondiale et une escalade des tensions géopolitiques actuelles. Ces incertitudes contribueraient je cite le FMI : «à dérailler la croissance mondiale si ces écueils importants ne sont pas bien gérés». Cela un impact sur l’économie algérienne qui est totalement extériorisée et dépendante de l’évolution de l’économie mondiale via la rente des hydrocarbures directement et indirectement 98% des recettes en devises et important 70% des besoins des ménages et des entreprise publiques et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15%. Malgré des discours déconnectés de la réalité, les exportations du secteur privé, dont plus de 97% de PMI/PME peu innovantes, souvent endettés vis-à-vis des banques, peine à atteindre les 1%. Comme le FMI a revu à la baisse ses prévisions de croissance de l’économie mondiale et craint une bulle financière mondiale entre 2017/2018 qui aurait pour conséquence un ralentissement de la demande d’hydrocarbures avec une déprime des prix du pétrole. Le rapport du FMI note que pour 2017 la croissance du produit intérieur brut PIB serait de 2,9% en 2017 contre 3.4% pour 2016. Le FMI prévoit un déficit du trésor pour l’Algérie de 17,1% à la fin 2016 contre 15,7% en 2015 avant de se stabiliser à hauteur de 16,2% en 2017. Comme il prévoit une «dégradation» du marché du travail, où le taux de chômage va connaitre une tendance inverse pour atteindre 12,1% en 2017 contre 11, 3% en 2016. Le taux d’inflation calculé par le FMI est biaisé incluant les produits subventionnés (pain, lait, carburants, eau , électricité etc), sinon le taux serait supérieur à 5% posant le problème de la rentabilité de l’actuel emprunt national dont le taux est de 5% à moyen terme. Aussi pour l’Algérie, face à ces incertitudes vis-à-vis de l’avenir, il s’agit d’avoir une stratégie d’adaptation du fait qu’elle plombe le cours du pétrole (le prix du gaz étant indexé sur celui du pétrole) et donc sur la baisse des recettes de Sonatrach principale source de financement.

2.- Pour la prochaine réunion des pays OPEP/non OPEP, il faut éviter les analyses euphoriques ne devant pas s’attendre selon l’AIE à une remontée spectaculaire, le prix d’équilibre du pétrole étant fondamentalement déterminé par une entente entre les USA, non concerné par cette rencontre et l’Arabie Saoudite et à un moindre degré par la position de deux autres grands producteurs, l’Iran et l’Irak qui entendent accroitre leur production . Le cours du pétrole a subi certes une légère remontée et été coté le 14 avril 2016 dans la matinée le WIT américain à 41,59 dollars le baril et le BRENT à 43,89 dollars mais avec un cours euro/dollar de 1,1383 dollar un euro, et un dérapage accéléré du dinar algérien coté 122, 275 un euro et 107,700 un dollar mais devant s’en tenir aux fondamentaux au nombre de neuf.

