Document. "Groupe d’Etudes Berbères, Université Paris VIII - Vincennes"

La couverture de l'ouvrage publié par les éditions Achab.
La couverture de l'ouvrage publié par les éditions Achab.

Nous publions ici avec l'aimable autorisation de l'Editeur Achab Ramdane, la note de l'éditeur et la préface de "Bulletin d’Etudes Berbères, Université Paris VIII - Vincennes", un important ouvrage à paraître prochainement en Algérie et qui réunit les numéros 1 à 12 1973 à 1977 de ce précieux bulletins.

Notes de l’éditeur

Ce volume réunit les douze numéros du Bulletin d’Etudes Berbères publiés par le Groupe d’Etudes Berbères de l’Université Paris VIII-Vincennes, de 1973 à 1977. Afin d’en améliorer la lisibilité, cent cinquante pages environ ont fait l’objet d’une nouvelle saisie, sur ordinateur au lieu de la machine à écrire d’origine, sans modification aucune de contenu. En particulier, l’orthographe des textes berbères a été fidèlement rapportée.

L’objectif des notes qui suivent est de mettre des noms sur les auteurs des publications, et d’identifier les principaux acteurs qui ont assuré les activités du Groupe d’Etudes Berbères, qu’il s’agisse des activités au sein de l’Université Paris VIII ou de leur prolongement à l’extérieur.

Pseudonymes et identités des auteurs

Les articles publiés dans le Bulletin d’Etudes Berbères (BEB) ne sont pas tous signés, certains le sont avec des pseudonymes ou seulement des initiales.

Mbarek Redjala a signé de son vrai nom les articles suivants : Ecriture et communication en Algérie (BEB n°2) ; Si Muḥend et sa famille dans la tourmente de 1871 (BEB n°3) ; Un toponyme berbère : tisira (BEB n°4) ; Un texte inédit de l’Histoire des Berbères (BEB n°6) ; Déclaration universelle des droits des peuples (BEB n°9-10). Il a utilisé le pseudonyme de Mbarek Awaḍi pour les articles suivants : Ger yiḍelli d wassa (BEB n°5) ; La poésie kabyle en 1974 (BEB n°5) ; Tentative d’explication étymologique du terme Bazina (BEB n°5) ; Tadyant imaziγen (BEB n°5) ; Aujourd’hui ou jamais (BEB n°6) ; Retour à Ben Mohammed (signé M.A.) (BEB n°6) ; Suite à «La poésie kabyle en 1974» (signé M.A.) (BEB n°6) ; Un écrivain d’expression kabyle : Si Amr u Sseyd dit Boulifa (BEB n°6) ; Awal atrar (signé M.A.) (BEB n°6). Enfin, de nombreuses autres contributions de M. Redjala ne sont signées ni de son vrai nom ni d’un quelconque pseudonyme, notamment : Une expérience pédagogique à Vincennes : le Groupe d’Etudes Berbères (BEB n°1) ; Nous les Berbères (BEB n°2) ; Où en est le Groupe d’Etudes Berbères (BEB n°2) ; Leqbayel zzwayel (BEB n°2) ; Aγilas d sin yiḍan (BEB n°2) ; Les Berbères et leur langue (BEB n°3) ; Un précurseur de Si Muḥend : Lḥaǧ Rabeḥ (BEB n°4) ; Diversité culturelle et unité nationale (BEB n°4) ; A propos de la tenue du VIIIème congrès de la pensée islamique (BEB n°4) ; Textes sur les Banû Hilâl et les Banû Sulaym (BEB n°4) ; Bilan de l’année universitaire 1973-1974 (BEB n°4) ; Introduction aux contes kabyles recueillis par Auguste Mouliéras (BEB n°9,10) ; Notes de lecture : Tajeṛṛumt n tmaziγt (BEB n°9,10).

Signalons également les trois articles suivants de Mbarek Redjala publiés en dehors du Bulletin d’Etudes Berbères :

1) Remarques sur les problèmes linguistiques en Algérie, revue L’homme et la société, n°28, Linguistique, structuralisme et marxisme, 1973, pp. 161-177.

