Nourredine Naït Mazi, tel que je ne l'ai pas connu

Nourredine Naït Mazi
Nourredine Naït Mazi

Je garderai de lui la chaleur d'une étreinte et cet étrange air désabusé qui le trahissait.

Nourredine Naït Mazi, à l'inverse de ce qui se dit de lui, n'était pas un homme apaisé. Sérieux, renfermé, intransigeant, parfois même à l'excès, mais pas apaisé. Il semblait exécuter une besogne sans grande passion, en tout cas sans grand enthousiasme. Et quand la passion et l'enthousiame viennent à manquer au journalisme, il devient corvée d'écriture, une triste obligation de fonctionnaire. Que se passait-il dans la tête de Nourredine Naït Mazi pour promener ainsi son désenchantement dans les rédactions ? Avec le temps, j'en suis venu à la conclusion que l'homme portait en lui un insoutenable combat intérieur. L'homme me semblait déchiré entre le jeune militant du PPA-MTLD, responsable de la presse du parti de Messali Hadj, et le directeur d'El-Moudjahid, qu'il est devenu.

Le premier, éduqué dans la section messaliste d'Argenteuil-Bezons, publiait des articles enflammés sur la démocratie, l'assemblée constituante et l'Etat démocratique ; le second en était réduit à relire les articles des plus jeunes afin d'en modérer la flamme. Le premier dérangeait les gouvernants français au point d'être condamné pour insoumission et atteinte à la sureté extérieure de l'Etat et incarcéré à la prison de la Santé, puis à la prison de Fresnes ; le second se voyait contraint d’accommoder le journalisme à l'humeur du pouvoir. Il le faisait sans servilité. Avec juste de la rigueur. Ce n'était la faute à personne : Nourredine Naït Mazi avait quitté Messali Hadj pour rejoindre le FLN de Ben M'hidi; il s'est retrouvé avec le FLN de Messaadia. Ce choix, il l'a néanmoins assumé jusqu'à la fin. Nourredine Naït Mazi laisse l'image d'un homme fidèle. Il ne badinait pas avec ça. Cette espèce d'obstination relevait plus du courage que de la soumission.

J'ai eu cependant le privilège de faire la connaissance du premier Nourredine Naït Mazi. C'était au mois de mars 1989. L'Algérie venait de connaître l'ouverture démocratique, il n'y avait plus de raisons de rester à El-Moudjahid. J'étais allé lui faire mes adieux. Il était surpris. J'étais, en effet, le premier rédacteur à quitter ce journal où nous avions autant connu la richesse du métier que l'art de l'appauvrir. Que vas-tu faire ?, m'avait-il demandé, le regard pétillant. Relancer Alger-républicain. Et de quoi vas-tu vivre ? Du salaire de ma femme, en attendant. Nourredine se leva alors brusquement, le visage ému, et m’étreignit longuement, enfreignant ses habitudes d'homme réservé.

Après vingt années de service sous sa direction, je venais de faire la connaissance du journaliste Nourredine Naït Mazi.

Mohamed Benchicou

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