Premièrement, la raison essentielle de la chute des cours du pétrole depuis juin 2014 est donc due la faiblesse de la croissance de l’économie mondiale comme mis en relief précédemment. Deuxièmement, du côté de l’offre, nous assistons à une hausse plus rapide que prévu de la production de pétrole (non conventionnel) des USA qui bouleverse toute la carte énergique mondiale qui exportera en 2017 en Europe concurrençant fortement l’Algérie maillon faible et accessoirement la Russie. Troisièmement, les rivalités au niveau de l’OPEP dont certains ne respectent pas les quotas, bien que cette organisation représente que 35/40% de la production mondiale commercialisée, 60/65% se faisant hors OPEP, de la rivalité Iran-Arabie Saoudite (plus de 35% de la production OPEP), qui ne veut pas perdre ses parts de marché. Quatrièmement, la stratégie expansionniste de Gazprom, La Russie qui a toujours jusqu’à présent profité de la baisse des quotas OPEP pour accroître ses parts de marché, a besoin de financement, les tensions en Ukraine n’ayant en rien influé sur ses exportations en Europe où sa part de marché a été de 30% entre 2013/2015 contre 8/9% pour l’Algérie. Cinquièmement, du retour sur le marché de la Libye 800.000 barils/jour actuellement et pouvant aller vers 2/3 millions de barils/jour, de l’Irak avec 3,7 millions de barils jour (réservoir mondial à un coût de production inférieur à 20% par rapport à ses concurrents) pouvant aller vers plus de 5 millions/jour, ayant besoin de financement qui entend pénétrer le marché Asie. L’Iran , a des réserves de 160 milliards de barils de pétrole lui permettant facilement d’exporter entre 4/5 millions de barils jour et le deuxième réservoir de gaz traditionnel avec plus de 34.000 milliards de mètres cubes gazeux , sans compter qu’il aura alors accès aux quelques 100 milliards de dollars bloqués dans les banques étrangères, qui pourront augmenter ses exportations et attirer les investissements étrangers. Sixièmement, les USA/Europe qui représentent actuellement plus de 40% du PIB mondial pour une population inférieure à un milliard d’habitants poussent à l’efficacité énergétique avec une prévision de réduction de 30%, l’avenir en 2030 appartenant à l’hydrogène et aux énergies renouvelables. Aussi, les perspectives, horizon 2017-2020 ont pour objectif stratégique de renforcer l'efficacité énergétique grâce à une transition énergétique maîtrisée, avec d'importantes résolutions lors de la rencontre de la COP21 à Paris à sur le réchauffement climatique notamment dans le bâtiment et le transport. Septièmement, les tendances sont à une nouvelle division et spécialisation internationale avec la concentration de l’industrie manufacturière forte consommatrice d’énergie en Asie qui absorbera 65% de la consommation mondiale horizon 2030, notamment l’Inde et la Chine. Les relations clients –fournisseurs seront à leurs avantages, pour avoir des avantages comparatifs et pousseront à la baisse des prix. Huitièmement, l’occupation par les terroristes de champs pétroliers et gaziers les écoulements au marché noir notamment en Irak pour un baril entre 30/40 dollars Neuvièmement, l’évolution des cotations du dollar et l’euro, toute hausse du dollar, avec la décision récente de la FED de relever le taux d’intérêt influe à la baisse le cours du pétrole, bien que n’existant pas de corrélation linéaire.

En résumé, les pays du CCG ont enregistré en 2015 un déficit total de 160 milliards de dollars (140 milliards d'euros) contre un excédent global de 220 milliards de dollars (193 milliards d'euros) en 2012. Les pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) devront emprunter entre 250 et 342 milliards d'euros d'ici 2020 pour financer leurs déficits budgétaires résultant de la chute des cours du pétrole selon le rapport du Kuwait Financial Centre (Markaz) de mars 2016. L'Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis, le Qatar, Oman et le Koweït, qui dépendent lourdement des revenus pétroliers, devraient cumuler un déficit de 318 milliards de dollars (279 milliards d'euros) pour les seules années 2015 et 2016. A l'exception de Bahreïn et d'Oman, les autres membres du CCG disposent toutefois d'énormes réserves et d'une faible dette qui leur permettent de mobiliser facilement des emprunts sur leur marché intérieur et à l'international. Et les pays les durement touchés sont respectivement le Nigeria (baisse drastique des réserves de change 28 milliards de dollars en 2015 avec un taux d’inflation de 10%) , le Venezuela (en semi –faillite avec 180,5% de taux d’inflation en 2015 et des réserves de change inférieures à 15 milliards de dollars ), la Russie le rouble a perdu plus de la moitié de sa valeur (65,94 un dollar et au cours de 40/50 dollars, ses réserves de change risquant de s’épuiser horizon 2020) et l’Algérie avec un dérapage accéléré du dinar algérien coté 122, 275, un euro et 107,700 un dollar le 15 avril 2016 dont les réserves de change sont passées de 192 milliards de dollars en 2014 à 143 milliards de dollars au 01 janvier 2016.

Dr Abderrahmane Mebtoul, Professeur des Universités, Expert International

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Commentaires (1) | Réagir ?

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Bachir Ariouat

franchement, il faut être naïf pour croire quelques choses d'autres.