2) Spécificité culturelle et unité politique, revue Les Temps Modernes n°323, juillet 1973, pp. 2242-2252.

3) Mohia Abdellah. Un prosateur et poète kabyle contemporain. Etudes et documents berbères, n°24, 2006.

Abdellah Mohia utilisait tout au plus ses initiales M.A. (à ne pas confondre avec le M.A. de Mbarek Awaḍi / Mbarek Redjala) pour signer ses contributions. L’article Taluft yiwet, iberdan aṭas (BEB n°1) et le poème Ayen bγiγ (BEB n°2) sont de lui mais ne sont pas signés. Il en est de même pour le texte Γef wemγar ikerrec weqjun (BEB n°1) et la traduction en kabyle de Morts sans sépulture de Jean-Paul Sartre (BEB n°2 et BEB n°3 dans lequel les ajouts manuscrits sont de sa propre main) ; Sin d atmaten (BEB n°4) ; Une réalisation en cours (BEB n°4) ; Extrait d’un recueil de proverbes (BEB n°4) ; Ay arrac nneγ (signé M.A.) (BEB n°5) ; Slimane Azem : préparation d’un recueil (BEB n°5) ; Projet (BEB n°5) ; Llem ik ddu d uḍar ik (B. Brecht) (BEB n°7) ; Tiqdimin (BEB n°7) ; Slimane Chabi : un chanteur à suivre (BEB n°7) ; Uccen yufa tayaziṭ (BEB n°7) ; Tiqdimin (signé M.A.) (BEB n°8) ; Anwi i d imawlan is. Une version kabyle de l’Internationale (BEB n°8) ; Aneggaru ad yerr tabburt : adaptation kabyle de «La décision» de B. Brecht (BEB n°9,10) ; Tiqdimin (signé M.A.) (BEB n°9,10) ; Aneggaru ad yerr tabburt (suite) (BEB n°11) ; Tiqdimin (signé M.A./Yidir) (BEB n°11) ; Tiqdimin (signé M.A.) (BEB n°12).

Boussad Ben Belkacem signait ses contributions de son nom traditionnel : Said U Blaid : Le discours historique dans le mouvement national (BEB n°8) ; Documents : Voyageurs européens en Algérie dans la seconde moitié du XXème siècle (BEB n°11) ; Traduction d’un poème de la résistance rifaine (BEB n°11) ; Etudes : La Kabylie au XIXème siècle (BEB n°12) ; Présentation d’un article d’Etudes Vietnamiennes : Préservez la pureté et la clarté de la langue vietnamienne (BEB n°12). L’Intervention du Groupe d’Etudes Berbères au Colloque sur «structures et cultures précapitalistes» (BEB n°11) est également de lui.

Hend Sadi utilisait le pseudonyme H. Čučan : Enquêtes : Γef Yusef U Qasi (BEB n°11) ; Timeγriwin (BEB n°11) et la présentation des poèmes de B. Amezyan (pseudonyme de Saïd Boudaoui/Boudaoud) : (BEB n°12). Deux autres contributions de Hend Sadi ne sont pas signées : Anda tewweḍ tmaziγt et Taneffust b-bwemγar azemni (BEB n°1). Signalons également la contribution suivante publiée dans Etudes et documents berbères, n°24, 2006 : Muḥend u Yeḥya dramaturge de langue kabyle. Itinéraire d’un créateur en milieu militant.

