Chasser le naturel ?..., ben voyons !

Abdallah Djaballah est un incorrigible islamiste conservateur
Abdallah Djaballah est un incorrigible islamiste conservateur

Lors de la réunion de l’opposition du 30 mars dernier, Abdallah Djaballah (un homme qu’il est inutile de présenter) aurait, durant son temps de parole, asséné la sentence suivante: "la place de la femme est dans la charia".

Cette déclaration sortait du contexte de l’événement politique en question (débattre d’alternatives démocratiques pour sauver le pays) ; pourtant, ne l’aurait-il pas faite que nous nous serions étonnés, connaissant sa propension à disserter sur l’unique thème qu’il maîtrise, à savoir la femme. Nous ne questionnerons évidemment pas sa présence au Mazafran, les pauvres dirigeants de ce mouvement n’ont pas vraiment le choix, ils sont bien obligés de s’en accommoder, leur souci étant d’abord de rassembler tous ceux qui sont contre le système en place (ceux de l’autre camp ne font guère mieux en regroupant toux ceux qui s’abreuvent aux mamelles de la Rente). Plus avisé, et plus charismatique, Ali Belhadj observe en silence (l’individu a une revanche à prendre), et attend son heure pour brandir son tristement célèbre "ni mithaq, ni doustour", son opinion sur la femme gravée dans le marbre. Madani Mezrag, bénéficiant d’une position plus confortable que celle de ces derniers, joue sur du velours et attend, lui aussi. Une sorte de jeu national macabre où chacun attend de prendre les commandes ‘’démocratiquement’’ si possible.

La raison principale de notre contribution tient au fait que nous n’avons pu résister au désir de comparer l’assertion de Djaballah à l’envolée, presque lyrique, et carrément aux antipodes, de Rachid Boudjedra contenue dans un récent billet dans un journal en ligne (30 mars) intitulé "Les femmes d’Algérie sur les terrasses des cafés" ; traitant de cette nouvelle tendance de la gente féminine d’investir certains lieux publics dans les grandes villes, ce dernier se réjouit et écrit: "C’est un phénomène qui sort les hommes, toujours confinés entre eux et si tristes et si solitaires, de leur façon d’être et de leur archaïsme", puis ajoute : "Ce concept qui nous manque tant pour retrouver une civilisation ouverte, apaisée et esthétique". Rien d’étonnant, venant d’un écrivain qui a toujours défendu la cause féminine.

La messe est dite. Les idées étant arrêtées d’un côté comme de l’autre, le débat pourrait commencer là, ou se suffire de ce constat pour ne pas aller plus loin. L’impasse est réelle, elle dure depuis les années 80 pour l’essentiel. Pourtant, si la position de Boudjedra a le mérite d’être tranchée, celle de Djaballah ne l’est qu’en apparence seulement, comme en témoigne l’interview donné par son épouse Mme Fatima Ismaïl au journal Echorouk en date du 7 avril 2012 (propos recueillis par Fadila Moukhetari/ version française Madjid D.). Jugeons-en :

- Echourouk : Parlez-nous de votre décision (de candidature aux législatives : note de l’auteur)

- Mme Fatima Ismaïl : Je vais vous raconter la vraie histoire de ma candidature. Nous étions assis à la maison. J’ai proposé à cheikh Djaballah l’idée de ma candidature. Je lui ai dit que les candidatures sont un droit constitutionnel. Il a souri et m’a tout simplement dit"oui, pourquoi pas !". J’ai toujours été membre du Conseil de la Choura.

Edifiant, non! Entre une place bien définie dans la charia pour le reste des femmes, et la reconnaissance d’un droit constitutionnel pour son épouse en sus d’un siège au sein du Conseil de la Choura du parti FJD qu’il préside (des activités qui permettent à celle-ci de contourner commodément les préceptes de la dite charia), la déclaration de Djaballah s’inscrit au mieux dans le registre de la mauvaise foi.

Mais Djaballah n’est pas le seul à être répertorié dans le cercle des adeptes du nifaq national; bien d’autres personnages publics l’y rejoignent, et le concurrencent. Nous visons, bien entendu, les responsables de partis et d’associations qui tressent des lauriers aux femmes, mais le 8 mars seulement ; ceux-là n’ont pas leurs pareils, au cours de banquets garnis, de déblatérer à qui veut bien les écouter sur le rôle-clé de la femme dans l’édification du pays, et blablabla, et blablabla…, et qui, dès le lendemain, retournent celle-ci à son foyer. Ces gens qui iront, lors du youm el ‘lm, et avec la même verve, discourir sur l’importance du Savoir dans la marche d’un pays vers le progrès (et là, Djaballah sera certainement parmi eux, pour affirmer l’importance du Savoir en se référant aux textes sacrés qui, eux, ne différencient pas l’homme de la femme sur ce sujet précis), sans avouer cependant qu’ils sont analphabètes pour la plupart, ou très peu instruits. Nous les voyons aussi en faire autant à l’occasion de la journée de l’arbre, alors qu’ils ont transformé terres agricoles et maraîchères en béton… Logorrhées de circonstance, et donc non porteuses d’initiatives saines et honnêtes s’inscrivant dans la durée, la liste des motifs est longue qui établit sans équivoque la duplicité de leurs auteurs (rêvant, toute honte bue, d’une investiture à la magistrature suprême), et leur silence assourdissant devant l’ignoble procès que l’on fait à cette admirable Dame (chapeaux bas, messieurs, svp) qui tente de redorer le blason de l’Ecole.

Il est également une autre catégorie de personnes dont nous devons rapporter les opinions, des points de vue qu’il nous semble approprié de qualifier d’hybrides ; nous voulons désigner par là des membres de notre honorable Assemblée Nationale, femmes de leur état, qui ont récemment défendu la prérogative des hommes à battre leurs épouses ! Masochiste ou bigote, une telle attitude frappe l’esprit rationnel, et s’y cale en véritable énigme.

Dans ce dédale de jugements, où les convictions personnelles sont antinomiques des attitudes officielles, il est ahurissant, concernant la question de la femme, de constater qu’il n’est pas demandé son avis à celle-ci. Ventrebleu, mais c’est tout de même de sa place dans la société qu’il est question, et c’est bien à elle que devrait revenir le droit de choisir les voies qui lui permettront de se rendre utile, non!

Ah, ces apôtres du double langage! Comment, bonté divine, arrivent-ils à se passer du peuple lorsqu’ils tripatouillent la Loi Fondamentale, puis à courtiser celui-ci jusque dans les mosquées pour requérir de lui la vigilance devant les menaces ‘’internes’’ et externes ? Comment font-ils pour concilier possession de biens à l’étranger, nationalités multiples ou cartes de résidence illégitimes, d’une part, appel au patriotisme et serments aux chouhada d’autre part, sans être gros consommateurs de zetla ?

Bacha Ahmed,

universitaire, 1er avril 2016

Plus d'articles de : Chroniques

Commentaires (1) | Réagir ?

avatar
Kacem Madani

Abdallah Djaballah!

À lui seul, ce nom résume le Coran, les Hadiths, La Charia, la vie de Mahomet, et les programmes politiques des Islamistes et des FLiN-tox!

Amma ba3d ? Allah ma djab wallou !