Saïd Boudaoui/Boudaoud a utilisé le pseudonyme B. Amezyan pour signer Une expérience de théâtre populaire (BEB n°8) et Isefra (BEB n°12). Sous différents pseudonymes, Saïd Boudaoui/Boudaoud est par ailleurs l’auteur de la préface du premier 33 tours de Idir, ainsi que de quelques articles parus dans les années 1970 dans la presse française, Libération notamment, sur la question identitaire berbère. Ramdane Achab prend le pseudonyme R. Hemmu pour signer Choix de développement et politique linguistique (BEB n°8) ; c’est également lui qui a écrit la présentation non signée de «Ddem abaliz ik a Mu» de Kateb Yacine (BEB n°5), et qui a recueilli la version de Taqsiṭ n Sidna Musa publiée dans (BEB n°9,10). Mohand Ouamer Oussalem est l’auteur de Imenγi n Yugurten, traduction non signée des premières pages de La guerre de Jugurtha de Salluste (BEB n°12). Saïd Yacine est l’auteur du poème non signé «Aux voleurs de terre noire…» publié dans (BEB n°12). Enfin, S. Mounira et Georges Lapassade ont signé leurs contributions de leurs vrais noms : Hammou ou Namir et son complexe (BEB n°7) et Recherche sur les Gnaoua et les religions populaires extatiques en Afrique du Nord (BEB n°11), respectivement.

La traduction en kabyle de Mohammed, prends ta valise, de Kateb Yacine

Publiée en trois parties dans les numéros 5, 8 et 9-10 du Bulletin d’Etudes Berbères, la traduction en kabyle de Mohammed, prends ta valise, de Kateb Yacine, a été faite en Algérie dans les années 1970. Voici le témoignage du poète Ben Mohammed sur les auteurs de la traduction : Pour "Mohammed prends ta valise", si mes souvenirs sont bons, j'avais travaillé essentiellement avec Arezki Si Mohammed et accessoirement, il y avait Saïd Sadi qui participait et suivait surtout l'évolution du travail. Par la suite, il ramènera son neveu Mohand Aït Ahmed qui, en tant qu'élève de l'école d'art dramatique de Bordj-El-Kiffan, assurera la mise en scène. Parmi les étudiants qui allaient jouer dans la pièce, Mumuh Loukad se joignait parfois à nos séances de travail. On se retrouvait dans un café situé au début de la rue Hassiba Ben Bouali (côté Maurétania, face à l'armurerie du père de Omar Oulamara) et appartenant à un parent d'Arezki Si Mohammed. C'est ce dernier qui s'était intéressé, avant nous tous, à l'expression théâtrale en kabyle. D’ailleurs c'est lui qui avait déjà innové dans la tradition artistique de son village, Achallam, en introduisant des sketchs en intermède dans les célébrations de mariages, naissances ou autres.

La troupe de théâtre qui en 1972-1973 a joué Mohammed prends ta valise en kabyle en Algérie était composée de : Mohand Loukad, Amar Mezdad, Ali Ouabadi, Muhend Aït Ahmed, Sakina Slimani, Salah Oudahar, Saïd Yacine, Saïd Doumane, Moussa Zénia, Slimane Krouchi, Ahmed (Amzabi, originaire du Mzab), Ali Attab, Hacène Hirèche, Houari Mohammed dit Si Muḥ, Nadira, Nassira, une autre étudiante. Les représentations ont eu lieu à : CUBA (Cité universitaire de Ben Aknoun), Lycée Amara Rachid (mitoyen de CUBA), Lycée Amirouche Tizi-Ouzou, Tigzirt-sur-Mer (dans la cour d’une école), Iwaḍiyen-centre (sur la place publique), Buγni (salle de cinéma), Tunis (théâtre municipal le 22 mars 1973).

Dans un témoignage recueilli par Loukad, Amar Mezdad écrit : (…) Notre troupe a participé au Festival International du Théâtre Universitaire de Tunis avec la pièce Mohammed, prends ta valise de Kateb Yacine en 1973 (en kabyle : Ddem tabalizt-ik, a Muḥ). Nous avons représenté l’Algérie, pour ainsi dire par défaut puisque nous étions la seule troupe universitaire en Algérie ! A Tunis, nous avons décroché le 1er prix. A notre retour, le Ministre de l’Enseignement Supérieur de l’époque nous a reçus mais il nous a tancés d’avoir joué dans notre «dialecte» (…).

Saïd Sadi écrit de son côté : (…) Je raconte dans mon livre " l'échec recommencé ?" comment Ali Attab, étudiant en économie, retenu par un examen à Alger n'a pas pu faire le déplacement avec la troupe sur Tigzirt où devait se donner une représentation. Il est arrivé le lendemain à Tizi-Ouzou et a fait le trajet Tizi-Ouzou - Tigzirt à pied pour pouvoir tenir son rôle dans la soirée. Ce genre de témoignages formels a l'avantage de parler aux nouvelles générations sur la ferveur et les conditions qui ont présidé à l'éveil politique d'une génération (…).

«Le texte d’Alger» (1976)

Signalons aussi le document publié dans le numéro double 9-10 du Bulletin sous le titre : Contribution au débat socio-culturel en Algérie : un texte d’Alger. Le texte en question a été élaboré en 1976 à Alger, à l’occasion du débat sur la charte nationale. Ben Mohammed écrit dans le même message : S'agissant de la contribution au débat sur la charte nationale, je me rappelle de Saïd Sadi, Rachid Tigziri, Salem Djebara, Mokhtar Larbi (un économiste marxiste), le défunt Ameur Soltane. Saïd Sadi jouait le rôle de coordinateur et, à ce titre, il avait sollicité un certain nombre d'autres personnes. Pour la partie économie, c'étaient Mokhtar, Rachid et Salem qui en étaient chargés. Alors que pour la partie médecine c'étaient Saïd et Ameur. Enfin, pour la partie culture c'était un devoir que j'avais fait au Centre de Formation Administratif que Saïd avait repris intégralement avec juste quelques retouches pour l'adapter à cette publication. J'espère que ma mémoire ne m'a pas trop trahi.

Concernant ce même texte, Saïd Sadi écrit : (…) nous avons été plusieurs à le fabriquer. Il est composé de deux sources. Des papiers existants, c'est-à-dire antérieurs à l'annonce de la " Charte" - nous avons ainsi extrait quelques parties d'un travail de Ben Mohammed à l'époque où il étudiait au centre de formation administrative de Hydra - et des contributions plus circonstanciées. L'introduction a été rédigée par Mokhtar Larbi, étudiant en économie, qui a été très actif dans notre groupe (…). Je sais qu'il a associé Rachid Tigziri et Salem Djebara dans l'élaboration de cet écrit mais il me sera difficile de te dire précisément quel a été l'apport de l'un et de l'autre. Arezki Benchabane était aussi du lot (…). J'ai cependant le souvenir que Mokhtar était l'animateur principal du groupe de sciences économiques. Outre la coordination et l'avant-propos, j'ai aussi rédigé la conclusion. (…)

Des tracts, un numéro de journal et du théâtre en kabyle

Parallèlement aux activités d’enseignement et de publication, des membres du Groupe d’Etudes Berbères (GEB) lancent des actions en direction de la communauté immigrée, notamment :

- des représentations théâtrales (troupe de théâtre Imesdurar mise sur pied par Mohia pour jouer la pièce Llem ik ddu d uḍar ik). Voir, notamment, l’article Une expérience de théâtre populaire (BEB n°8) de B. Amezyan (Saïd Boudaoui / Boudaoud) ;

- quelques tracts en kabyle qui connaîtront un prolongement sous la forme d’une double feuille de grand format Afud Ixeddamen (un seul numéro paru en juin 1977).

La revue Tisuraf

La revue Tisuraf prendra la suite du Bulletin d’Etudes Berbères dont le dernier numéro, le 12, est publié en 1977. Le titre de la revue et le sous-titre (Seddaw webrid, sennig webrid, leqrar is d abrid) sont de Mohia. Tisuraf publiera 7 numéros dans sa série ordinaire, dont un numéro double (4-5) Femmes berbères élaboré par Ali Sayad et Hanifa Cherifi. Des numéros spéciaux paraissent : Mazal lxir ar zdat, signé Muḥend-u-Yeḥya (nom d’auteur de Mohia) qui réunit une partie de sa production poétique ; Akken qqaren medden (Muḥend-u-Yeḥya / Mohia), recueil de proverbes qui reprend le même titre que le recueil publié par le Fichier de documentation berbère ; un recueil de poèmes signé Amar Wakli (pseudonyme d’Amar Mezdad) publié sous le titre Tafunast igujilen, avec une préface de Mohia ; un recueil de poèmes signé Lwennas Iflis (pseudonyme de Saïd Boudaoui / Boudaoud) publié sous le titre Isefra, avec une préface de Mohia ; un recueil de poèmes de Idir Ahmed-Zaïd publié sous le titre Isefra umeḥbus. La revue Tisuraf a eu trois responsables de publication (dans l’ordre chronologique : Boussad Ben Belkacem, Dominique Casajus et Mohand Khellil) ainsi que des collaborateurs honorifiques.

La coopérative Imedyazen

Vers la fin des années 1970, des membres du GEB créent la Coopérative Imedyazen (Paris, dans le quartier de la Bastille). Le GEB et Les Compagnons Bâtisseurs organisent début 1978, à la salle de la Mutualité de Paris, un gala avec Aït Menguellet et Idir qui se produisent bénévolement, ce qui permet à la Coopérative Imedyazen de financer ses premières activités. Un fait survenu lors de ce gala : impatient de voir et d’écouter les chanteurs, le public siffle la troupe de théâtre Imesdurar qui jouait en ouverture du spectacle et la contraint à quitter la scène. De leur côté, Ali Mecili et Hocine Aït-Ahmed apportent également leur soutien financier à la Coopérative. Celle-ci publie Langue berbère (kabyle) : initiation à l’écriture (signé : Groupe d’Etudes Berbères / Auteur : Ramdane Achab), une bande dessinée Briruc (signée Akli Aderbal, pseudonyme d’Arezki Graïne) et une version du conte Tafunast igujilen (auteure : Malika Chertouk). La Coopérative Imedyazen édite également les deux premiers 33 tours de Ferhat - Imaziγen Imula (l’un d’eux est préfacé par Saïd Boudaoui/Boudaoud qui signe avec un pseudonyme). Signalons enfin le gala organisé en novembre 1978 par la Coopérative Imedyazen, à la Mutualité, sous l’animation de Ben Mohammed, avec : Slimane Azem, Hanifa, Idir, Ferhat, Naït-Issad, un groupe Iḍebbalen et Matoub, invité-surprise, dont ce fut la première apparition sur scène en France.

Enseignement : langue, histoire et civilisation berbères

En matière d’enseignement, le GEB a dès sa création en 1972 fixé les trois axes suivants : langue, histoire et civilisation berbères. C’est Mbarek Redjala qui assure les tâches d’enseignement dès 1972. A partir de la rentrée 1974, il est secondé de façon informelle par Ramdane Achab qui prend en charge les cours de langue. Après la démission de Redjala en 1976, Achab le remplace et continue d’assurer les cours de langue, tandis que Boussad Ben Belkacem prend en charge les cours de civilisation et d’histoire qu’il organise et anime sous forme de conférences-débats. A partir de la rentrée 1979, Hacène Hirèche prend en charge les cours de langue et s’assure la collaboration de Hamid Salmi, Saïd Boudaoui/Boudaoud et Mhenna Mahfoufi pour les cours de civilisation. A partir de 1987, c’est Hirèche qui assure seul la quasi-totalité des cours.

L’éditeur

Préface

Les Éditions Achab réalisent aujourd’hui un projet déjà ancien, celui de réunir en une publication unique les numéros du Bulletin d'études berbères, périodique fondé en 1973 par le Groupe d'études berbères de l'Université Paris-VIII avec le concours du Centre de recherche de cette université. Le volume réunit les douze premiers numéros du Bulletin, couvrant la période de 1973 à 1977.

Édité avec des moyens modestes, ce périodique n'a pas bénéficié d'une grande diffusion et il est aujourd'hui pratiquement impossible de se le procurer, alors qu’il représente une contribution non négligeable aux études berbères. Il est en effet riche en documents, textes berbères tirés de la tradition ou écrits pour la circonstance, qui pourraient constituer une utile documentation en vue d’études diverses, qu'il s'agisse de linguistique, de dialectologie, ou encore de littérature. On n'a jamais trop de matériaux dans ces domaines, et ceux-là présentent l'intérêt supplémentaire d'avoir été mis en forme par des auteurs berbérophones.

Mais le Bulletin mérite d'être mieux connu pour une autre raison, plus originale, sur laquelle j'insisterai : créé (non sans peine, on le verra à la lecture des premiers fascicules) dans une jeune université, il est le témoin et la preuve d'un tournant décisif dans l'histoire des études berbères et, plus généralement dans celle du monde berbère. Jusqu'aux années soixante, époque où les pays du Maghreb obtiennent l'indépendance, les berbérophones n'avaient guère participé à la recherche sur leur propre langue. Même si l'on peut citer quelques noms, comme celui de Boulifa, la plupart des «berbérisants» étaient des étrangers et souvent, qui plus est, des militaires ou des religieux venant des nations colonisatrices. Les études, qu'elles fussent désintéressées ou non, se trouvaient en quelque sorte entachées de partialité aux yeux des berbérophones. Avec les indépendances, les choses changèrent. Le besoin d’affirmer l’identité berbère s'afficha de plus en plus ouvertement, et avec lui le désir de promouvoir une langue qui, désormais, subissait non seulement, dans la vie scolaire et administrative, la concurrence de langues européennes, mais plus encore celle de l'arabe. En conquérant une place dans l'université de Vincennes, le Groupe d'études berbères fut l'une des premières manifestations, la plus visible sans doute, de cette évolution. Les fondateurs étaient tous berbères, et presque tous kabyles (les textes publiés l'attestent), tous militants aussi, et tel passage du Bulletin reconnaît franchement que certains articles sont plus politiques que scientifiques.

Comme universitaire, je me suis toujours interdit, dans mon activité professionnelle, de sortir de l'objectivité scientifique qui s'impose dans la recherche. De plus, j'estime que les décisions qui touchent au statut politique et social du berbère reviennent aux seuls citoyens des pays concernés. Aux «Langues'O» (plus tard INALCO), puis à l'École des hautes études, j'ai eu comme étudiants plusieurs des animateurs du Groupe de Vincennes et parmi eux celui qui fut choisi pour y assurer le nouvel enseignement, Mbarek Redjala, dont je connais la fougue et le courage. À cette époque, je n'ai jamais tenté de m'immiscer dans leur action. En présentant aujourd’hui la réédition du Bulletin, je ne crois pas me départir de ma règle habituelle de conduite. Plus de quarante ans ont passé. Au Niger et au Mali, le touareg est une langue «nationale». Au Maroc, le roi a créé l’IRCAM, Institut royal de la culture amazighe (berbère). En Algérie, le berbère a reçu un début de reconnaissance officielle, même si du chemin reste à faire. En France, où les médias parlent souvent d'eux, l'existence des Berbères est mieux connue, bien qu'il arrive encore qu'on me demande si un Kabyle ou un Touareg sont berbères. Les associations qui défendent la langue, l'identité et la culture des locuteurs berbères se sont multipliées. Des publications de tout ordre se font dans cette langue, et les Éditions Achab en sont le parfait exemple. Bref, le Bulletin est entré dans l'histoire, souvenir des premiers combats, des premiers essais d'écriture dans une graphie élaborée pour un public étendu, moins compliquée que celle des phonéticiens, mais respectueuse des grands traits de la langue. C'est ce témoignage d'une période cruciale qui risquait de disparaître avec les quelques fascicules du BEB qui subsistent. Il méritait d’être sauvé.

Lionel Galand

Directeur d'études honoraire de libyque et berbère à l’EPHE

Correspondant de l'Institut (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres)

Membre de l'Académie royale des Pays-Bas et de l’Accademia Ambrosiana (Milan)

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